‹ Lettres conchinchinoises sur les hommes et les choses du jourChapitre 2 sur 15 · ALB. S · texte numérisé non relu

ALB. S

Paris, 15 décembre 1840,

Après une traversée des plus heureuses , s'il faut en croire le capitaine à qui nous étions confiés, et pendant laquelle nous n'avons pas cessé de ressentir d'horribles douleurs d'estomac , notre vaisseau a enfin touché la terre promise, et nos pieds ont foulé le sol du beau pays de France.

Le beau pays de France est un lieu où rè-

giie incessamment une température dont tu le ferais difiBcilement une idée. Depuis notre arrivée nous n'avons pas encore aperçu un rayon de soleil. Les jours où il ne pleut pas, il neige; les jours où il ne neige pas, c'est différent, il pleut.

Les Français, qui probablement savent à quoi s'en tenir là dessus, prennent des précautions infinies pour se préserver du froid. Les riches entassent sur leur dos plusieurs vètemens accumulés, et abritent leur menton sous une large bande de laine rouge ou verte, qu'on appelle un cache-nez^ sans doute parce qu'elle sert à garantir b menton.

Ils cachent aussi leurs mains dans d'autres espèces de mains , faites en peaux de bête, ce qui ne l'est pas du tout.

Pour nous , qui avons conservé nos costumes ordinaires, nous sommes, depuis quelques jours, en butte à une singulière maladie: figure-toi , illustre empereur, que , de temps h autre , il nous passe comme un grand frisson par tout le corps; nous ressentons un picotement dans le nez, suivi d'un ébranlement dans le cerveau ; notre bouche s'entr'ouvre

coiivulsiveiiieiit, et nous ïanous hasfch ! hastch! hastchî à plusieurs reprises. — Les persoiitios qui nous voient dans ces momens-lk nous disent : « Dieu vous bénisos! » et portent la main à leur chapeau. Nous aimerions mieux les voir porter remède à notre maladie.

.*., Les Français passent pour être le peuple le plus spirituel de l'univers. C'est du moins une opinion qui semble très accréditée en France. Le fait est qu'ils se distinguent par toutes sortes d'inventions auxquelles on ne saurait trop accorder d'éloges.

Ces inventions se succèdent avec une telle rapidité, que le gouvernement s'est vu dans l'obligation de faire construire un vaste bâtiment où , toutes les cinq années, chaque Français a le droit de venir exposer sa petite invention. C'est à cette époque surtout que le génie créateur de ce peuple spirituel se développe dans toute sa plénitude.

Il y en a qui inventent des choses d'une utilité déclarée Générale, mais d'une exécu-

lioi) recoiiuue impossible. Tout ce que le reste imagine est 1res facile à exécuter, mais ne servirait absolument à rien, si l'on se donnait Ja peine d'en consommer l'exécution , — ce qui n'empêche pas ces inventeurs de prendre un brevet d'invention.

Prendre un brevet d'invention , c'est acheter le droitde passer, durant un certain temps, pour un homme remarquable ; — pour un ami des lumières — ou pour un bienfaiteur de l'humanitc.

Pour cinq cents francs , une fois donnés, on Cst un homme lemarquable pendant cinq ans.

Pour mille francs , on est , peiidant dix ans, considéré comme un ami des lumières.

Moyennant quinze cents francs , on passe à Tétat de bienfaiteur de l'humanité, — et cela pendant quinze ans.

Après quoi , s'il néglige de renouveler son bail , l'homme remarquable disparaît; — le bit.'ufaiteur de l'humanité s'évanouit; — l'ami des lumières rentre dans i ne pro.f^nde obscurité.

^.% Le peuple français n'est pas seulement

le peuple le plus spirituel de l'univers, il-eii est j^ussi le plus belliqueux. Si ou le laissait faire, il chercherait uoise aux cinq parties du monde; mais on ne le laisse pas faire; tant s'en faut! ce que voyant, les Français se sont nus à porter de grandes mou-iitaches et à jouer au soldat avec fureur. Tous les mois, sous un [•rétexte quelconque , — et même le plus souvent sans aucun prétexte, — ils se déguisent en militaires, endossent la capote, s'arment du fusil de munition, font des patrouilles et passent la nuit au corps de garde, couchés sur quatre planches. — Ils appellent cela se faire la main.

Le gouvernement , qui connaît le faible de son peuple, a décidé, uniquement pour flatter ^es goûts , que tout jeune Français, âgé de vingt ans accomplis, doit se consacrer pendant sep! ans à la défense de la Patrie.

C'est pourquoi la plupart des jeunes Franyais parvenus à ce bel âge, cherchent avec le plus vif empressement tous les moyens imagiiiables pour se dispenser de défendre la patrie.

Ceux qui ont de l'argent envoient le premier venu la défendre à leur place. Pour ceux

qui ont moins d'argent encore que de boinie volonté, ils ont recours à des ruses incroyables.

Il y en a qui se laisseraient volontiers mourir de faim dans l'espoir de paraître doués d'une complexion délicate.

D'autres se placent sur le nez de petites pinces en argent^ où sont emmanchés des morceaux de verre taillés en rond et qu'on nomme des lunettes.

