‹ Lettres d'Abélard et d'Héloïse, traduction littérale par le bibliophile Jacob, précédée d'une notice littéraire, historique et bibliographiqueChapitre 20 sur 24 · LL A · texte numérisé non relu

LL A

Æ£ccles. L

DNA AFÉLARD ET HÉLOISF.

» d'entre eux. » L'apôtre Timothée, en donnant des leçons de conduite vis à vis des inférieurs, dit: « Ne maltraitez jamais » un homme plus âgé; mais priez-le comme votre père ; les » jeunes, comme vos frères ; les vieilles femmes , comme vos » mères , et les jeunes, comme vos sœurs. »

« Ce n’est pas vous qui m'avez choisi, dit le Seigneur, mais » c’est moi qui vous ai choisis. » Tous les autres supérieurs sont élus par les inférieurs ; ce sont eux qui les établissent et les constituent, parce qu'ils ne sont pas élevés au rang de maitres, mais de ministres. Le Seigneur est le seul qui ait le droit de se choisir des serviteurs parmi ses sujets; cependant il s'est montré plus ministre que maitre et il a confondu par son exemple ses disciples, qui aspiraient déjà au premier rang, en leur disant : « Les rois des nations dominent sur elles, et ceux » qui ont le pouvoir sur eux sont appelés bienfaisans ; mais il » n’en doit pas être de même de vous. » C'est donc imiter les rois de la terre, que de désirer la supériorité sur des inférieurs plutôt que le ministère, de vouloir se faire plutôt craindre qu'aimer, et, tout enorgueilli de son élévation, de chercher à prendre la première place dans les repas , le premier rang dans les synagogues, à être salué dans les places publiques, à être appelé maître par les hommes. Pour que personne ne se glorifie de l'honneur de sa place ni du nom qu'on lui accorde, et pour conserver chacun dans l'humilité, le Seigneur leur dit encore : « Quant à vous, ne vous faites pas appeler maitres et ne vous » laissez pas nommer pères sur terre. » Enfin, pour ôter la moindre envie de chercher la gloire, il ajoute : «Car celui » qui s’élèvera sera abaissé. »

Il faut pourvoir aussi à ce que le troupeau ne souffre de l'absence du pasteur, et que la Règle ne s'engourdisse sous des supérieurs qui seraient toujours éloignés. À cet effet, nous ordonnons que la diaconesse, occupée des soins spirituels plutôt que des temporels, ne sorte jamais du monastère pour les affaires du dehors, mais qu'elle aura d'autant plus de soin de

ses religieuses, qu'elle sera plus assidue auprès d'elles, et sa présence deviendra d'autant plus respectable aux hommes, qu'elle sera plus rare, ainsi qu'il est écrit : ! « Éloignez-vous d’un » plus puissant qui vous appelle , et alors il redoublera ses in- » Stances. » Si le monastère est obligé d'envoyer quelque députation, les moines ou les frères convers en seront chargés ; car il faut toujours que les hommes pourvoient aux besoins des femmes, et que , la dévotion de celles-ci étant plus grande, elles soient plus appliquées à Dieu et qu'elles aient recours fréquemment à la protection des hommes. C'est ainsi que l’ange avertit Joseph de prendre soinde la Mère du Seigneur, qu'il ne lui permit pas cependant de connaître. Le Seigneur lui-même, en mourant, donna en quelque sorte un autre fils à sa mère, pour l'assister dans ses besoins temporels. Nous avons assez de preuves du soin que les Apôtres ont pris des saintes femmes, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, puisqu'ils ont institué sept diacres pour les aider. Appuyés de cette autorité, et comme la nécessité même l'exige, nous avons ordonné que les moines et les frères convers, à l'exemple des Apôtres et des diacres , ? rendraient aux monastères de femmes tous les services qui se font à l'extérieur, les moines étant nécessaires pour le sacrifice des autels , et les convers, pour les œuvres manuelles.

