I.KTTUKS 1» in.LOÏSi: KT D'A H M F, A U I). uni
j^lir(\s , où Ir soiiNriiir jH'odi^iK; son iiikI <•( son .ifnrriuiii»*. Sa |)(»iisrc vihrc <l<i tous les tressailloinrnts dr la chair : sa parole a un sox<* ; v\ (<• frisson dont clic s'rlrrlrisi', cl qui la paicourt (le la (rtc au\ pieds, ce ji'esl pas dans le cloître sans doute (pTil a pris naissance. Sous les <loi^'ts dit la noniK^ 1(^ (eu iuiss(dle. On peut (oinptor encore les |)ulsations de sa veine sur le p.ipier (ju'eile a tou( lu*. (Ah! l\ill)(Mt, (pi'av(»z-v()us lait?) Tels passages ne sont (ju'une paraphrase aidiélante de ce verset du Canli(pie : <r Que sa main gauche soit sous ma tète, et ([uc sa di'oite m embrasse! »
Mais sous cette forme plasti([ue de son amour, quel scntmient profond et pur! comme sur la poudre de cette terre elle répand im souffle divin qui la pénètre et lennoblit ! Si sa plume est sœur du pinceau de Rubens, on ne saurait non plus méconnaître sa parente avec celui de Raphaël. De ces pensées demi-nues, dont on voit le sein se soulever et frémir comme à un appel de volupté, s'échappe une irradiation de pudeur qui les recouvre et les protège , semblable à ce nuage d or qui , sur le mont Ida , dérobait aux yeux des autres divinités les amours du puissant maître de TOlympe.
Quelle délicatesse aussi , quels ménagements, quel respect, unis à la passion la plus abandonnée ! Si quelque mot semble sortir de la limite sacrée que son cœur s'impose,
wiv LETTUES D'IIÉLOÏSE ET D'Al^AI LA UD. si qiielcjue plaiiUe trompée au feu de sa douleur semble conserver un tranchant mal émoussé, cette douleur s'arrête court et s'oublie : un seul sentiment reste , la crainte d'avoir trahi son amour par une expression peu mesurée. Aussitôt elle revient sur elle-même par une palinodie aux adorables circuits; la voilà toute occupée à s expliquer, et son ame se fond en indicibles tendresses pour racheter une faute qu elle n'a pas faite.
Ce n'est pas vainement que nous avons loué la rare soumission dlléloïse. Elle y persiste jusqu'à la fin , sans se lasser jamais. Quand nous la voyons pleurer, gémir, entasser reproches sur imprécations , nous nous demandons où s'arrêtera le Ilot grondant de sa colère? Un motd'Abailard, et tout s'apaise. Du sommet de tout ce bruit, elle redescend dans les timidités silencieuses de l'obéissance , et l'orgueil de sa rébellion s'affaisse jusqu'à l'humble posture de la prière : « Je me tairai , pardonnez-moi. »
Qui pourrait penser qu'une telle femme ait été payée d'ingratitude? C'est pourtant ce qu'on a prétendu. On a été sévère pour Abailard. On a dit que de sa part la séduction dlléloïse est une faute (jui n'eut pas même l'amour pour excuse : que ce fut froidement, de propos délibéré, l)ar passe-temps, qu'il trompa la conliance de Fulbert. On a étiibli entre les expressions des époux un parallèle fâcheux pour Abailard. On l'a traité de lâche pédant ,
LKïrKMS DiniLOISK ICT D'A B A I I.A Kl». xxv
il lioiiiMic (liii'cl lioid, on m .1 liiil iiii ImiiUiI , indip^'iK* en toiil point (le l'aniour si vil, si noMr, si (lrsintm*ssr d'IIrloïsr. l/arnHcsl ^'i'av<\ car il a vU* consif^nn'' dans riiisloirv, qni a^nandil lout (V (|n'rll(' (on( lie, ri pai* drs mains (jni scnihlcnl partaj^cr avec l'histoire ce |)iavil«''*^M'. iNons nous hâtons dVcaitcr < et arriH coinnie nn trnioi^Mia^c (ju'il ne nous a|)|)artient point de conihallrr : nous serons plus à noti'e aise avec Topinion (piH représente, lu hien (pie ( ette o|)inion nous semble victorieusement rclutcc par les lliits et la lecture même de ces lettres si mal menées, nous nous ap))uierons d'abord de l'autorité d(^ IM"" Guizot, car elle reconnaît avec nous que la passion d'Abailard a été sincère et violente.