Ceux qui ont le malheur d'être bien bâtiset au grand complet, ne se consolent pas des rigueurs du destina leur égard. — On envie la bosse des bossus ; — lesscrofuleux et les lépreux sont proclamés les plus heureux des hommes ; — la cécité est considérée comme un bienfait des dieux.

^*^ Outre leur qualité de peuple spirituel et belliqueux, les Français revendiquent aussi le titre de peuple libre par excellence. Et de fait, ils jouissent d'une liberté illimitée.

Pourvu qu'un Français observe avec amour les soixante-dix-sept mille huit cent quatrevingt-douze lois qui le régissent ;

Pourvu qu'il ne trouve rien de beau, de grand , de bon, de parfait et d'admirable comme

Le gouvernement du roi ;

Les ministres du roi ;

Les tribunaux du roi ;

La police du roi ;

Les fonctionnaires du roi j

I^s censeurs du roi

Et les gardes-champêtres du roi ;

Pourvu qu'il s'abstienne d'imprimer son opinion sur tout ce qui lient à quelqu'un ou à quelque chose ;

Pourvu qu'il paie régulièrement ses impositions mobilières et immobilières ; — ses contributions directes et indirectes; — sa cote personnelle ; — son impôt sur le vin, sur la viande et sur le sel ;

En un mot, pourvu qu'il fasse, la plupart du temps, tout le contraire de ce qu'il voudrait faire, le peuple français est et demeure le peuple le plus complètement libre qui se puisse imaginer.

/. Nous avons dit l'esprit, le courage et la

liberté du peuple français; ce n'est pas tout. Ce peuple, gardien des vieilles traditions, est resté d'une délicatesse extrême dans ses relations avec les femmes. Pour s'en convaincre, il suffît d'ouvrir un seul des livres qui se publient en France. Ce ne sont de tous côtés que dévoùmens de femmes, héroïsmes de femmes et panégyriques de femmes. Un poète du pays parlant à ses concitoyens, s'est même écrié :

Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mère !

'•t ce vers raérliocre a suffi à le rendre célèbre.

Aussi il fait beau voir la façon poétique et même toucliante dont s'accomplissent la plu- ]'nrt des unions de France.

Lorsqu'un Français songe à se choisir une compagne dont l'atTection, les soins préveaans et la vive tendresse lui allègent le fardeau de la.vie,il commence par se faire habillera neuf des pieds à la tôle, — des bottes au chapeau. Puis il établit son domicile dans les promenades publiques et dans les spectacles, prend un maître à danser et se fait introduire dans un grand nombre de sociétés d'élite — où l'on admet tout le monrJe.

yuand le jeune français a rencontré la femme de son cœur, l'ange de ses rêves, — c'està-dire celle dont la fortune lui semble la plus considérable qu'il puisse ambitionner, — il se présente chez le père de la jeune fille et lui parle en ces termes :

— Je serais bien aise de devenir votre gendre.

Le père se livre aussitôt à un long et consciencieux examen d'une minute, après "juoi il répoiid :

— Votre position, quelle est-elle? expliquoz-moi franchement votre position.

Alors le jeune homme explique franchement sa position.

S'il a trente-cinq ans, il en avoue vingt-huit; s'il est pauvre il se fait riche ; s'il est d'extraction vulgaire, il se déclare plus noble que le roi.

— Franchise pour franchise , reprend le père de la jeune fille ; je donne à mon enfant trois cent mille francs le jour de son mariage...

— Sans compter les espérances?

— Sans compter les espérances.

On entend par espérances les sommes qup les parens laissent après leur mort. — C'esr une expression consacrée. — Des jeunes gens, excellens fils du reste, ne se gênent pas pour dire : « Nous avons des dettes , mais cela ne nous préoccupe guère.... nous avons de si belles espérances ! »

Traduction libre :

J'ai des dettes , mais ma mère a un catarrhe. — Je suis inquiété par des créanciers, mais mon père est inquiété par la goutte.

iMiis, 2<» ùéreiiilre.

11 y a [aiil df monuiiuîus el taiit 'J'iii.-lit!'.liuns à Yi^ill•^ dans Pjiis , que nous avojis pris le seul parti raisonnable, qui est de vuir les choses sans ordre et sans plan médités à l'avance, — à mesure que îe hasard les fait [)asser sous nos yeux.

Ou nous a conduits, Taulre jour, devant un giaiivl hàtiîuent farri}, avec des colonîies,

un pérystile, une boîte aux lettres et plusieurs paratonnerres.

Ce bâtiment qui ressemble à une église et qui n'est pas une église , qui ressemble à un théâtre et qui n'est pourtant pas un théâtre , s'appelle le palais de la Bourse.

Tous les jours , de deux à cinq heures, il se passe là dedans des choses inimaginables. On voit des gens y arriver avec une belle fortune et en sortir ruinés complètement. D'autres qui n'ont aucune ressource apparente, s'y enrichissent en moins de temps qu'il n'en faut à un voleur de profession pour forcer une serrure. — Du reste, ce que nous en savons, ce n'est que par ouï dire; on nous a oien recommandé de n'y entrer que le moins possible. — Il paraîtrait que ce n'est pas un lieu sûr.