Il faut donc, ainsi que nous lisons que les choses existaient à Alexandrie sous l'évangéliste saint Marc, du temps de la primitive Église, il faut qu’il y ait des monastères de femmes et d'hommes qui vivent sous la même Règle, afin que ceux-ci leur administrent tous les secours du dehors. Nous croyons que les monastères de femmes observeront bien mieux leur Règle, s'ils sont gouvernés par la vigilance d'hommes spirituels , qui, ayant la conduite des brebis et des béliers, commanderont egalement aux hommes et aux femmes, suivant l'institution apostolique : « Que le chef de la femme soit l’homme , comme » Jésus-Christ l'est de l'homme, et Dieu, de Jésus-Christ. »

* Eccl.13.—° TN parle des premiers diacres inslitués par les Apôtres.

C'est pourquoi le monastère de sainte Scholastique , situé auprès de celui de son frère , était gouverné par ses soins et ceux de ses religieux, et que par leurs visites fréquentes ils l'exhortaient et la consolaient. Saint Bazile nous instruit aussi sur la manière d'établir ce régime, dans un endroit de sa Règle : DEMANDE. Faut-il que celui qui dirige le monastère, outre » celle qui dirige les sœurs, ait quelques entretiens qui » tendent à l'édification des vierges? — Réponse. Oui, tou- » tes les fois que, suivant le précepte de l'Apôtre, tout se » fera honnêtement et dans l'ordre. » Et dans le chapitre suivant : « DEMANDE. Convient-il que celui qui dirige le mo- » nastère, s'entretienne fréquemment avec celle qui dirige » les sœurs, surtout si cela scandalise quelques frères? — » Réponse. L’Apôtre dit qu’il ne convient pas aux autres de » juger ce qui est libre. Il est bon cependant d’imiter PApôtre » dans sa conduite : « Je ne me suis pas servi de mon pou- » voir, de peur de porter quelque attéinte à l'Évangile de Jé- » sus-Christ. » Autant que faire se peut, il faut voir les sœurs » le plus rarement et les entretenir le plus brièvement pos- » Sible. »

Il est dit la même chose dans un Concile d'Espagne : « Nous » avons décidé, d’un avis commun, que les monastères de fem- » mes dans la province Bétique seront gouvernéset administrés » par des moines. En cela, nous rendons un service essentiel » aux vierges consacrées à Jésus-Christ, quand nous leur choi- » sissons des pères spirituels, qui non seulement veilleront » à leur conservation, mais encore qui pourront les édifier par » la doctrine. » Nous recommandons cependant les précautions suivantes à l'égard des moines : éloignés de la familiarité des religieuses, ils n’auront pas la liberté d'approcher même jusqu’au vestibule ; leur abbé, ou celui qui lui suppléera, ne sera pas libre de parler aux vierges du Seigneur sur quelque matière que ce soit, en l'absence de leur supérieure, et nes'entretiendra pas avec celle-ci en particulier, mais toujours en

présence de deux ou trois sœurs; enfin ses visites seront rares et ses discours très brefs. A Dieu ne plaise que nous voulions la moindre familiarité entre les moines et les vierges ! mais, conformément aux ordres réguliers et aux canons de l'Église ,! nous les séparons d'elles et nous les leur déléguons seulement comme des administrateurs; statuant que l'on fasse choix d’un moine éprouvé, qui aura l’intendance de leurs biens à la ville et à la campagne, présidera aux constructions de bâtimens et pourvoira à tous les autres besoins du monastère , afin que les servantes de Jésus-Christ, occupées seulement du service divin pour le salut de leur âme, puissent remplir tous leurs devoirs.

Ï1 importe que le moine qui sera proposé par son abbé ait l'approbation de l’évêque. Les religieuses feront les habits de ces moines, de qui elles attendent leur conservation; puisque, grâce à eux, ainsi que nous l'avons dit, et à leur administration, elles recueilleront les fruits de leurs œuvres. Suivant donc cette &isposition, nous voulons que les monastères de femmes soient toujours soumis aux monastères d'hommes , de manière que les frères prennent soin des sœurs, et qu’un seul abbé préside comme un père aux deux maisons et à tout ce qui concernera les monastères; en sorte que toutes deux, dans le Seigneur, ne fassent qu'une seule bergerie sous un seul pasteur. Cette société de fraternité spirituelle sera d'autant plus agréable à Dieu et aux hommes, qu’elle pourra, en devenant plus parfaite, procurer des moyens de conversion à l'un et à l'autre sexes ; c’est à dire que les religieux recevront les hommes, et les religieuses, les femmes, et que la communauté veillera sur tous ceux qui pensent au salut de leur âme. C’est là où trouvera une entière consolation quiconque voudrait, pour se convertir, se retirer du monde avec ‘sa

