‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 76 sur 98 · TRENTE-CINQUIÈME QUESTION D’HÉLOISE · texte numérisé non relu

TRENTE-CINQUIÈME QUESTION D’HÉLOISE

Nous demandons encore ce que veut dire ceci : « Samuel servait devant la face du Seigneur, enfant vêtu du manteau de lin; et sa mère lui faisait une petite tunique qu'elle lui apportail aux jours marqués, montant au temple avec son époux pour offrir solennellement une victime. » Que Samuel fût prètre ou, comme il est plus probable, lévite, sa jeunesse, aux termes de la Loi, ne convenait pas à ce ministère; il ne pouvait, en un âge si tendre, y avoir consacré sa vie, et avoir revêtu le manteau de lin, soit comme lévite, soit comme prêtre. Nous demandons aussi quelle tunique sa mère lui apportait et à quels jours fixés.

Réponse d’Abélard,

Samuel pouvait, tout enfant, rendre quelques offices d'ordre secondaire, revêtu du manteau de lin. Ainsi le fait entendre ce passage de Rabanues, conforme à saint Augustin : « Samuel revêtu

PROBLEMA HELOISSÆ XXXV.

Obsecramus et quid illud sit : « Samuel autem ministrabat ante faciem Domini puer accinctus ephod lineo, et tunicam parvam faciebat mater sua, quam afferebat statutis diebus, ascendens cam viro suo, ut immolaret hostiam solemnem. » Sive enim levita, ut probabilins est, sive sacerdos Samuel fuerit, nequaquam ætas pueritiæ ministerio ejus convenire secundum legem poterat, ut videlicet ephod accinctus tanquam levita, vel sacerdos, vitam tenera æta'e ministraret. Quærimus et quam tunicam vel quibus temporibns statutis mater puero afferret.

Solutio Abælurdi,

Ministrare puer in aliquibus offciis minoribus poterat, ephod quoque liueo accinctus. Uade et illud est Rabani secundum Augustinum : « Samuel accinctus

de l’éphod, c’est-à-dire du manteau de lin, qui difière du manteau du prêtre. L’éphod seul était de lin, et il était le costume des ordres inférieurs. La robe du prêtre était teinte de quatre couleurs: jacinthe, safran, écarlate, pourpre, et, de plus elle était tissue d’or. » |

Quant aux jours marqués, il est évident que ce sont les jours des trois fêtes de la Loi. Chaque année, à chacune de ces solennités, la mère pleine de sollicitude apportait à son fils une tunique neuve pour qu'il pût servir Dieu dans une tenue plus propre ou plus belle, portant sur l'épaule le manteau de lin, qui le récouvrait sans le charger, et lui permettait d'accomplir son ministère avec diligence. Ce costume, si je ne me trompe, est le costume en usage chez les moines qui exécutent les travaux manuels, revêtus de la tunique et du scapulaire. Les scapulæ sont-elles autre chose, en effet, que les épaules, et le scapulaire autre chose que l’éphod? Enfin, qui pourrait trouver mauvais que Samuel, bien que tout enfant, ait servi le Seigneur parmi les lévites, ainsi qu’Éli a donné l’ordre de le faire, nul ne se trouvant dans la maison digne de remplir l'office de lévite. On connaît le proverbe : « la nécessité ne connaît pas de loi. »

ephod bar, hoc est superhumerali lineo, quod distat ab illo ephod, quo induebatur pontifex : quia istud tantummodo lineum fuit, et concessum minoribus gradibus ad utendum. Jllud enim, quod vestiebat pontificem, ex quatuor coloribus, id est, hyacinto, bisso, cocco, purpura, et ex anro habebatur contextum. » Statutos dies patet esse supradictos trium festivitatum secundum legem, ut in singulis illis præcipuis solemnitatibus anni, mater sollicita filio novam tunicam afferret, in qua ipse Domino mundius vel honestius ministraret, superhumerale lineum desuper habens, quo accinctus, et non oneratus, expeditius ministrare ,posset. Quem, ni fallor, habitum monachi nunc imitantur quum opera manuum ju tunica et scapulari desuper accincto soleant exercere. Quid enim aliud scapulæ quam humeri? Aut quid scapulare nisi superhumerale ? Denique, quis improbet Samuelem, licet puerum, in officio levitarum, pro necessitate ministrare, hoc etiam Eli jubente, quum nullus tunc in domo Eli reperiretur hoc officio dignas ? Notum quippe proverbium est : « necessitas non habet legem. »

RÉPONSES D'ABÉLARO 62

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