DES ENFANS SAINS
d'esprit et de CORPS, ET AUSSI PARFAITS QU\»?^
PEUT l'Être, Brochure^ par M. Chéneaujîls, NÉGOCIANT.
Il nous semble qu'en voyant cette annonce, M. Chéneau père doit regretter beaucoup de n'avoir pas pu lire,— avant de se marier, — la brochure de M. Chéneau fils.
^*^ Les médecins se divisent en deux écoles diamétralement opposées.
Les uns passent leur temps à démontrer Texistence de choses qui n'existent pas. — La vie des autres s'écoule à nier l'existence de choses qui existent parfaitement.
La première de ces écoles s'est grossie récemment de deux nouveaux adeptes : le docteur Wiesecké et le docteur Chouippe.
Le docteur Wiesecké a trouvé un moyen inlaillible de rendre la vue aux aveugles; c'est de leur faire avaler trois douzaines de perles fines. — Seulement comme ce remède coûte excessivement cher, il ne s'est pas rencontré
d'aveugle qui ait encore pu se l'admiiiislrei'. — Le docteur AViesecké n'en reste pas moins persuadé de l'efficacité de ses perles.
Les lauriers du docteur Wiesecké empêchaient le docteur Chouippe de dormir.
Le docteur Chouippe maigrissait à vue d'œil; il ne taisait plus qu'un repas toutes les quarante-huit heures. — Sa tête se dégarnissait comme une vieille brosse à cirage; ses joues se creusaient ; ses mollets n'étaient plus qu'une chimère; son abdomen fuyait comme une ombre.
Le docteur Chouippe évitait soigneusement la présence de ses semblables. Il recherchait de préférence les lieux déserts et inhabités : les jours de pluie, il s'allait promener dans les carrières Montmartre. — On était sûr de le rencontrer au Gymnase, aux représentations du couple Volnys.
« 0 docteur Wiesecké, s'écriait-il par inter-
valle, ta gloire me jugule, ta réputation me poignarde, tes réclames m'assassinent. — N'y a-t-il donc pas moyen de faire oublier ton traitement des aveugles ? de dresser annonce contre annonce, autel contre autel, de passer la jambe à ta gloire ? »
Mais le docteur Chouippe avait beau s'escrimer, son imagination restait plus vide qu'une poche d'actionnaire. — L'inspiration le fuyait, comme s'il se fût appelé Empis, le dramaturge, ou Vigier, le député.
Durant six semaines, le docteur Chouippe disparut de son domicile ; ses amis le cherchèrent de tous les côtés, à la Morgue, dans les filets de Saint-Cloud, et même aux séances de l'Académie française.
Désespérés, les amis du docteur Chouippe allaient le faire afficher entre les porlcieuilles égarés et les caniches perdus, lorsque le docteur reparut tout-à-coup à l'improvisle, sans crier gare. Ce n'était plus le même homme. Il
était dodu et florissant à la façon de Jules Janin et du restaurateur Lemardelay.
C'est. que, pendant son absence, le docteur Chouippe a eu une idée , — une idée gigantesque ! et dès-lors, la santé, l'embompoint, le mollet et l'abdomen sont revenus en foule. — C'est qu'il a réalisé son rêve ! La bougie médicinale est allumée, et le docteur Wiesecké est flambé.
Or ça, connaissez-vous la bougie médicinale du docteur Chouippe ; bougie qui n'est pas la bougie de l'étoile et qui brillera plus qu'une étoile ? — Bougie qui est un phénix, sans être pourtant la bougie du phénix.
Une supposition :
Vous êtes poitrinaire; vous vous nourrissez de blancs de volailles et de lectures sombres ; vous apprenez par cœur la Chute des Feuilles de Millevoye, et vous buvez de la tisane. — Votre médecin, qui voit que vous allez filer,
Nuus ordonne un voyage, et vous devez partir demain pourHyères.*
Le hasard fait passer le docteur Chouippe dans votre rue ; il apprend qu'à tel numéro, à tel étage, languit un jeune poitrinaire de la plus belle espérance. Il monte chez vous, et vous demande si vous tenez à la vie.