Depuis Bayle, c'est une habitude prise par ceux qui ont parlé d'Abailard d'équiper en guerre contre son amour un bon petit raisonnement, de mettre en champ-clos quelques phrases armées de pied en cap et de les lâcher à toute bride contre ce mallieureiix , qui n'aimait pas assez sa femme. J'aime beaucoup, moi, cette exaltation chevaleresque et cette intraitable exigence en faveur d'IIéloïse. Félicitons-nous de trouver tant de gens disposés à mieux faire qu'Abailard. Sans doute, il est bien de rompre une lance en l'honneur de la beauté : le rôle est brillant à jouer en France , et de pareilles passes d'armes seront toujours applaudies ; mais au moment où les champions baissent
xwi LETTRES D'HÉLOÏSE ET D'AIJAILA UD.
la visière , et , penchés sur les arçons , la hampe appuyée sur la (uisse, n attendent que le signal du combat... holà, pourfendeurs! vous courez contre la justice et la vérité. Votre adversaire porte aussi les couleurs de votre dame : voulez-vous donc tuer son amant par galanterie pour elle? votre valeur est en droit d'effrayer Héloïse ; ce n'est pas elle , je le crains bien , qui vous a chaussé vos éperons.
Quelle belle histoire on a gâtée ! comme on a délloré cette déhcieuse et candide légende, en faisant de Thomme un roué , et de la femme une maîtresse dupée !
Ce sont là des erreurs peu dangereuses , il est vrai ; cependant, quand elles n'auraient d'autre inconvénient que de nuire aux plaisirs de notre esprit, elles doivent être relevées. Dites ce que vous voudrez d'Abailard ; qu'il ne savait pas le grec, ni le sens de la loi Quinque pedibus : percez-le au défaut de sa théologie , entamez sa dialectique, ou, si elle est trop dure, enfoncez jusqu'à la garde le fer de votre critique dans la mollesse de son caractère , c'est le côté mal défendu; refusez-lui tout autre mérite et toute autre gloire ; mais au moins n'allez pas le mutiler de son amour pour Uéloïse, n'en faites pas un syllogisme incarné; laissez palpiter le cœur de l'homme sous la cuirasse j)Iiilos()phi(|ue. Quand je cherche l'auiant, je n'aime pas à me casser le nez c outre le rhétoricien.
Le langage d'Abailard nous paraît (c ([u'il y a de plus
I rTTURS D'IÎKf.OÏSK ET D'A HA I f.A lU». vxvii convon.'ihlc et (!«' j)Iiis Iriidrc -i h lois. Il s.'iil Ir r;iv;ip{<* ("Misr par la ï.cflrc à un (iini , lomhrr rnlic 1rs mains d'Ilrloïso. Ilrloïsc n'rst |)as loilc, clli» le <lil cIN'-iiirinn : s'il laiMil un nionicnl, elle esl pridiir. Aussi voyrz avec (jnrlh' n()hl('SS(* cl (|U('II(' (li^niltr il virnt à son soconrs! connn** les exiiortalions de la [tirlé oni|)rinil('nl dans sa honclir l(* ( liarnie insinuant el les drli(a(esscs persuasives de» Tainour ! Il a ju^^r la position : c'en est Uni avec les joies de la terre. Mais s'il n'a plus d'espoir, il a encore une crainle. llcloïsc le regarde; elle intcnogc son attitude; au moindre signe de défaillance, elle va tond)cr dans le blasphème. Q)ue le vautour lui ronge le cœur, peu importe, son Iront ne doit point servir d'enseigne à sa douleur. Aussi il est calme; du moins il s'efforce de le paraître. Son courage est aussi grand que son infortune. Sans doute, à ne considérer que les dehors ascétiques du style, on peut être disposé à prendre les lettres d'Abailard pour des sermons ; et il est permis de dire que ce n'est point là le langage de l'amour dans les conditions ordinaires de la vie. Mais ici tout est en dehors de la loi commune. Pour bien juger les lettres que nous avons sous les yeux, il faut se placer au véritable point de vue. Un homme brisé par tous les malheurs , déchu dans sa personne et dans ses affections , trahi , calomnié, persécuté, dérobant à grand 'peine sa vie au
XXVIII LETTRES D'ITÉLOÏSE ET D'ABAILARI).
poison de ses ennemis et aux poignards de ses assassins , accablé d'infirmités , vaincu par Texcès du travail et les austérités de tout genre, macéré de corps et d'ame, appelant la mort comme un bienfait qui peut seul mettre un terme à d'intolérables supplices : voilà l'homme qui écrit a Iléloise après de longues années de séparation , et s'il se souvient de son amour pour elle, il vit aussi en compagnie d'une autre pensée,
One fatal remcmbrance — onc sorrow that throws Its bleak shade alike o'er our joys and our wocs — To which life notliing darker nor brighter can bring, For which joy hath no balm — and alîliclion no sling.