Le canon du Vil: concile général défend les monastères d’hommes et de femmes réunis dans une même enceinte,

mère ou sa sœur, sa fille ou celle qui lui est confiée; car deux monastères Sont unis par une charité d'autant plus grande et s'aident réciproquement d'autant plus volontiers que les personnes qui les composent sont déjà jointes par les liens du voisinage et de la parenté.

Nous voulons que le supérieur des moines, qu’on nomme abbé, ait la direction des religieuses , mais qu’il les regarde comme ses supérieures et comme les épouses de Jésus-Christ, dont il est le serviteur, et qu'il se réjouisse plutôt de leur être utile que de leur commander ; qu'il soit comme un intendant dans une maison royale , qui, bien loin d’être à charge à la femme de son maître, étend autqur d'elle une active prévoyance; qui lui obéit aussitôt dans les choses nécessaires, sans entendre ce qu'elle peut ordonner de blâmable, et quis’acquitte tellement des affaires du dehors, qu'il ne pénètre jamais dans les secrets particuliers des époux, à moins d'y être autorisé. C'est donc ainsi que nous voulons que leserviteur de Jésus-Christ veille aux épouses de son maître, s'acquitte fidèlement du soin qu'il doit en prendre, et traite de chaque chose avec la diaconesse ; nous voulons qu'il la consulte sur tout ce qui regarde les servantes de Jésus-Christ, et que ce soit toujours par son intermédiaire qu'il leur transmette des paroles ou des instructions. Qu'il s'empresse de venir toutes les fois que la diaconesse le fera mander, et qu’il ne tarde pas, autant que possible, à l'assister dans les besoins qu’elle lui aura exposés, soit pour elle-même, soit pour ses religieuses. Lorsqu'il sera appelé, qu'il ne parle jamais à la diaconesse que publiquement et en présence de personnes irréprochables ; qu'il ne s'approche pas trop d'elle et qu'il ne l’entretienne pas trop long-temps.

Tout ce qui concerne la nourriture et l'habillement, l’argent même, s’il y en a, sera déposé et conservé chez les religieuses ; c'est de là que reviendra aux frères le superflu des sœurs. Les frères seront chargés de toutes les occupations du dchors; les sœurs, de celles qui conviennent à des femmes

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dans l'intérieur de la maison, c'est à dire, de coudre les habits des frères, de laver le linge, de pétrir le pain, de le mettre au four et de l'en retirer cuit. Elles auront soin du laitage et de tout ce qui en dépend ; elles donneront à manger aux poules et aux oies ; elles feront enfin tout ce que des femmes peuvent mieux faire que des hommes.

Le superieur, dès qu’il aura été choisi, jurera, en présence de l'évêque et des sœurs, de leur être un fidèle économe en Jésus-Christ et de veiller soigneusement à ce que leur chasteté ne reçoive aucune atteinte. Si par hasard, (Dieu nous en préserve ! ) l'évêque le trouvait en défaut, qu’il le dépose aussitôt comme un parjure. Les irères eux-mêmes jurevont, en prononçant leurs vœux, d’avoir la même sollicitude pour les sœurs, de ne pas souffrir qu'il leur soit fait aucune peine , et de veiller également à ce que leur pureté charnelle ne soit pas altérée. Aucun moine ne pourra donc parler aux sœurs sans la permission du supérieur, et ne recevra que de la main de son supérieur ce qui lui serait adressé par les sœurs. °

Aucune sœur ne sortira de la clôture du monastère, mais les frères, ainsi qu'il est dit, feront tout ce qui doit être fait au dehors, car il est juste que les plus forts se chargent de la plus forte tâche. Aucun d'eux n’entrera jamais dans l'intérieur de la maison, si ce n’est avec la permission du supérieur et de la diaconesse, lorsqu'il s'agira de quelque chose d'essentiel et d'honnète. Si un frère enfreint cet ordre, qu'il soit aussi- Lôt expulsé de sun monastère.