Les Français sont joueurs avec passion. Ils exposeraient volontiers leur patrimoine sur un coup de dés, sur une carte.

C'est pourquoi le gouvernement a ordonné la fermeture des maisons de jeu , de môme qu'il avait ordonné la suppression de la loterie.

C'est pourquoi il laisse ouvert le palais de la Bourse, qui est aux maisons de jeu ce que mille est à un; — ce que la mort est au sommeil.

Si tout ce qu'on nous à conté au sujet de la Bourse est véridique; — s'il ne faut rien rabattre des nombreux récits qu'on nous a faits touchant les escroqueries, les vols et les brigandages de toutes sortes qui se consomment légalement dans cette caverne , nous pensons qu'on ne ferait pas mal de la réduire en cendres , — puisque , prétend-on , le feu purifie tout.

^%De ce que nous venons de te dire, illustre empereur, tu aurais tort de conclure que les Français sont un peuple frivole. Ils ont peut-être la tète un peu légère, mais leur cœur est excellent.

D'abord ils sont très charitables, et on ne peut pas plus philantropes. L'aspect de la misère leur est insupportable, à ce point que le pavé de leur capitale est couvert d'institulions dont on ne saurait trop approuver le but/

Exemple :

Dans un de leurs plus beaux jardins, uomnié le Jardin-des-Pianles, et où il ne fleurit guère que des quadrupèdes, nous avons admiré un palais où la nation loge^ chauffe et nourrit un nombre formidable de singes de toutes les espèces et de toutes les races. — On a calculé que les frais de construction et d'entretien absorbés par cet établissement feraient vivre trois cents familles nécessiteuses, etsufiiraient à la fondation d'un hôpital.

Autre exemple, non moins concluant :

Une partie de la France vient d'être victime (l'une inondation féconde en malheurs de tous les genres. Des villes ont été ravagées ; des maisons se sont écroulées par centaines ; des ponts ont été emportés; des familles entières oui disparu, et à chaque instant Ton retrouve des cadavres.

Les Français se sont émus à l'aspect d'une aussi grande infortune ; leur bon cœur ,s'est apitoyé ; leur thilantropie a éclaté dans tous lei sens.

Aussitôt des commissions ont été nommées ; des comités se sont organisés sur-lo champ-.

Et niciiiitenai]t, il n'y a pas de ville, — -i petite soit-elle, — ' dont les habilaiis ne t?u donnent des concerts au profit des inondé.- ; — des bals au profit des inondés ; — des di ■ ners au profit des inondés.

Ce dernier genre de souscription est raènie dé tous celui qu'on adopte le plus généralement, et celui qu'on accueille avec la faveur la pins marquée.

/^ L'autre jour, comme nous aliions voir Xolre-Dame de Paris, une des merveilles de cette ville merveilleuse, notre voiture s'est arrêtée devant une petite maison toute blanch-.', posée coquettement sur les bords du fleuve. Uue grande affluence se pressait aux portes d j cette charmante habitation, et nous restâmes loijg-temps à nous demander quels en pouvaient être les heureux habitans.

Par les fenêtres entre-bàillécs du premier étage, une voix de jeune fdle arrivait jusqu'à nous; elle chantait un chant d'amour, et ses 'leux mains taisaient résonner un instrument

assez mélodieux, qu'on appelle un piano et qui fait beaucoup de bruit.

— Sans doute, disions-nous, ce sont deux jeunes époux que la foule vient complimenter sur leur bonheur. Joignons nos vœux à tous ces vœux, et prions le grand Foh de leur aplanir les sentiers de la vie, en faisant naître sous leurs pas des fleurs toujours fraîches et toujours parfumées.

Parlant ainsi, nous entrâmes.

Devant nous, il y avait un vitrage ; — derrière ce vitrage une grande table de pierre ;

— et sur cette table de pierre, des cadavres nus.

Aux uns il manquait la moitié de la tèle. D'autres avaient de grandes blessures encore saignatites dans le ventre et dans la poitrine.

— D'autres enfin témoignaient d'un long séjour dans l'eau.

Nous étions à la Morgue.

C'est à la Morgue qu'on transporte tous les malheureux qui trépassent à Paris, sans que nul puisse dire ni qui ils sont, ni d'où ils viennent.

Tous les soirs, les morts du malin sont cm-

portés dans un tombereau, — et tous les malins, la Morgue voit se renouveler sa provision de cadavres.

Quand nous sortîmes, la voix se taisait encore entendre.

C'était la fille du gardien de la Morgue qui chantait un chant d'amour.

Par's , '2b détembr?.

Le peuple français n'est ni laid, ni beau , mais plulôt l'un que l'autre. Sa taille est au dessus de la moyenne; il est grand parleur, et le plus souvent il accompagne ses discours d'une pantomime très animée.

Ce peuple est fort gourmand et traite volonliers ses affaires les plus sérieuses le verre

à la main. 11 a inventé une foule de boisson inconnues au reste de l'univers et qui ne mû lissent que dans son imagination. Il y en aqu cbatouillentlegosiercomme le frottement d'un plume d'oiseau - mouche et d'autres qui brîi lent comme un fer rouge; — sans parler di celles qui pétillent dans les verres, mousson toutes seules et piquent le nez quand on le boit.