Maintenant faut-il attendre de lui des lettres semblables à celles que Mirabeau écrivait à Sophie ? La cellule abbatiale de Saint-Gildas recelait-elle les mêmes espérances que le donjon de Vincennes ? Et si ces hommes ont foulé tous deux la terre sacrée de l'alfranchissement, n'étaientils pas séparés par un abîme, au moment où ils écrivaient, l'nn à celle qui avait été sa femme , l'autre a celle qui était encore son amante? Demanderons-nous à Abailard le naïf emportement d'un page, ouïes élégies bucoliques d'un berger? Songerons-nous jamais surtout à lui demander les tendresses rugissantes de Ciabriel-llonoré , la furie prinlaniére et les virilités trop lortement accusées de son style, ni sa plume fiévreuse et féconde en priapées?
i.i:ti'iii:s d iiiii.oïsK i:t daijailvki). --
Al)ail:ir(l n'a pas ('(»ssô (Tainirr ll/loïs*'. Au ronliairc, radiniialioii (jiril ('prouve pour un coura^M^ déjà lon^-hMUps r|)ronvr, son n^spccl poui* une vie dévoiirc à IncconiplissonuMit (les plus lijjjourcuscs prall(pics, sa nnonnaissincc pour (l(\s sacrilicos acîreptés si ^rnrrcus^Mncnt, ses regrets meino à la vu(^ (Tunc^ exislvnce si l)(»lle, hriséc roninie une (1(MU' par ses mains, lout aut^uienle son amour , tout i'é- Icvc cl raH( rmil. iMais ce n'est plus tout-à-lait lamour selon le monde. La position des personnages est exceptionnelle.
L'amour n'est plus libre, il doit plier sesalluiesà des exigences impérieuses. Sa l'orme est connnandée. Abailard Tétudiera dans les obligations religieuses qui leur sont imposées, dans les besoins du cœur qu'il veut guérir , dans les elïets qu'il doit produire sur une ame endolorie et des souvenirs encore malades. — C'est là qu'il doit la trouver. Elle aura un voile à la manière des veuves. Elle sera mélancolique ; mais dans cette ombre gracieuse et languissante, dans la morbidesse de ses mouvements , on devinera aisément combien était forte et luxuriante la vie dont le corps était autrefois animé.
Par une fatale transaction avec les devoirs de leur habit, aux ondes lustrales de la religion mélera-t-il le flot troublé des souvenirs impénitents? ira-t-il compromettre la dernière chance qui leur reste contre le désespoir , si ce n'est l'oubli, du moins un silence prudent sur des choses
xx\ LETTRES D'IÏÉLOÏSE ET D'ARAlLxVUD.
qui olK\s-inùmcs parlent déjà trop haut? Prêtre catholique, en garde contre lui-même, n'osant se livrer à Tépanchenient d'une affection qn'il redoute à présent comme un crime, il s'observe, il craint la dangereuse contagion d'un mot trop vif et la rupture d'une plaie mal cicatrisée; il met loutes les tendresses de l'époux sous l'abri des symboles chrétiens et des textes sacrés.
Si parfois son ame ramollie à un souvenir trop pénible laisse échapper le cri de sa douleur, tout effrayé, il change à l'instant de rôle, il implore à son tour, il intéresse la générosité d'ITéloïse, et son amour et sa pitié; il lui demande grâce pour T affreuse torture qu'il éprouverait en la voyant si indignement vaincue; et le courage qu'elle n'avait point pour elle-même, elle le trouvera, puisque Abailard en a besoin. Le dévouement donnera du ressort à cette ame brisée ; par le dévouement il en fera tout ce qu'il voudra : n'est-ce pas là une ingénieuse et irrésistible flatterie de l'amour?
Il lui parle de ses périls, mais c'est pour donner le change à cette douleur qui, toujours repliée sur elle-même, se travaille et s'élargit sans relâche ; c'est pour reporter sur l'avenir cette attention qui se meurtrit et se déchire aux souvenirs du passé; le passé est le seul ennemi qu'il faut vaincre. Il ne risque rien de contristiTl'ame d'IIéloïse par le sentiment des dangers qui le menacent; il se sert de la
Li:'mii:s d iiiiLoisK kt I)'ah\il\ui) wm
(Taiiile coiiiiiic (Tiin .iiixiliairc , < oiniiir <r(inr piiissinlc diviîi'sioii au (Irscspoir.
J)cs (|imI Ta laincnrc à son^^'rr à lui |)Iiis (|n ;i clK;moiiK», il proJile do sa vicloirc ; il ne lui laisse |)lus louruor les yeux vers une é|)()(|ue iiappée en apparence de la nialédielion du ciel. 11 brise autour dvïU) tous les liens (jui rattachent encore à la terre; il l'anime à se soutenir dans les régions hautes et sereines du christianisme, et par un louchant artifice, allant se [)laccr lui-même aux pieds de Dieu, c'est delà (pi'il l'appelle et cpiil lui tend les hras. Il est bien sûr de la làire venir à lui. 11 la convie à des noces nouvelles en Jésus-Christ, et la douce créature se laissealler à cet autre amour, quoiqu'elle aime encore nueux l'ancien : elle ne résiste pas plus à cette seconde séduction qu'à la première. Il ne sera pas dit qu'elle lui aura une fois désobéi.