— Comme un chicot, répliquez-vous d'une voix mourante.
— Eh bien ! reste dedans, s'écrie le docteur Chouippe d'un ton fnspiré.
Tant de confiance vous gagne ; vous congédiez le médecin numéro 1, et vous vous abandonnez corps et ame au sauveur numéro 2.
Que fait alors le docteur Chouippe ? — Il tire de ses poches plusieurs paquets -de bougies ; il se fait apporter un grand nombre de flambeaux, place les unes dans les autres et procède, en peu d'instans, à une complète illumi-
nation.— Trois mois après, vous êtes guéri, et vous n'y avez vu que du feu.
Le docteur Chouippe s'est fait le raisonnement suivant, lequel n'est pas moins juste que la voix de certains ténors :
« Les bougies, en se consumant, répandent une fumée que nous absorbons par les organes respiratoires. Donc, si j'emploie, pour la fabrication de mes bougies, au lieu de cire et de suif, des substances médicales, j'arriverai nécessairement à guérir mes malades par le nez. — Quel pied de nez pour mes confrères l »
Aussitôt dit, aussitôt fait ; et voilà pourquoi les bougies médicinales du docteur Chouippe ont vu le jour. — C'est clair.
On conçoit, par exemple, que la composition dêsdites bougies change suivant la nature delà maladie. — S'il s'agit d'un poitrinaire, ainsi que nous l'avons supposé, il entrera dans leur fabrication quelques beeftecks, un gigot
de mouton et deux ou trois bonnes bouteilles de vieux bordeaux, — toutes choses réconfortantes que le malade n'aurait pas pu digérer, 1 1 qui, à l'état de fumée, ne lui chargent aucunement l'estomac.
L'invention du docteur Chouippe est appelée à révolutionner la science et surtout la pharmacie. — En effet, si tous les médicamens se prennent par le nez, on se demande avec angoisses ce que deviendront les fabricans de ciyso-pompes ?
Les disciples du docteur Chouippe ont reçu le nom de choiiippcurs ^ — par corruption, chippeurs.
^*^ Une découverte encore plus récente que celle du docteur Chouippe, c'est la découverte du chirurgien Baudens, l'ennemi juré du strabisme.
Le chirurgien Baudens a déjà fait tant de cures, que les sujets commencent à devenir d'uno mroté désespérante. Pour échapper à
cet embarras, on fait du courtage ; il y a de commis-voyageurs en strabisme sur la place de Paris. — Tout récemment, un de ces courtiers voyageait en cabriolet pour affaires, lorsque regardant son conducteur, il avisa dans ses globes occulaires un défaut de parallélisme très prononcé. — Il lui parla aussitôt de son infirmité, de la guérison si facile à obtenir depuis la nouvelle découverte, fit marché avec lui pour vingt-cinq francs. — Tel est le prix que M. Baudens met à ses opérations miraculeuses, — et se dirigea bien vite, — sans môme terminer sa course, — vers le logis du chirurgien qui opéra le conducteur, séance tenante, — et lui remplit ses poches d'adresses imprimées que l'automédon distribue aujourd'hui à tous les sujets valides ou invalides qui montent dan s sa voiture.
Un employé du ministère des finances, affecté de strabisme, et sourd par dessus le marché, a été conduit chez M. Baudens. — M. Baudens l'a opéré.
0 prodige ! l'employé louche plus que ja-
mais. — En revanche, il a recouvré l'usage de ses oreilles.
Tout le monde s'occupant de strabisme actuellement , il devient très dangereux de se confier au premier bistouri venu. — On nous a cité des personnes louches et qui n'y voient plus du tout.
^*^ Le dernier élu à l'Académie française est M. Ancelot (Polycarpe) , auteur tragique, comique et propriétaire, — inventeur de la poudre,— appliquée au théâtre du Vaudeville. M. Ancelot est plus spirituel, à lui tout seul, que les trente-neuf autres académiciens, — du moins à ce que l'on assure, et lui aussi.