En fait de liqueurs, celle qu'on préfère ic passe pour tuer promptementceux qui en fon un grand usage. — On la nomme eau~de-vie

On ne saurait imaginer rien de comparabli au luxe qui règne à Paris dans les cafés, res taurans et autres lieux où les Français on coutume d'aller reposer leur appétit et leui oisiveté.

L'or y ruisselle de toutes parts ; le velours le bois d'ébène et de citronier y sont prodigués d'une incroyable façon; du haut en bas les murailles sont couvertes de splendides peintures qui représentent des jeunes personnes décolletées jusqu'à la cheville. — On y estserv par des jeunes gens parfaitement frisés. Ces jeunes gens sont tous voués au célibat, et l6

:>ublic prend bien soin de le leur remémorer, in les appelant, à chaque minute, gairompàr' ^i, garçon par-là.

Quant à ce que Ton mange dans ces établisîomens, nous n'y avons pas pris garde. Nous ;ie dévorons que des yeux. — D'ailleurs, ce serait exécrable, que nous n'aurions pas la mau- ^'aise grâce de nous plaindre. — Tout ce que nous nous permettrons de dire, c'est que, dans [a plupart de ces restaurans, il nous a semblé que les provisions sont beaucoup moins fraîches que les peintures.

^% Nous sortons du palais Bourbon , — d'où nous avons rapporté un grand mal de tète et un affreux bourdonnement dans les oreilles.

Le palais Bourbon est une vaste salle circulaire où se réunissent les représentans de la Nation Française , pour causer entre eux de leurs affaires domestiques, distribuer des bureaux de tabac à leurs amis et connaissances, et faire nommer chevaliei-s de la Légion-d'Honneur toutes les personnes qui leur sont indifférentes.

Pour représenter la Nation Françaiife, deux conditions sont indispensables :

1-^ Prouver qu'on paie cinq cents francs do contributions annuelles.

2" Justifier d'un certificat de vaccine.

Il y a bien une troisième condition qui est celle d'avoir trente ans révolus ; mais il a été démontré que cette condition peut être facilement éludée.

Après cela, que vous soyez spirituel ou crétin , honnête homme ou taré, peu importe. On ne vous demande pas si vous êtes éloquent, — si vous avez le coup d'œil juste, — l'intelligence rapide, — l'habitude des affaires, — ni rien de semblable. On vous demande tout simplement si vous payez cinq cents francs et si vous êtes vacciné. — Voilà.

Les représentans de la Nation Française s'appellent des députés. Le député tient son mandat des électeurs.

Les électeurs sont des messieurs également vaccinés et payant, eux aussi , une certaine somme tous les ans.

Bien que l'électeur ne paie pas autant .'jue le députéj le député n'en est pas moins Pe^-

clave, la'propriété, la chose de l'électeur.

Un député qui accomplit consciencieusement son niaiidat doit être le commissionnaire et le factotum de ses électeurs et de toute leur famille.

C'est lui qui expédie à madame le bulletin des modes nouvelles; lui qui achète les jouets de l'enfant ; lui qui fait les courses et les démarches dont monsieur se plaît à l'accabler.

La Nation Français? est représentée par quatre cent cinquante députés, — ce qui explique pourquoi il n'y en a jamais plus de trois cents à leur poste. Les autres ne demanderaient pas mieux que de s'y rendre ; mais le séjour de Paris coûte tant d'argent! mais la récolte du blé exige tant de soins! mais l'œil du maître est si utile durant tout le temps des vendanges !

Les séances du palais Bourbon se divisent eu deux catégories : celles qui oirieiit quelque intérêt, et celles qur n'en offrent pas du tout.

Les premières qui sont foft rares sont très suivies; les secondes qui sont très fréquentes, sont fort négligées.

Un fait qui mérite d'être observé, c'est qrQ

les séances dénuées d'intérêt sont précisément celles qui devraient en offrir davantage.

Ces jours là, en effet, comme il, ne s'agit que de présenter un projet de loi sur des canaux ou de voter les fonds indispensables à la construction d'un chemin de fer, — toutes choses d'un intérêt réel, — messieurs les députés profilent de la circonstance, soit pour rendre quelques viiùtes, soit pour aller faire un tour de promenade aux Champs-Elysées.

Mais, le lendemain, qu'il surgisse par hasard une de ces discussions brûlantes, fécondes en scandaleuses personnaiitéi, — plus rapide que l'éclair le bruit va s'en répandre, les députés accourront en toute hâte et, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, le palais Bourbon sera assailli d'une foule ardente et passionnée.

^% Le chiffre des députés éloquens est très restreint; celui des députés improvisateurs Test encore plus.— Et cela se conçoit : il faut tant de mémoire pour improviser passablement !