N'allez pas prendre ses dissertations théologiques pour des hors-d'œuvres , ni ses nombreuses citations de l'Écriture pour d'inutiles rhapsodies; car il lui trace ainsi son itinéraire vers le ciel, il aplanit tous les obstiicles , il sème son chemin des verts branchages et des ileurs variées des saints livres; il échelonne tout le long de sa route le noble cortège des Apôtres et des Pères de l'Église, qui l'animent de la voix et du geste, qui la bénissent, au passage, de leurs mains vénérables, qui la soutiennent, la consolent , la fortifient , et l'accompagnent de leurs
NxMi LETl RES D'IIELOÏSE ET D'ABAILA UJ).
vœux. Et d'ailleurs ne niarche-l-il pas lui-même avec elle? Non , Abailard n'est pas pour Iléloïse un froid pédagogue. De cet arbre de science dont il veut lui l'aire goûter les fruits, distille silencieusement une manne de tendresse qui nourrit son courage. Non, ce n'est pas un moine rigide qui ne laisse tomber de sa bouche que des anatlièmes, et qui , d'une main de fer, pétrit impitoyablement pour le ciel cette argile toute palpitante encore des passions de la terre. Aux amertumes du cœur toujours renaissantes, il opposera constamment la confiance du chrétien dans la volonté divine; aux désirs qui s'égarent, 1 inflexibilité de la pénitence : toutefois, dans cette lutte qu'il lui impose , il accorde toujours quelque chose à la faiblesse de la femme. Il sait la ramener aux austères contemplations du devoir par des mots qui raniment son espérance mourante et penchée, qui donnent à cette pauvre ame avide sa pâture d'amour. 11 la conduira dans les rudes sentiers de Tabnéeation, mais il lui tendra la main, il la soulèvera doucement
LKTTHKS DIIKLOÏSK \V\ DA HA 1 1. A 1. h. »\mii dans SOS l)ras,|)<)in(jir<'llr puisse .•illcrjiis(jn'.iii Immii, et (juc I(\sas|)rrilrs(hi( liciiiiniicdrt liin'iit poinl sfs |»irils(lrli<als:
ne teneras glacics scccl .ispcra planta^.
Ilôloïso est aussi pour lui uuc n^li^n'ou.
Une lois cpi'il Ta placée sur le terrain du laisonnouienl, il lire parti de tout. De sa justice : « Veut-elle s'opposer à révidente volonté du ciel? » De sa fierté : « Pompée est vivant, mais sa fortune a péri, (lornélie aimait done ce qu'elle a perdu ? » De sa conscience et de sa responsabilité : « Elle est abbesse, elle a aussi charge d âmes. » Il sait que dans une ame aussi grande que celle d'iléloïse, la justice , la dignité , la conscience, ne sont pas de vains mots : il sait qu'un esprit vigoureux comme le sien agit toujours en vertu d'une conviction , de léte ou de cœur, de raison ou de sentiment, et parce qu'il se croit dans la vérité. C'est pourquoi il discute avec elle, pourquoi il l'instruit si patiemment dans la foi , pourquoi il lui prodigue sans mesure tous les enseignements de la résignation : sa douleur une fois légitimée à ses yeux serait incurable ; s'il la lui fait condamner, elle est guérie.
La tâche est difficile. Semblable à la mère du jeune Arthur , Iléloïse est crénelée dans sa douleur. Elle a fini par l'aimer et s'y complaire. Elle est ingénieuse à se tourmenter elle-même et h se créer de nouveaux sujets de
xNxiv LKTIUES D'IIÉLOÏSE ET D'AlîA ILAUl).
hnnies. Abailard est oblige de la surveiller avec la plus grande attention.
Il n'oublie rien, pas une question ne reste sans réponse , chaque mot est relevé ; il ne se borne pas là ; il étend, il développe un sentiment à peine exprimé dans la lettre d'IIéloïse ; une objection est attaquée et ruinée avant de naître. 11 va chercher jusqu'au fond de son cœur, et si quelques doutes amers y cachent leurs têtes de serpent, il les étouffe ; il en chasse comme d'un temple toutes les pensées qui profaneraient de leur présence la majesté de Tamour divin ; sa prière est impérative , et il sait rendre son autorité obséquieuse, lléloïse prend position partout ; mais il la poursuit dans tous ses retranchements; il la débusque dans tousses regrets, dans toutes ses plaintes; doutes, langueurs, retours dangereux dont elle s'environne , tombent sous le tranchant de sa logique. Il fait autour d'elle une ruine, un néant qui ne pourra plus lui suffire et qu'elle sera enfin obligée de quitter ; sans cesse elle veut se rattacher à lui dans ce monde de larmes et de troubles ; sans cesse il lui échappe. C'est dans un monde d'éternelles félicités qu'il veut la retrouver ; c'est là qu'il lui donne lendez-vous : (]u'elle se laisse vaincre, et les voilà réunis. La prière qu'il lui envoie est déjà l'épilhalame de ce nouvel hvménée.