De peur, cependant, que les hommes ne prétendent, comme les plus forts, opprimer les femmes, nous avons décidé qu'ils n'entreprendraient rien contre la volonté de la diaconesse, mais qu'ils se conduiraient en toute chose suivant ses intentions, et que les hommes et les femmes lui jureraient obéissance, afin que la paix fût d’autant pius solide et que la concorde se conservât d'autant mieux entre les uns et les autres, que Îles plus forts auraient moins de pouvoir, et que ceux-ci, à leur

tour, n'ayant pas à craindre de violence de la part des plus faibles , seraient moins gênés par l'obéissance; car il est cerain que plus on s’humilie devant Dieu, plus on s'élève. Nous en avons dit assez sur les diaconesses, venons actuellement aux officières.

La sacristine, qui en même temps sera trésorière, aura soin de l'église ; elle en gardera les clés; elle conservera tout ce qui est nécessaire au culte ; elle recevra les offrandes ; elle pourvoira aux ornemens , €t sera chargée de les faire réparer ou d’en fournir de nouveaux. Ce sera elle encore qui veillera aux hosties, aux vases sacrés , aux livres de l'autel et à sa décoration, aux reliques, à l'encens, au luminaire, à l'horloge et aux cloches à sonner.

Que ce soient des vierges, s'il est possible, qui fassent les hosties, qui nettoient le froment destiné à cet usage sacré , et qui lavent les pales de l'autel ; mais ni elles, ni aucune autre religieuse , n’auront la permission de toucher aux reliquaires et aux pales, à moins qu’on les leur donne à laver : elles manderont et attendront alors quelques moines ou frères convers; et s’il est même nécessaire, on en choisira un qui soit digne de toucher ces choses saintes et qui les tirera des armoires ouvertes par la sacristine, pour les y replacer ensuite. Il faut que celle qui présidera ainsi au sanctuaire, soit douée d'une vertu éminente ; que la chasteté de son âme égale, s’il est possible, celle de son corps, et que sa continence soit éprouvée aussi bien que son abstinence. Il est absolument indispensable qu’elle connaisse le comput de la lune, afin qu'elle puisse parer l'Église suivant l'ordre des temps. {

La chantre aura soin du chœur en général, et règlera les offices divins ; elle apprendra aux autres à lire et à chanter, ainsi qu’à dicter et à écrire la musique notée. Elle aura aussi

! « Il paraît par cet endroit, dit dom Gcrvaise, que l’usage de

dresser un ordo , tel qu’on le fait à présent chaque année pour l’office divin , n’était pas encore en pratique dans l'Eglise. »

la garde de la bibliothèque, elle y prendra les volumes demandés et les y remplacera; elle s’appliquera soigneusement à copier et à orner des livres. Elle assignera les places dans le chœur , et désignera les sœurs qui devront chanter ou réciter ; elle fera tous les samedis une liste qui sera lue dans le Chapitre, laquelle contiendra les noms des semainières. A ces causes, il convient qu’elle soit instruite , et qu’elle sache principalement la musique. Elle tiendra la main à l’observance de la Règle, sous les ordres de la diaconesse ; et dans le cas où celle-ci serait distraite par des occupations étrangères, clle la remplacera dans ses fonctions.