Du reste, les députés ont trouvé un moyen

très propre à adoucir leurs chutes oratoires. *'II n'en est pas un qui n'invoque, comme circonstance atténuante de ses insuccès parlementaires a rémotion bien naturelle qu'on éprouve en se voyant sur le point d'entretenir l'assemblée la plus imposante de l'univers. »

^"^ La chambre des députés est divisée en trois fractions qui , elles-mêmes , se subdivisent à l'infini, — ce sont la gauche, la droite et le centre.

Le centre a été inventé pour voter, les yeux fermés, contre les propositions de la droite et de la gauche qui , de leur côté , s'ameutent perpétuellement contre les propositions du centre.

Par malheur , le centre qui est, à lui tout seul, aussi nombreux que ses deux ennemis ef. qji, en outre, possède des poumons d'airain, parvient, le plus souvent, à étouffer les \ jix rivales sous ses mugissemens vainqueurs.

*% La durée commune d'un député est de

■n cinq ans, — au bout desquels les messieurs vaccinés , connus sons le nom d'électeurs, se réunissent de nouveau pour rochoisir des représenlansà la Nation Française.

— Et pendant ce temps-là que fait la Naîion Française ?

— La Nation Française se croisa les bras et attend patiemment qu'on veuille bien lui apprendre le nom de ses repvésenlans.

— Ah! ça mais, la Nation Française n'a donc pas le droit de les choisir elle-même?

— Non, illustre Empereur; ce droit lui e.-t refusé. — Non pas qu'elle ne toit tout aulant vaccinée que messieurs les électcuri , mais uniquement parce qu'elle n'a pas, comme eux, Pavantage de payer deux cents francs.

Paris, 30 décembre 1840.

Un des plaisirs qui semblent le plus agréable aux Parisiens, sans contredit, c'est U spectacle. Il n'y a pas moins de vingt théâtres dans la ville. Nous comprenons peu ce genre de distraction, sur lequel d'ailleurs ils devraient être blasés depuis long-temps, car c'est toujours la même pièce qu'on représente devant eux.

PailoLit un jeune homme veut épouser une demoiselle; les parens, qui ont un autre gendre en perspective, s'opposent au mariage. Après un certain nombre de scènes intermédiaires, le rival est éconduit. Un personnage, on habit noir , avec un portefeuille sous le bras, paraît dans le fond du théâtre ; c'est un notaire. Alors on chante un peu , et le jeune homme épouse la demoiselle.

Les Français se complaisent inlininjentà la représentation de ces petites choses-.là, qu'ils appellent le miroir des mœurs.

^%Lea théâtres de Paris se divisent en théâtres royaux, en théâtres de vaudevilles et en théâtres de drames.

Les théâtres de drames et de vaudevilles sont en général des entreprises particulières que des spéculateurs exploitent à leurs risques et périls. Ce système n'a qu'un inconvénient, calui déplacer les destinées de l'art dramatique entre les mains de malheureux qui ne peuvent que s'y ruiner, en ruinant l'art par fontre-coup,

Les uns se font directeurs afin de pouvoir tutoyerdes comédiens; — les au très pour avoir leurs entrées libres dans des coulisses; — le plus grand nombre parce qu'ils ont des maîtresses qu'une soi-disant vocation entraîne vers les planches,^ et que personne ne voudrait engager.

Etant directeurs , ils les engagent tout à leur aise. — C'est même leur premier acte d'administration.

Cette catégorie de directeurs ne fait que paraître et disparaître. Elle s'abîme bientôt dans le gouffre de la faillite , ne laissant rien après elle , pas même un exemple salutaire à ses successeurs.

Que son passif lui soit léger !

^%Les théâtres royaux puisent à deux sources t dans la poche du public et dans celle du gouvernement , tlont ils reçoivent une subvention. — Ils n'en sont pas plus riches pour cela.

Il y a quatre théâtres subventionnés à Paris, l'Académie Royale de Musique, la Comé^

die-Française , l'Opéra-Comique et le Théâtre- Italien.

Pourquoi le Théâtre-Italien est-il subventionné? Est-ce parce que la musique qu'on y chante n'est pas française?

Ou bien parce que les artistes qui la chantent ne sont pas français ?

Ou encore parce qu'il n'a aucun besoin de la subvention pour vivre ?

Nul ne pourrait le dire.

Quant à TOpéra-Comique , c'est autre chose; et, là dessus, on sait à quoi s'en tenir.

Le directeur de ce théâtre est payé pour avoir constamment tine troupe d'acteurs-chanteurs, de gens , en un mot, qui soient en état de chônter l'opéra et de jouer la comédie. — C'est pourquoi , à ce théâtre , ceux qui savent chanter sont détestables comédiens. En revanche, ceux qui sont supportables comme acteurs, ne sauront jamais chanter de leur vie.

^% La Comédie-Française est une philantropique institution qui a droit aux éloges de

tous les cœui's sensibles : c'est un lieu d'asile fondé pour la vieillesse. — Tout ce qui n'a plus ni dents, ni cheveux , ni fraîcheur, ni grace , ni jeunesse, ni engagement, ni chance d'être engagé nulle part, y est comblé de douceurs et de pensions.

A ce charmant théâtre , les amoureux portent perruque, les jeunes premières portent leur âge, — ce qui ne réjouit pas la vue, — et l'époque présumée de la naissance des grandes coquettes se perd dans la nuit des temps.