A notre avis, l'amour éclate mieux dans cette stratégie
I r/nurs D'iirr.oïsr. r/r dmi \if, aim> x>x%
altciUivi* (jiHMlaiis un prir-iiirir clliiiv Ac sciiliiiinils. Nous y voyons nul rr rhosc (|in' l'allmc raid*; vl coinpnsséi; dt; riiidiiïrrciKV, autre ( hos(* ([u'uncî s(;( lu* division et subdivision, aulnMlioso cnlin ([u'untî pi'cuvr du peu de retour <|U0 la |)assion d'IIrIoiS(^ obtenait. Amour d'amant , amoui* diMuaîtiH^, amour do frère en Jésus-(]|nist , amour d<3 la Inauté, du {^énie, de Tame, tout cela no fait rpTun seul amour dans Kî cœur d'Ahailard. Il aime lïdoïse dans le passe, dans le présent, dans les sièdes : et nous lui applaudissons avec un attendrissement mêlé d'admiiation, lorsque, sentant que la terre lui man([ue, il Té- Ireint dans ses bras d*apotrc pour Temportcn^ au (ici avec lui.
Par quelle fâcheuse préoccupation, par quelle intempestive exigence a-t-on accusé Abailard de fioideur ? On oublie toujours qu'il a vingt ans de plus qulléloise, et que ses infirmités doublent encore le poids de ses années. N'est-ce pas outrager le sublime sentiment qui l'animait, que d'en faire un amour à hauteur de ceinture? Il fut un temps , je pense , où la lave coulait en brûlants ruisseaux de ce cœur maintenant attiédi : la jeunesse, la beauté, le bonheur, sont des éléments qui entrent facilement en fusion. Alors, sans doute, le stvle allumait tous ses fourneaux. iMais ce qui fait l'orgueil de l'homme h son aurore lui devient justement un sujet de honte à son déclin.
xxxvi I.ETTUKS D'IIKLOÏSE ET D'ARAILARD. L'amour est chose sainte, qui repousse la vieillesse du seuil de son temple, et qui s'offense même de ses vœux.
Les partisans du cliaud auraient-ils donc préféré qu'Abailard nous donnât le triste spectacle d'un homme en démence qui déshonore à la fois et son habit religieux par des appétits réprouvés, et sa vieillesse par la lutte inutile des regrets contre une nature si cruellement humiliée? Quelle malheureuse inspiration (et elle a été commune à tous nos poètes), de précipiter Abailard dans le cercle des damnés qui ont péché par la chair ! d'ouvrir pour lui ces espaces souffrans, et muets de toute lumière, et de nous le montrer chassé, ramené, balayé perpétuellement sous les froids tourbillons de la rafale ! Au milieu de Troie en cendre , faut-il donc jeter de force sur les épaules tremblantes de Priam l'armure désaccoutumée? faut-il égarer le glaive d'Hector dans sa main appesantie ?
Abailard a mieux fait : tous les sentiments exprimés dans ses lettres sont conformes à sa situation. On n'y trouve ni l'ardeur juvénile ni l'entraînement orageux si justement admirés dans celles d'IIéloïse, parce qu'ils y sont à leur place; mais cette tendre et profonde pitié, cette complaisante et inépuisable effusion, cette garde vigilante qu'il fait autour d'elle, ces paternels efforts d'un vieillard (|ui fait taire sa propre douleur pour calmer celle d'un enfant adoré qui lui perce l'amc de ses plaintes : tout
Lr/ITin:S h IIKI.oÏSK I: I D AIIAII.AIlIr xxxM,
<rl:i fsl-il iU)iu si (flucrY Ii\'sl-C4' «loiic p.is l;i encore rie raiiKUir, el du pins vr.ii, <( du plus noMr, r| du plus fouclianiy
Av(M' llélcnse, il sauve la <liose par les mots : les mois sont K; voile el non l'expression de son amour. A uolic lom% sanvons les mots pai* la chose ; cherchons les inilexions caressantes (l(^ la pensée plnlol (pie celles de la parole.
Si nous observons Ahailard avec soin, au lieu de Taccuser de ralentissenuMil, nous serons élomiés de la marc lie ascendanle de sa passion : la catastrophe (pii pouvait l'éteindre n'a servi qu'à l'enllannuer. Son amour, (|ui jus(|ue là reposait sur les seules assises mondaines, tout-à-coup, dans un espace inattendu , prolonge ses fondements agrandis sur la ruine de ses plaisirs et de ses alTections terrestres. L abîme qui le séparait d'Héloise est comblé. A cette exilée du bonheur il ouvre dans son ame l'hospitalité de plus larges amours. Il attire son épouse dans des embrassements plus intimes, plus purs, toujours durables. Il lui dresse en Jérusalem un lit nuptial de bois de cèdre , aux piliers d'argent , à l'intérieur d'or, surmonté d'écarlaie, parfumé du troëne cueilli dans la vigne céleste, et doté par le Christ de ravissements qu'elle n'a point connus aux jours des plus grandes joies de son cœur.
