‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 77 sur 98 · TRENTE-SIXIÈME QUESTION D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIÈME QUESTION D'HÉLOISE

Nous demandons, nous voudrions savoir quel était cet homme de Dieu envoyé par Notre-Seigneur à Éli pour le corriger et lui prédire les malheurs de sa maison.

Que signifie également ce passage, où, entre autres choses, il est parlé du grand prêtre meilleur qu'Éli et destiné à lui succéder, dans les termes suivants : « je me susciterai un prètre fidèle qui sera selon mon cœur el mon âme, et je lui élèverai une maison fidèle, et il marchera avec moi, tous les jours, devant le Seigneur. Et il arrivera que quiconque sera resté jusque-là dans la maison viendra pour qu’il soit prié pour elle, offrira une monnaie d'argent, une tourte de pain, et dira : «abandonne-moi, je t'en supplie, une part de prêtre, afin que je puisse manger une petite bouchée de pain? » Nous savons bien que Samuel, qui survécut à Éli, fut très-fidèle au Seigneur, mais l’opinion commune est qu'il était lévite plutôt que prêtre, et que sa maison ne fut pas fidèle, puisque ses fils furent réprouvés. Quant à ce mot : «il marchera devant mon Christ,» s’applique-t-il au prêtre lui-même, ou à sa famille, et quel est

PROBLEMA HELOiSSÆ XXXVI.

Rogamus quippe et quærimus, quis fuerit ille vir Dei a Domino missus ad Eli ut eum corrigeret, et mala domui ejus venturas prædiceret? Quid et illud sit, quod inter cætera dicitnr, de sacerdote meliore successuro Eli s « suscitabo, inquit, mihi sacerdotem fidelem, qui juxta cor meum et animam meam faciat : et ædificabo ei domum fidelem, et ambulabit coram Christo meo cunctis diebus. Futurum est autem, ut quicunque remanserit in domo, veniat, ut oretur pro ea, et offerat nummum argenteum, et tortam panis, dicatque : dimitte me, obsecro, ad unam partem sacerdotalem, ut comedam buccellam panis. » Scimus quidem Samuelem, qui Eli supervixit, fidelissimum extitisse Domino. Sed quod levita potius quam sacerdos extiterit, communis opinio est, nec domum ejus fidelem extitisse, cnjus filii reprobati sunt. Quod etiam dicitur: « ambulabit coram Ghristo meo, » utrum de ipso sacerdote, an de domo ejus accipiendum sit, et

ce Christ ? nous voudrions aussi le savoir. Enfin, nous demandons des explications sur l’offrande de la monnaie d’argent et de la tourte de pain, — c’est une offrande de nouvelle espèce et non prévue par la Loi, — ainsi que sur les autres détails.

Réponse d’Abélard.

On croit que cet homme est un ange qui apparut sous forme humaine. Par le grand prêtre futur successeur d’Éli, il faut entendre non pas tant Samuel qui ne fut que lévite et dont la famille, bien loin d'être fidèle, fut réprouvée, que tous les saints personnages qui remplirent le ministère d’Éli après lui, tels peut être qu'Abinadab, dans la maison duquel l'arche du Seigneur fut rapportée à Cariathiaris par les Philistins, ou bien Éléazar son fils, consacré à la garde de l’arche, ou enfin Abimelec lui-même que Saül tua avec les autres prêtres dans Nobe, la ville des prêtres. Ces mots : «il marchera devant mon Christ, » il faut les entendre non du grand prêtre, mais de la famille servant sous lui. Enfin, quant au passage : «il arrivera, etc.,» voici comment Je l’ai entendu expliquer par un Hébreu. La pièce

qui ille Ghristus sit, quærimus. Denique quod supponitur de oblatione nummi argentei, et tortæ panis, tanquam oblatione nova, quam lex non habuit, et cæteris, quæ adduntur, exponi postulamus.

Solutio Abælardi,

Vir ille Dei creditur angelus fuisse apparens in humana specie. Sacerdos sucessurus Eli, non tam Samuel qui levita fuerit, nec fidelem, sed reprobam domum habuit, quam quicunque alins vir sanctus, qui ia ordine sacerdotii Eli snccesserit, intelligendus esse videtur, qualis fortassis Abinadab fuit, in cujus domum arca Domini Gariathiarim reducta est a Philistæis, vel Eleazarus filius ejus sanctificatus ibi ad custodiendam arcam, vel denique ipse Abimelec, quem cum aliis sacerdotibus Saul'interfecit in Nobe civitate sacerdotum. Quod vero dictum est : « ambulabit coram Christo meo, » non de sacerdote, sed de domo ejus accipe sub ipso ministrante. Denique quod additur : « futurum est enim, etc., » ita Hebræum quemdam andivi exponentem. Nummus argenteus,

d'argent, c'est le sicel d'argent au prix duquel chacun se rachetait auprès du grand prêtre. La tourte de pain ou quicar, c'est le quart de pain qui était l’offrande du pauvre. La part de la prêtrise était l'épaule droite, le pectuscule, c’est-à-dire la partie supérieure de la poitrine, les joues, le ventricule et la queue qui était donnée, comme il est dit dans le Lévilique, au grand prêtre : cette part toutefois variait avec les rites divers des sacrifices. C’est d'Éli qu'il est question, parce que sa maison en devait arriver à un tel état de misère, que ceux qui étaient jadis les entrepreneurs des rachats et des offrandes, et auxquels pour cela même la part sacerdotale d'Éli était donnée, allaient être obligés de passer marché avec les autres prêtres, demandant l’aumône et suppliant qu'on leur abandonnât une part, si petite qu'elle fût, de la prêtrise, une petite bouchée du pain appelé plus haut tourte.

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