L'autre soir, on représentait le Mariage de Figaro^ pièce où les pr^cipaux personnages sont un grand seigneur, âgé de trente ans, — sa femme, qui doit en avoir vingt-trois ou vingt-quatre, et deux domestiques, dont l'un est contemporain de son maître , et dont l'autre est plus jeune de quatre ans que sa maîtresse.

Les acteurs qui jouaient ce jour-là, n'avaient pas moins de cinquante, cinquante-cinq, soixante-huit et soixante-dix ans, ce qui fait un total de deux cent quarante-trois printemps.— A Paris, on appelle cola ViUusion théâtrale.

Lu de ces rôles était rempli par une actrice liOniniéo M"^ Mai*s, plus connue sous les pseu- (lo limes de bijou et de diamant. — Cette actrice passe pour être moins âgée que. ses enfans.

On n'est admis à la Comédie-Française que sur le vu d'un certificat de patte d'oie.

^"^ L'Académie Royale de Musique est un lieu

'usacré au chant et à la danse, et où le public ne prête aucune attention aux chanteurs et ne prend nul souci des danseurs.

Le répertoire de ce^hâtre se compose de six ouvrages. Chacun a été joué près de deux cents fois, toujours devant les mêmes spectateurs, à qui il faut bien pardonner leur inattention -')u tenue.

A Paris , tous les théâtres ont un foyer. Le loyer est un endroit où le public va se promener durant les entr'actes du spectacle. C'est un salon qui se vide, s'emplit, se revide et se remplit plusieurs fois dans la soirée.

Le foyer de l'Opéra jouit d'une grande réputation d'esprit. C'est, nous a-t-on dit , le

centre de toutes les nouvelles piquantes et Je ioutes les anecdotes du jour. C'est le seul endroit où Ton sache encore causer et où Ton entende causer.

Comme bien tu penses, ô mag'ianime empereur, à peine arrivés à l'Opéra, notre premier soin a été de nous* faire conduire au foyer.

Voici un échantillon des conversations piquaiitesque nous y avons entendues :

— Duprez est en voix ce soir.

— Chose est là, avec sa femme.

— Où çà ? dans une baignoire ?

— Non, à l'amphithéâtre.

— Tiens ! tiens ! tiens !

— A quelle heure pensez-vous que le spectacle soit terminé?

— Vers onze heures ; — onze heures quelque chose.

— Avez-vous vu Rachel ?

— L'actrice ?

— Non; la jument qu'Ernesl vient d'acheter au comte de Blancvaux.

— Oui.

— Qu'en dites-vous?

— Ma foi ! je n'en dis rien. — Et vous ?

— Ni moi non plus.

— Ah! çà... il me semble que cet entr'acte n'en finit pas!

— Voilà un quart d'heure qu'il est commencé. »

— C'est beaucoup trop.

— Mais, non; j'aime assez à me dégourdir les jambes.

— Qu'est-ce qu'on a fait aujourd'hui à la Bourse.

— Rien du tout.

— Irez-vcus samedi chez M"« de Lanchère?

— Je ne le pense pas : je suis de garde.

— Je crois bien que je n'y irai pas non plus. J'ai un cor qui me fait horriblement souffrir. ^

— Vous voyez bien ce monsieur, là bas... décoré... avec des lunettes?

— Oui. Eh bien?

— Le connaissez-vous ?

— Je ne crois pas.

— C'est le beau-père de Trigaud.

— Si c'est possible?

— Comme j'ai l'honneur de vous le dire.

— Vous êtes donc revenu d'Afrique?

— Depuis six semaines.

— Qu'est-ce qu'on fait de bon là bas?

— On remporte peu de victoires et beaucoup de bœufs.

— Y avez-vous gagné quelque chose?

— J'y ai gagné des rhumatismes.

— Ah ! on sonne... on va commencer.

—Adieu.

— Au revoir.

— Bien de choses à madame.

— Je n'y manquerai pas.

^*^ La réputation acquise au foyer de l'Opéra ne peut se comparer qu'à celle dont jouissent les coulisses du même théâtre.

Notre qualité d'étrangers nous a heureusement ouvert les portes de ce sanctuaire oîi nous avons vu toutes sortes de choses qui tiennent du prodige.

Il était environ six heures, — c'est le moment où tous les acteurs qui doivent chanter, danser ou figurer dans la soirée, viennent

iiuquer leui's habits de ville coiitre des oripeaux de tliéàtre.

Jamais speciacle plus étrange, et aussi plus aiïligeaut, n'avait frappé nos regards.

Les hommes portaient des redingotes bhniches, — à force d'avoir été noires, et des cravates noires, — à force d'avoir été blanches; ils étaient crottés plus haut que la cheville; l'aspect de leurs chapeaux serrait le cœur et, malgré la rigueur de la saison, ils étaient vêtus d'une façon qui faisait grelotter, rien qu'à les voir : — c'étaient les figurans.