L'infirmière servira les malades et veillera autant au spirituel qu’au temporel. Elle leur accordera tout ce qu'exigera leur état, soit bains, soit alimens, soit autre chose ; car on connaît le proverbe usité en pareille circonstance : « La Loi » n’a pas été établie pour les infirmes. » On ne leur refusera donc aucune viande, si ce n’est le vendredi, les veilles des gran-des fêtes, les quatre-temps et le carême ; car il faut d'autant: plus les éloigner du péché, que leur fin prochaine les engage à penser davantage à leur salut. C’est surtout dans ces momens qu'on doit s'étudier à garder le silence, qui évite beaucoup de péchés, et se livrer à la prière , ainsi qu'il est écrit : « Mon fils, ne vous abandonnez pas vous-même dans votre. » infirmité; mais priez Dieu, et il vous guérira. Détournez- » vous du péché, élevez vos mains vers lui, et purifiez votre » cœur de toute iniquité. » Il faut que l'infirmière fasse une garde vigilante auprès des malades, afin d'être toujours prête à voler à leur secours. Il faut que la maison soit fournie de tout ce qui est nécessaire à une infirmerie, et que même, suivant ses moyens, elle soit approvisionnée de médicamens ; ce qui se fera plus aisément, si l'infirmière connaît un peu la médecine. Ce scra encore clle qui veillera sur les sœurs qui perdront le flux de sang périodique. Or, il faut que quelqu'unc d'elles sache saigner pour que cette opération ne nécessite

l'accès d'aucun homme auprès des religieuses. L'infirmière pourvoira aux offices et à la communion, de peur que les malades n'en soient privées, et elle les fera communier au moins le dimanche, toujours après les avoir préparées par la confession et la contrition, suivant leur état. Que l’on observe surtout avec soin le précepte de l'apôtre saint Jacques, au sujet de l'extrême-onction. Pour administrer ce sacrement, lorsqu'on désespèrera de la vie d’une malade, on introduira dans le monastère les deux plus vieux prêtres d’entre les moines, accompagnés d'un diacre, qui apporteront avec eux les saintes huiles, et qui feront l'onction en présence de toute la communauté, laquelle cependant se tiendra dans une chambre séparée. On agira de même, toutes les fois que besoin sera, pour la communion. !

‘11 faut donc que l'infirmerie soit disposée de manière que, pour l’administration des sacremens , les moines puissent entrer et sortir, sans voir la communauté et sans être vus. Chaque jour, une fois au moins, la diaconesse, suivie de la cellerière, visitera les malades comme si c'était Jésus- Christ, afin de pourvoir à leurs besoins tant spirituels que corporels, et de mériter d'entendre un jour ces parvles du Seigneur : «J'étais malade, et vous m'avez visité. » Si une malade approchant de sa fin tombe dans l’agonie, aussitôt une de celles qui la garderont se hâtera de parcourir le couvent avec la crécelle , et en l’agitant à grand bruit , elle annoncera la fin de la sœur ; et toute la communauté, à telle heure que ce soit du jour ou de la nuit, se rendra promptement auprès de la

* « C'était l’usage de l'Eglise , en ce temps-là, dit dom Gervaise, de donner l’extrèéme-onction avant le viatique. Ce ne fut qu’au xin1° siècle qu’on commença à changer cet ordre, parce que plusicurs Croyaient que, depuis qu’on avait reçu l’extrêéme-onction, il n’était plus permis de manger de la viande, ct que les personnes mariées étaient obligées de garder la conlinence le reste de leurs

jours ; CE qui fut cause que plusieurs malades ne voulurent recevoir l’onction qu’à la dernière extrémité. »

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mourante , à moins que ce ne soit au moment des oflices. Dans ce cas, comme il ne faut rien préférer à Dieu, il suflit que la diaconesse s'y rende accompagnée de celles qu'elle aura choisies, et que la communauté y vienne ensuite. Dès qu'elles seront arrivées, elles commenceront aussitôt les litanies pour invoquer les saints et saintes, et l’on continuera les Psaumes ou les prières qui appartiennent aux funérailles. Nous voyons dans l’Ecclésiaste combien il est salutaire de visiter les malades ou les morts : QI} vaut mieux, y est-il dit, aller » dans une maison de deuil, que dans une maison de gaîté ; » dans la première, on apprend quelle est Ja fin de tous les » hommes, et celui qui vit encore, pense à ce qu'il doit de- » venir un jour. » Et encore : « Le cœur des sages se plaît là » où est la tristesse. »

Aussitôt que la malade aura rendu les derniers soupirs, on lavera son corps; on lui mettra une vieille robe, mais une chemise propre, avec des sandales, et on la posera sur un brancard, la tête couverte de son voile. Il faut que ces vêtemens soient cousus ou attachés de manière qu'ils ne puissent éprouver de dérangement. Le corps apporté dans l’église, les moines , lorsqu'il sera temps, lui donneront la sépulture , tandis que les sœurs psalmodieront dans le chœur ou prieront dans leurs cellules. La sépulture de la diaconesse ne se distinguera des autres qu'en un point, c’est qu’on enveloppera son corps dans un seul cilice , où elle sera cousue comme dans un SAC.

