‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 75 sur 98 · TRENTE-QUATRIÈME QUESTION D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

TRENTE-QUATRIÈME QUESTION D'HÉLOISE

Voici encore qui pour nous fait question : « jusqu’à ce que, stérile, elle mit au monde beaucoup d’enfants. » Sans doute, PÉcriture dit bien ensuite qu'après Samuel Anne mit encore au monde trois fils et deux filles; mais au moment où elle chantait cette hymne, elle n'avait encore eu que Samuel. Comment encore dit-elle de ses fils « beaucoup » et des fils de Fénenna, sa rivale, « plusieurs, » comme sielle en avait eu plus que Fénenna? L’Écriture ne détermine pas, il est vrai, le nombre des enfants qu'eut Fénenna; quelques-uns pensent toutefois qu’elle en eut plus qu’'Anne, c'est-à-dire sept.

sublimabit cornu Ghristi sui. » Nondum quippe rex in Israel erat constitutus, ad quem hæc prophetissæ gratulatio pertineret. Ipsa primo Christum, hoc est Messiam verum patenter exprimere meruit, ipsa manifeste prænuntiat futurum, quod Maria decantat completum tanquam fidem Virginis tam prophetia quam partus instrueret sterilis.

PROBLEMA HELOISSÆ XXXIV.

Jilud etiam movet, quod hic dicitur : « donec sterilis peperit plurimos. » Etsi enim Scriptura postmodum referat, quod post Samuelem adhuc tres filios, et duas filias Anna pepererit, nondum tamen, dum hoc diceret canticum, nisi Samuelem habuisse refertur. Quomodo etiam de filiis suis dicit, « plurimos, » et de filiis æmulæ suæ Fenennæ, dicit multos, tanquam ipsa plures habnerit, quam illa? Quamvis enim Scriptura non definiat quot filios habuerit Fenenna, nonnulli tamen astruunt eam plures habuisse, quam Annam, hoc est, septem.

Réponse d’Abélard,

Il n’y a pas lieu d'entendre dans ce passage « beaucoup »comme un terme de comparaison relativement à un nombre moindre : les mots beaucoup et plusieurs sont employés ici dans un sens absolu : ce sont deux mots différents pour exprimer une même chose. D'autre part, rien ne s’oppose à ce qu’Anne eût eu plusieurs fils, quand elle composa cette hymne en l’honneur du Seigneur, bien que l’Écriture rapporte qu’elle n’avait encore eu que Samuel.

Les récits de l'Écriture, en effet, ne sont pas toujours conformes à l’ordre historique ; les choses parfois sont présentées hors de leur place. D'ailleurs Anne peut dire cela par esprit de prophétie, alors qu'elle n'avait encore que Samuel. Enfin, il n’y aurait rien d’extraordinaire à ce qu’elle eût parlé seulement de Samuel, comme étant plus précieux à lui seul que tous les fils de Fénenna. Il n’est pas rare de dire que tel est plus riche qu’un autre, qui possède moins de choses, mais des choses de plus de prix.

Solutio Abælardi.

Non est necesse ut «a plurimos » hoc loco, pro plures comparative accipiamus, respectu pauciorum : sed plurimos dicit absolute, sicut et multos, verbis in eodem serisu variatis, Nec impedit, si jam multos filios habuisset Anna, quando canticum istud Domino persolvit, quamvis Scriptura nondum retulerit eam habuisse nisi Samuelem. Sæpe namque series Scripturæ non tenet ordinem historiæ, sed nonnulla narrat præpostere. Potuit etiam istud per prophetiæ spiritum Anna dicere, quum solum adhuc haberet Samuelem. Denique nec incongrue dicere potuit pro solo Samuele, ut ipse scilicet pluris esset in pretio, qnam filii Fenennæ, licet unus in numero, Hoc enim modo nonnunquam con-

tngit, ut illum dicamus plus habere, quam alium, qui pauciora numero, sed pretiosiora possidet,

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