Les femmes offraient un horrible mélange déplumes décolorées, de robes ternies, de socques désarticulés , de châles troués , de manchons rasés à blanc et de chaussures avachies. Pour quelques unes venues en fiacre, et pour quatre ou cinq arrivées en équipages, combien s'étaient rendues au théâtre pédestrement et à travers les boues parisiennes, — ce qui est tout dire !

Et tout cela, hommes et femmes, — jeunes «t vieilles, — richeset pauvres,— tout cela avait l'œil cave, le regard terne et le teint affreusement décoloré.

Lue lieure s'écoula pendant laquelle nous examinâmes à loisir ce monde féerique appelé les coulisses. Nous vîmes des toiles salement barbouillées, des torrens en papier, des forêts de huitarbres, des coupes d'or en carton, des poignards à res.-ort, et partout, sur le plancher, des ouvertures béantes où, maintes fois, uoas faillîmes disparaître.

Comme sept heures sonnaient, on vint nous prévenir que le spectacle allait commencer, et par un couloir sombre, on nous introduisit dans la salle.

Ici a commencé une série d'enchantcmens auxquels il nous a été impossible de rien comprendre.

Ce fut d'abord une lumière éclatante qui, jaillissant de toutes parts, nous inonda comme d'une pluie de feu. Nous étions plongés dans une atmosphère parfumée où voltigeaient incessamment des miasmes pénétrans et voluptueux. Â droite, à gauche, derrière, devant, partout, une foule compacte nous pressait, nous entourait, nous dominait.

Tout-à-coup une grande musique se fit entendra, U rideau se leva et nous poussâmes

un cri qui s'en fut se confondre et mourir dans les accords de l'orchestre.

Il n'y avait guère plus de cinq minutes que nous avions quitté les coulisses, et ces cinq minutes avaient suffi à opérer cent miracles.

Les toiles barbouillées de tout-à-l'heure s'étaient changées en lambris dorés : partout du marbre et du porphyre ; de l'or partout. Dans le fond, par une échappée de vue, on apercevait un jardin avec des fontaines jaillissantes, des touffes de fleurs, des sources d'eau vives et des arbres, — de vrais arbres, — où chantaient les oiseaux et dont le vent agitait doucement les feuilles.

La scène était couverte de seigneurs et de dames qui allaient et venaient, qui chantaient et qui dansaient. Ils étaient beaux, ils étaient jeunes, ils étaient vêtus de soie et de velours, et des milliers de pierreries scintillaient à leur tète, à leurs bras, à leur col, à leurs mains et sur leur poitrine.

Nous eûmes une peine infinie à reconnaître en eux les hommes tachés et les femmes crottées que nous avions rencontrés peu d'instans auparavant.

Les femmes montraient leurs jambes, leurs

gorges et leurs cuisses ; — en vérité nous igno rons ce qu'elles ne montraient pas.

Une fois l'acte fini, nous courûmes aux coulisses. Nous avions hâte d'aller nous prosterner devant le prince et la princesse de la pièce. Leur chant nous avait causé d'inexprimables sensations.

Nous trouvâmes le prince occupé à jouer une partie de dominos avec un capitaine de pompiers.

Quant à la princesse, si gracieuse dans son costume de satin blanc, relevé de crépines d'or, elle mangeait beaucoup de veau froid dans un coin du théâtre.

Pari-S 5 janvier 1841.

Depuis cinq jours, les Parisiens semblent tous atteints d'un accès de fièvre chaude. Les rues sont sillonnées d'un tas de gens qui se remeltcnt, les uns cliez les autres, des petits carrés de carton imprimé. — II paraît que c'est la plus grande marque d'estime qu'on puisse se donner.

Depuis cinq jours, la sainte pudeur est foulée aux pieds de la façon la plus absolue. Tout le monde s'embrasse avec rage. Sur les promenades, sur les places, au coin des rues, on entend le bruit des baisers; — et, ce qui est autrement immoral, on voit des femmes embrasser d'autres femmes et des hommes se jeter publiquement dans des bras masculins.

Nous-mêmes nous ne sommes point à l'abri de ces protestations de vive tendresse; des personnes que nous n'avons jamais vues nous prennent les mains avec transpoi t et nous les serrent avec fureur.

Depuis cinq jours lei> fiib sont charmans avec leurs père et mère ; le:^ m^n s sont aux petits soin? auprès de leurs femiiles ; 'es femmes sourient gracieusement à leurs ^ari7 et les domestiques devinent les volontés dei durs maîtres.

Nous nous sommes informés et l'on nous a assurés que pareille révolu lion s'accomplît tous les ans, à la même époque. Demain, nous at-on dit, les choses auront repris leur marche accoutumée ; les fils redeviendront fourbes et dissimulés, les maris grondeurs et bourrus,

les femmes despotes et coquettes, les domes- \ tiques voleurs et insolens.

^\ Nous avons visité dans les plus grands détails un monument très curieux, nommé le collège de France.

Le collège de France est uu lieu où l'on enseigne toutes les langues vivantes, et même celles qui n'ont jamais vécu , — ces dernières surtout.