Mais Iléloïse a vu des cieux si profonds et si rayonnants, qu'elle ne saurait préférer ceux qu'on lui propose. II. r
xxxvm LETTRES D'HÉLOÏSE ET D'ABAI LA H I).
Pressée de toutes parts, elle se réfugie clans son amour à elle , eonime dans un asile. L'amour est sa forte retraite , et il suffît pour la défendre. D'un seul mot, elle déconcerte les calculs déjà triomphants de cette logique chrétienne ; « Ce n'est pas à Dieu , c'est à vous que je veux plaire. » Et tout est remis en question. C'est par son amour même qu'il faut la vaincre. Abailard est obligé de lui dire : « Je fais cause commune avec Dieu , aimez -le donc. »
Elle capitule, mais elle ne veut du paradis qu'un petit coin , tant elle craint de se complaire en quelque chose qui ne serait point Abailard , tant elle repousse le bonheur céleste même comme une pensée infidèle à Abailard.
Ce qui rend Iléloïse si grande , c'est cette foi de l'amour en lui-même , qui ne se dément jamais , qui ne se calomnie jamais, et qui une fois déchu de son Éden, tient ses yeux immuablement fixés sur les portes irrévocables. Il y a clans cette ténacité de douleur, dans cette c'^nergie de désespérance, une magnifique expression de la nature de la femme. Le seul commandement qu'elle reçoit de Dieu , c'est l'nmour; Iléloïse l'a observé jusqu'à la mort. Le seul don qu'elle en reçoit, c'est l'amour, et elle en a si bien compris la grandeur, qu'elle ne s'est jamais consolée de l'avoir perdu. Elle a laissé croître et fleurir en elle l'arbre de vie, jamais elh* n'a porté le fer insensé du remords sur ses ra-
I r/nui'.s inirioïsi: i r d aiuiimm) xvmx
iiieaux Im'iils, ri voilà |)<)(ii(|iioi iK (iiil iiioiilr jus(|iraii ciel , |K)iir(|u<)i ils oui porlr poui' rlh; drs Iruits <riiiiiii(>i liiliU'.
Une ('irc()nsl:iii('(* oncon^ jiislilicra à nos veux l'oriliv d*i(lcvs invari;»I)I('menl suivi dans sa rorrcspondaiK <• par Ahailai'd. Il visila plusieurs fois le Para* Ict : il v liouvail Iléloïsc*; il V trouvait aussi l.uce, sîi nirro clirrii» (oinni»il 1 appelle. C/est auprès d'elles que son rceur dé|>os;iil lr fardeau des jours mauvais et des |)ensées acraMantes. (^)uels tendres épanclienienls , (pielles respectables faiblesses ne devons-nous pas supposeï* dans ees entretiens ! Une joie triste, un sentiment plein de mélancoliques douceurs, éteignait pour Héloïse les torches tiop brûlantes du passé, et ses chagrins amortis n'exigeaient d'Abailard qu'un moindre effort de courage. L'absence ramenait pour elle la maladie; et c'est au besoin de la guérir qu'il faut rapporter la fermeté sublime dont il ne s'est jamais dépaiti dans ses lettres.
C'est alors qu'il lui parle d'immortalité, d'union impérissable dans le sein de Dieu, et il le fait avec une hauteui* de langage, une autorité de conviction, une puissance de désir, qui montreront à tous les siècles ce qu'il y eut en lui de génie , de foi et d'amour. En pressant sur son cœur sa mère et sa femme, il avait ressenti les mvstérieux frémissements d'une vie qui ne peut finir, la révélation d'un
XL L'ETTHES 1) IIÉLOÏSE ET D'AHA IL A lU).
inoiuie où la même étreinte devait se renouveler. Revenu à Saint-Gildas, il écrivait avec un mouvement divin ,• car il avait lu cLins leurs yeux les assurances d*un amour plus fort que la mort , et qui est en possession de Téternité. Notre ame en ellét ne s empare- t-elle point de tous les temps, ne louche-t-elle pas aux deux pôles de Tabîme, par les affections de mère ou d'épouse, de père ou d'ami, lorsque enrichie par l'abondance de ces sources sacrées , notre vie impatiente bouillonne comme un fleuve gonflé des crues de l'hiver , et déborde les rives de nos jours trop étroits?
