TRENTE-TROISIÈME QUESTION D'HÉLOISF
Que signiñe encore ce passage : « Anne fit une oraison, et dit : « mon cœur s’est exalté dans le Seigneur? » Cette hymne a plutôt la forme d’une action de grâces, ou même d’une prophétie, que d’une oraison.
Réponse d'Abélard.
Si je ne me trompe, Anne a placé loraison avant l'hymne, afin que son hymne ou action de grâces fût plus agréable à
subjaceant. Tales ergo dicit filias Belial, quales furibundæ Bacchi sacerdotissæ
describuntur. PROBLEMA HELOISSÆ XXXII.
Quid est etiam illud de Anna : « Vultusque illius non sunt amplius in di-
versa mutati ? »
So'utio Abælardi.
Hilarem tantum faciem, et non mæstam vel flebilem deinceps exhibuit.
PROBLEMA HELOISSÆ XXXIII.
Quid et illud est : « oravit Anna, et ait : « exultavit cor meum in Domino etc. ? » Hoc quippe canticaum verba gratiarum, vel prophetiæ patius
habet, quam orationis.
Solutio Abælardi,
Quantum æstimo, ante canticum orationem præmisit, quo ejus Canticum,
Dieu. Le mot : «elle pria » précède donc l'oraison; et elle dit de l’hymne : « mon cœur s’est exalté dans le Seigneur. » En effet, c’est la coutume de l’Église de placer une oraison avant chacune des hymnes qui doit être chantée, tous les jours, en l'honneur de Dieu.
Nous avons plusieurs hymnes des saintes femmes, celles de Débora et de Judith, celle d’Anne, mère de Samuel, et celle de Marie, mère de Notre-Seigneur, sur le fruit qui leur a été confié par Notre-Seigneur, et qui devait rendre l’une, alors stérile, mère d'un si grand prophète, l'autre, encore vierge, mère du Sauveur du monde. Cette hymne d’Anne ainsi que celle de la Vierge souveraine, l’Église a coutume de les chanter, non-seulement à cause de la sainteté de la mère et de l'importance du fruit qui lui a été confié dans la personne de Samuel, cette souche particulière des prophètes, et comme la première de celles qui furent offertes à Dieu, mais parce qu'aucun prophète ne paraît avoir prophétisé, dans ses hymnes, le Christ et son règne aussi clairement qu'Anne. En effet, elle dit du père du Christ et du Christ lui-même : « le Seigneur jugera l'univers, et il donnera l'empire à son roi, et il exaltera l’étendard de son Christ. »
vel actio gratiarum acceptabilius Deo fieret. De’ oratione itaqne præmissum est, « oravit, » et de cantico subjunctum : a et ait : exultavit cor meum, etc. » Nam et mos Ecclesiæ est in singulis horis orationem præmittere his quæ in laudibus Dei decantanda sunt. Plura autem cantica sanctarum feminarum legimus, ut Debboræ, Judith, et istud Annæ matris Samuelis, sient et Mariæ matris Domini, de paitu sibi a Domino commisso, illi quidem sterili, ut mater fieret tanti prophetæ, isti vero virgini, ut mater fieret Salvatoris. Et hoc profecto canticum Annæ, sicut et illud Virginis summæ, Ecclesia maxime frequentare consnevit, non solum pro sanctitate matris, vel dignitate parlus ei concessi in Samuele, scilicet a quo specialiter prophetæ dicuntur incæpisse, et qui primus a matre Domino est oblatus, verumetiam quia nullus ante prophetaram tempus tam manifeste Christum, et ejus imperium in suis canais, sicut nunc Anna, prophetasse videtur. Sic quippe ait de patre Christi t ipso ; « Dominns jndicabit fines terræ, et dahit imperium regi suo, et
A cette époque, il n’y avait pas encore de roi, dans Israël, à qui les actions de grâces de cette prophétie pussent s'adresser. C'est donc elle qui la première mérita d'annoncer clairement le Christ, c'est-à-dire le vrai Messie, et de prédire manifestement sa venue, prédiction‘ dont Marie chante l'accomplissement, comme si là prophétie, non moins que la maternité de la femme stérile, eût éclairé la foi de la Vierge.