Le professeur chargé de la langue chinoise nous a fait le plus grand plaisir. iS'ous lui avons demandé ; « Comment vous appelez-vous? » 11 nous a répondu : « Vous êtes trop honnêtes; la mère et l'enfant se portent bien. »

Nous avons ajouté : « Quel est votre âge ? » Et il a répliqué aussitôt : « J'en mange quelquefois; mais je préfère le haricot de mouton. »

Ce professeur touche un traitement de six mille francs, comme faible rén^unération des bienfaits qu'il rend à la science.

Tout à côté du collège de France se

trouve la Sorbonne , autre monument à qui la science est également redevable d'une infinité de bienfaits.

Les professeurs de la Sorbonne sont tous choisis parmi les hommes les plus éminens : ce qui est fort bien vu, mais ce qui n'est pas sans inconvénient.

A titre d'hommes éminens, ils cumulent plusieurs fonctions qui n'ont qu'un seul tort, — celui d'être incompatibles.

n y en a qui sont tout à la fois professeurs, députés, journalistes, membres du conseil d'État, inspecteurs des prisons, conseillers municipaux et membres de l'Académie Française.

D'où il suit que ces hommes éminens, mais trop occupés, n'ayant point le temps de faire leurs cours à la Sorbonne, se choisissent des suppléans parmi les hommes remarquables de leur connaissance.

Les hommes remarquables sont d'abord flattés de cette preuve de confiance. Peu à peu leur satisfaction diminue, et il arrive qu'un jour, étant invités à une partie de campagne, ou devant aller déjeûner en ville, ils deman-

SI

dent au premier venu de vouloir bien les suppléer dans leurs fonctions de suppléans.

On cite un professeur, M. Saint-Marc Girardin, dont le cours de littérature française a été plus d'une fois rempli par le concierge de la Sorbonne.

^\ Il y a, à Paris, un grand seigneur qui s'appelle M. de Castellanne et qui possède, dans le faubourg Saint-Honoré, un hôte!, l'une des curiosités de la ville.

Cet hôtel est doué d'une façade comme on n'en voit guère. Tout l'Olympe, vêtu d'une façon plus que légère, y grelotte affreusement dans des niches empruntées à l'épaisseur de la muraille.

Melpomène se tient accroupie au dessus de la porte cochère ; Polymnie et Therpsychore masquent les fenêtres du rez-de-chaussée ; une douzaine d'amours très joufflus dissimulent les tuyaux des cheminées, et Apollon, assis sur la pointe d'un paratonnerre, domine l'établissement de sa poétique influence. — Les envieux insinuent que c'est le seul côté piquant de la décoration.

Chaque pièce de l'hôtel Castellanne a sa destination marquée. Le rez-de-chaussée est occupé par une salle d§ speclacle. — Au premier étage, on dîne et Ton danse (Salons de cent couverts). — Au deuxième, cabinets de lecture, billards et divans, à l'usage des dames. — Dans le jarcJit), appareil complet de gymnastique, toujours à l'usage des dames qui, à certaines heures, y dansent sur la corde raide, y grimpent à des échelles, y franchissent des fossés ets'y livrent, en un mot, à toutes sortes de sauts périlleux.

L'hôtel de M. de Castellanne appartient à tout le monde, excepté à son propriétaire. Pour peu qu'on soit femme de lettres, mari de femme de lettres ou amant de femme de lettres, on est sur d'y être parfaitement accueilli. La table de M. de Castellanne est toujours ouverte et sa porte n'est jamais fermée.

Aussi qui pourrait dire le nombre de sonnets, d'acrostiches, d'odes et de dythirambes qui lui pleuvent de tous les côtés? Aussi estce l'homme de France à qui l'on brode le plus de pantoutles, — à qui Ton dédie le plus de bretelles et de jarretières !

+% Les Lauriers de M. de Castelianne* empêchaient M. Dusommerard de dormir.

En conséquence, M. Dusommerard s'est mis à rassembler dans son hôtel de la rue des Mathurins-Saint-Jacques tous les vieux pots fêlés, toutes les vieilles tapisseries, tous les vieux meubles, toutes les vieilles armures, toutes les vieilles porcelaines et généralement toutes les vieilleries qu'il a pu rencontrer.

Puis il a ouvert les portes de son Musée au public toujours avide des spectacles dont la vue ne coûte rien.

L'hôtel Dusommerard qui o.Tre l'aspect d'une vaste boutique de bric-à-brac, est accessible à tous venans, à la condition que chaque visiteur écrira son nom sur un registre, en y joignant une maxime philosophique ou poétique, à son choix.

Voilà la maxime que nous y aAons tracé- :

« 0 homme vertueux, qui dépenses toi) » temps et ton argent à amusnr tes conci- » toyens, tu ferais cent fois mieîix de placer » ta fortune en bonnes rentes sur l'Etat.

» Quand tu te seras ruiné à ce commerce, ô » homme" vertueux, pas un seul de tous ceux

» que tu as conviés chez toi ne te prêtera cent » sols ; pas un ne te saluera dans la rue, — » ô homme vertueux î »

^% Comme il y a beaucoup de grands hommes en France, on a cru devoir leur construire un lieu de sépulture à part. Sur le fronton de ce lieu, nommé le Panthéon, on lit cette phrase concise et énergique :

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