Enfin, lorsqu'on l'attaque dans sa loi , lorsque l'ouragan tonne, que les vents rugissent, que les foudres d'un nouveau concile pendent sur sa nouvelle hérésie, sa première pensée est pour Héloïse, son premier soin est de la rassurer. Il sent (jue le moment est venu de se rapprocher d'elle. Ce n'est pas seulement le frère en Jésus-Christ qui s'adresse à sa sœur dans le même Jésus-Christ ; c'est l'époux qui parle à son épouse selon la chair. Sa voix letrouve la tendre familiarité des anciensjours.il secoue la cendre de vingt années, et vient reposer encore une fois sa tète sur le cœur qui l'a lanl aime. Dernier et solennel embrassemenl , dont les anges mêmes n'auraient point détourné leurs regards! (]etle lettre n'existe pas toute entière; mais les lecteursn'y perdront rien, s'ils lisenl lOde xfix de M. (]r(Mizé de Les-
scr. Nous rcj^rclloMs de lu' |Mmv<)ir ( il«'r ici ci» IdiK Ii;imI inorcc.ni de porsic.
Nous pensons (|u<' , selon la disposilioii d'espril des lec- ((MHS, les lellresd'Ahail.ii'd |>i(»duiroii! (onjours deux impressions tivs-dillircntos. Nous (onipaici-oiis ces lettres :i un prisme (jui voile, à distance , (outes les j)oinp(»s de la lumièrt^ lenlermées dans son s<Mn : vu de près, le crist;d ouvre sonéciin preslif^'ieux , il allume la lete des couleurs, et déploie autour de toutes choses des robes lland)oyantcs d'or, d'azur et de vermillon.
La pensée d Abailard revêt toujours une l'orme adéquate : sa gravité n'est jamais déshonorée par une vaine oinementation de paroles. Connne eelui de tous les poètes, son discours a un pied nombreux; mais il est ferme, sobre , tranquille , dégagé de tous les terrestres ferments. Jamais Abailard n'ébranle les portes de sa prison , jamais il ne se débat dans le cadie d airain où l'équerre catholique a renfermé et comprimé les mouvements de son cœur. L'amant n'a plus sur les lèvres d'autre feu que celui qu'elles empruntent au charbon de l'autel : l'homme est éteint, le stvle est moine.
Mais l'amour n'a pas un langage obligé. L'amour transfigure tout. Les mots les plus indifférents peuvent devenir avec lui des courants magnétiques où deux âmes se rencontrent, des chemins où l'œil ne peut les suivre, des
Mil U: ITUES D'IIÉLOÏSE ET D'ABAILAKD.
ponts faiis d'un seul cheveu et qu'elles parcourent audacieusement sans dévier jamais. Veut-on fixer la Hamme et immobiliser le mouvement ?
Si Ton est assez heureux pour avoir une hallucination de cœur {qui amant sibi somiiia Jinfjunt) , alors ce texte mort s anime, le sang et la vie circulent dans ces paroles lout-à-l'heure engourdies et décolorées : vous sentez leur chaude haleine, votre ame s'inonde de balsamiques effluves, et, par une merveille semblable à celles de l'histoire et de la fiction , vous voyez ces roches s'amollir, ces rudes écorces se fendre, et vous pouvez baigner vos mains dans de fraîches ondes, et promener vos yeux ravis sur de soudaines beautés. Frappez au hasard à Tune de ces portes lérmées : c'est une pensée de race royale qui vous ouvrira -, entrez dans ce présent ruineux qui plaide fièrement pour le passé , et si rien ne se dresse à votre approche , si cette poussière ne reprend pas les formes , et l'agitation, et tout le bruit de la passion humaine, du moins, au murmure confus qui bourdonne sous ces portiques déserts et dans ces galeries abandonnées, vous ne pourrez méconnaître quel lumulle majestueux les peuplait autrefois.
La vue de ces lettres d'amour épurées par l'encens catholique vous rappellera les vieilles toiles espagnoles, au bas desquelles Zurbaran semble amonceler toutes les ombres et toutes les tristesses de la terre, i>our les consoler
Li:iTiu:s I) iMJ.oisi: i: r h viiAiiAith xi.m
<rrii-li:ml par iinc csprr.'iiKc luiiiinnisc ci par Jcs sphn (Inirs i\r iM'alilndc. Dini iTv rsl pas, on ne \nii (pic Im ; riioinino y est snil, on ih* le voit pas. Sur ces li'uillcs . si ii()l)l('in(M)t rcrusrcs à rcxprcssion (Tune soullrancc lui inainr, roule un plcui' mvisihic. SohIpvoz clhKpif |)ar<)lc : ici crie une Messine, ici suinte un(î sueur fçhuV'e, ic i pâlit une (leinièrc j^^outte de poison. Tous les rameaux de ce niyrt(\ cpiand vous y louclioz , s^n^Miont ouf:;émissen(. Arrêtez-vous devant le gladiateur, depuis cpi'il est renversé sur Tarone. Examinez bien son visage : pas un muscle n est contracté i vous épiez sur sa bouche une plainte, une imprécation , un mot qui sera l'épopée de toutes ses douleurs : le mot ne vient pas ; votre poitrine se serre; le patient va mourir, il est mort... vous n'avez rien entendu.
