S LETTUE DE PIERRE LE VÉNÉRABLE
siépc, il les fréquentait presque sans interruption. Que dirai-je de plus? Son esprit, sa bouche, sa conduite, méditait, enseignait, manifestait des choses toujours divines , toujours philosophiques , toujours savantes.
Ainsi vécut parmi nous cet homme simple et droit , craignant Dieu et se détournant du mal : ainsi nous l'avons vu consacrer à Dieu les derniers jours de sa vie. Comme il était tourmenté plus qu à 1 ordinaire par la psore et d'autres infirmités , je l'envoyai à Chûlons pour y prendre du repos. La beauté du climat , qui en fait une des plus belles parties de notre Bourgogne, m'avait engagé à lui chercher une retraite près de cette ville , sur les bords de la Saône. Là, autant que sa santé pouvait le permettre , revenant à ses anciennes études , il pâlissait sur ses livres : semblable à Grégoire le Grand, il ne laissait passer aucun instant sans prier, ou lire , ou écrire, ou dicter. L'arrivée du Visiteur annoncé dans l'Évangile le trouva dans l'exercice de ces divines occupations;
elle le trouva, non pas endormi, comme bien d'autres, mais veillant et préparé ; elle le trouva veillant véritablement , et l'appela aux noces de 1 éternité, non pas comme une vierge folle, mais comme une vierge prudente; car il apportait avec lui sa lampe pleine d huile, c'est-à-dire une conscience remplie du témoignage d'une sainte vie. Lorsqu'il fallut payer à la mort la dette commune de l'humanité, la maladie qui devait l'emporter empira promptement, et le réduisit bientôt à l'extrémité. Avec quelles dispositions saintes, pieuses cl (allioli(|ues, il confessa d'abord la
A III I.OÏSK. 219
Toi dans la((U(>llo il niouiail , rrisiiito h(*s |MM'lirH! Av(;<' ({iicl < liairurciix riaii , (|U('II(' |Hiissarilr aspiration de ((riir, il rrriil h? vialiijiii; (lu sii|»n^ine voja^i', le f;a^c de la vk! clcrrH'llc, «•'♦•Hl-à-dir«; le corps du divin Ht'd('ni|»l<Mir î Avec (pirllc ferveur de i'uh'l' il lui recommanda son corps et son anje, ic i et dans I rlernih'*! Tons les Irùres religieux en liirenl lémoins, avec la communauté entière dii couvent où repose le corps de saint Marcel martyr.
l'elle fut la lin qui couronna les jours du Maître, Pierre Ahailard. Celui qui par la gloire de son enseignement avait rempli presque tout I univers de sa parole et de son nom , rentra à 1 école de celui qui a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; » et persévérant dans la douceur et Ihumilité, il alla, nous devons le croire, rejoindre son divin Maître.
Aussi , vénérable et très-chère sœur en Jésus-Christ , celui auquel vous avez été unie d'abord par les liens de la chair, ensuite par les liens plus sacrés et par conséquent plus étroits encore de l'amour divin; celui, dis-je, qui était votre compagnon et votre guide dans le service de Dieu , le Sauveur à présent le réchauffe dans son sein , au lieu de vous , ou comme un autre vous-même ; mais au jour de la venue du Seigneur, et de la voix de l'Archange, et de Dieu descendant du ciel aux sons éclatants de la trompette , il vous le réserve, et vous le rendra par sa grâce, n'en doutez pas.
Souvenez-vous donc de lui en Jésus-Christ, et recommandezle avec sollicitude aux saintes sœurs qui servent avec vous le Seigneur, sans oublier dans vos prières les frères de notre congréga-
220 LETTRE DE PIEHRE LE VÉNÉRABLE A IIELOÏSE.
lion, et lessœiirs qui, par toute la terre, servent, selon leur pouvoir, le même Dieu que vous.
Adieu.