— Vous voilà donc de l'Académie ! lui disait un de ses rares amis. Recevez mon sincère compliment. Cette position honorable, — passez-moi le mot, — vous était bien due !
— Enfin, j'y suis arrivé !.... répondit le récent immortel en se barbouillant le nez de ta-
bac d'Espagne, et j'en suis d'autant plus satisfait, que M. Bayard ne pourra plus m'appeler son cher collègue.
Et comme ce même ami lui faisait observer que dans sa nouvelle position il aurait à s'abstenir d'un tas de petits vaudevilles peu dignes d'un académicien :
— Je suis marié, répliqua le poète. M™^ Ancelot vous consolera.
Le Tyran de Café^ rapsodie d'assez mauvais goût, — môme au théâtre du Palais-Royal, — est une œuvre posthume de M. Ancelot, à la-, quelle il n'a pas eu le courage d'attacher son nom. — M. Desforges, qui n'est pas encore académicien, en a endossé bravement la responsabilité.
Honneur au courage malheureux !
/^ Au bal donné par M. Duprez, premier chanteur de l'Académie royale de Musique, le travestissement était de risiueur.
Lob lioiiijeiuà de la soirée ont été pour M. Alizard, travesti en jeune mariée, — robe blanche, \T)ile blanc et couronne de fleurs d'orangers. — M. Alizard donnait le bras à M. Wartel, déguisé en gendarme.
M. Léon Pillet a dansé toutes les contredanses avec M™e Stoltz , — à l'exception d'une seule , dansée avec M'^^ Nau ; — on n'a point lait de musique.
./'j. Le bal donné par M. Troyon , peintre de paysages, a commencé un dimanche soir, à dix heures , et s'est prolongé jusqu'au mercredi suivant, à midi.
Les rafraichisscmens se composaient de six barriques de vin e't de deux barriques d'eaude-vie, — placées dans un coin de l'atelier, et où chacun allait se désaltérer à son tour.
^*^ Mais de tous les bals de la saison , le plus remarquable , sans contredit, est celui qui a eu lieu chez un avoué de Paris , M. C...
Voici le programme de cette soirée, tel qu'il a été envoyé à trois ou quatre cents personnes. Nous le publions textuellement, — dût le notaire Outrebon en mourir de jalousie !
Monsieur et Madame G...., Monsieur et Madame C... ont l'honneur de vous adresser le programme de haute prévoyance qui a été arrêté pour le maintien de l'ordre et de bonnes mœurs dans la grrrrrrande soirée costumée.
Les VOITURES et chaises à porteur devront arriver par l'une des extrémités de la rue J.-J. Rousseau , et prendre immédiatement la fuite de l'autre côté , sans aller aux bouts pour éviter la crotte.
Personne ne sera reçu sans être costumé. — La plus grande latitude est laissée sur le choix des costumes. — Ceux D'ADAM ET D'EVE sont seuls prohibés.
Il est indispensable , pour être admis , d'avoir été INVITÉ. — Comme les invitations sont individuelles , les personnes devront se pré-
senter elles-mêmes. — Autrement elles u'enireraient pas.
On devra laisser en dehors les airs bou- DEDRS, les figures MAUSbADES, ainsi que les sabots , cannes et parapluies. — Il n'y aura donc dans les salons que des visages rians, des corps beaux et des esprits bien faits.
A la porte les DAMES ne RECEVRONT
pas de BOUQUETS. —Les maris pourraiei:t trouver mauvais qu'on leur ôtàt roccasion d'être galaijs.
On ne se fâchera de rien. — On rira de TOUT. — Ces deux prescriptions sont de rigueur comme le costume.
Chaque individu costumé recevra , en entrant , un numéro pour un GRRRRRRA- RANDISSIME TOMBOLA, donc il y aura des numéros pour tout le monde.
Il est expressément défendu de fumer ci-
GAllES, PIPES OU CIGARETTES. — On eS|iei 0
que personne ne sera assez contrariam ou CONTRARIÉ pour trouYcr une autre manière de