Et cependant vous trouvez qu'on vous a tout dit.
Une vérité jusqu'alors inaperçue vient de vous être révélée. Ce calme de l'homme vousapparaîtplus terrible qu'une tempête, et ce n'est pas sans effroi que vous contemplez cette surtice impassible , quand vous voyez au-dedans de lui son cœur agonisant, ses espérances blessées à mort jusqu'à la dernière, et sa pensée en larmes, toute pleine d'une chère image et des angoisses déchh^antes de l'éternel adieu.
Nous autres hommes, nous sommes trop durs, trop tardifs : à moins de mettre la main à tout, nous ne croyons à rien; nous sommes sourds et aveugles de cœur, ca-
M,v LETTRES D'HÊLOÏSE ET D'AHAILAUD.
|)al)les de marcher côte à côte avec notre dieu, jusqu7i Emiuaùs, sans le reconnaître. Les femmes distingueront mieux toutes ces infinies tendresses dont on sent la présence, quoiqu'elles échappent à notre vue, ces impalpables attouchements de TameàTame, ces caresses contenues, ces regards qui n'osent plus se chercher que dans le ciel. Elles écouteront de loreille du cœur cette voix de l'amour qui n'emprunte rien aux vulgaires retentissements du langage ; elles suivront le thème céleste à travers rétrangeté des modulations , et tandis que nos yeux ne rencontrent ici que le suaire de l'amour, elles verront des apparitions d'anges tout vêtus de lumière, qui leur (liront : 11 est vivant.
Le style d'Héloïse a de belles démarches. Ses pensées, comme les déesses d'Homère et de Virgile, passent devant nos veux avec leur regard fier et doux, l'or de leur chaussure et leur tunique de pourpre relevée au genou. J'ai bien peur, soit dit en passant, d'avoir travesti toutes ces belles nymphes. Se reconnaîtront-elles au moins? Cette vie que je leur ai donnée leur laissera-t-elle le souvenir de l'autre? Que la métempsycose leur soit légère! Dans les plis embarrassés de ma prose, j'ai souvent caché leurs pieds de neige et leurs fronts rougissants. Mais si j'ai pu faire apercevoir cpielque blanche épaule, sous le toit de ( baume où je les ai reçues, si elles ont laissé
IJ:ITIU:S DIlftLOÏSE ET I» AILMI.AlU» x,
poiii' \)i'\\ (le riiospil.'ililr (|ii('l(|(i(» < lioso des |).'ii riiiiis di* leur chcvrluiM», r\»st drjà hr.inconp pour moi, rini;i;^'iii;ilioii (les l(Mi(Mirs nclinvcra mon oiivra^M; : à r.iidodr quel quos proporiioiis (idMomoiit ivvélées, ils restitueront les formes confuses , el fixeront les eontoiii s noyés.
Puisse la Iraduclion avoir conservé (jucKjucs landwaux de celte riche étoile à la trame étincelanle, au\ mailles Unes et serrées, dont les deux amants ont fait un vêtement de fi;loire à leur amour. — Je n'ai rien omis par prud(Tie , car je pense que toute beauté est essentiellement pure. Si des esprits timides s'effarouchaient de quelques hardiesses bibliques, je leur rappellerais tout doucement ces paroles de saint Jérôme : « Ne vous choquez point de la simplicité ni même de la crudité des termes dans l'Ecriture sainte; » et celles-ci de saint Augustin : « Aimez, dites après tout ce que vous voudrez. »
D'un autre côté, je me suis souvenu que les Grâces étaient appelées Décentes, et que les vierges de Sparte dansaient sans voile autour des chastes autels de Junon.
Héloise et Abailard entrèrent dans la vie par de hautes et brillantes portes , l'amour et la gloire : leur roule lut maudite ; et pour que nulle consécration ne leur manquât, à celle du malheur vint se joindre celle de la sainteté.
On les aborde avec une curiosité brusque et a\ide ; on veut voir palpiter la fibre qui se meurt , enlendi^e quel bruit
xLvi LETTRES D'HÉLOÏSE ET D'ABAILARD.
de paroles a fait dans son temps un amour si célèbre, connaître l'esprit qui eut la puissance de vivifier le tombeau. Mais au contact de ces âmes sans souillure, qui entrent en commerce avec nous par les côtés seulement qui nous élèvent et nous ennoblissent , on se sent tout-à-coup pénétré de respect. En face de ces restes embaumés d'un religieux souvenir et d'une éternelle espérance , il semble que cette vie d'amour et de génie, qui les animait autrefois, arrive jusqu'à nous en raie harmonieux et en larmes divines. Nous retrouvons dans ces deux grands initiés de la douleur une saisissante image de l'humanité, avec ses vertus [joussées jusqu'à riiéroïsme, et ses faiblesses aussi admirables parfois que ses vertus.
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LETTKES