La robière aura soin de tout ce qui concerne l'habillement, tant pour les chaussures que pour les autres parties. Elle fera tondre les brebis et recevra le cuir; elle recueillera le lin et la laine et dirigera la fabrication des toiles; elle distribuera à chacune le fil, les aiguilles et les ciseaux ; elle aura la surveillance du dortoir et de tous les lits ; elle sera chargée de tailler, de coudre et de faire laver les nappes de table, les essuiemains et tout le linge du monastère. C’est surtout à elle qu'il

faut appliquer ce passage : « Elle a cherché le lin et la laine, » et elle les a travaillés de ses mains. Sa main a pris la que- » nouille, et ses doigts ont tourné le fuseau. Elle ne craindra » pas pour sa maison le froid de la neige; car ses domestiques » sont couverts de doubles vêtemens, et elle sourira le jour de » sa mort. Elle a toujours veillé sur la conduite de sa maison, » et n’a point mangé son pain dans l’oisiveté. Ses enfans se » sont levés, et ont annoncé qu'elle était bienheureuse. » Elle aura tous les instrumens nécessaires à son emploi, et elle distribuera l'ouvrage entre les sœurs qui doivent l'aider ; car elle prendra soin des novices, jusqu’à ce que celles-ci soient admises dans la communauté.

La cellerière aura soin de tout ce qui regarde la nourriture, le cellier, le réfectoire , la cuisine, le moulin, la boulangerie, le four, les jardins, les vergers et la culture des champs; elle veillera sur les ruches, les troupeaux et tous les animaux en général. C’est à elle qu’il faudra s'adresser pour ce qui concerne la nourriture. Elle ne doit pas être avare, mais prompte et disposée à accorder tout ce qui est nécessaire : « Car Dieu » aime celui qui donne gaîment. » Nous lui défendons, pendant son administration, d'avoir des préférences pour ellemême, de se faire donner des portions particulières et de se réserver ce dont elle prive les autres; car, selon saint Jérôme : « Celui qui ne se réserve rien est un économe excellent. » Judas, s'étant fait un pécule en abusant de ses fonctions d'économe, fut retranché du cénacle apostolique. Ananie et Saphire sa femme , ayant retenu ce qui ne leur appartenait pas, prononcèrent eux-mêmes leur sentence de mort.

Quant à la portière, elle aura la charge de recevoir les hôtes et tous ceux qui arriveront dans le monastère, de les conduire et de les annoncer partout où besoin sera. L’hospitalité sera exclusivement de son ressort. Il convient qu'elle soit d’un âge et d'un esprit mûrs, afin qu'elle puisse donner et recevoir les réponses , Ct juger quels sont ceux qui doivent entrer ou

non dans la maison. Comme c'est d'elle que l’on prendra la première impression de tout le monastère, il faut qu’elle fasse honneur à la religion du couvent, comme si elle était le vestibule du Seigneur. Il faut, à cet effet, qu'elle ait la parole douce et la conversation agréable, afin que ceux même qu’elle congédira puissent être édifiés par les raisons que lui inspirera sa charité; car il est écrit : « Une réponse douce apaise » la colère, et une parole dure excite la fureur; » etailleurs : « Une parole douce multiplie les amis et adoucit les enne- » mis. »

Comme elle verra plus souvent les pauvres et qu'elle les connaîtra mieux, elle leur distribuera les alimens et les habillemens qui seraient à distribuer. Si la portière ou les officières avaient besoin de quelques autres sœurs qui les aidassent dans leurs fonctions, la diaconesse leur donnera des suppléantes, qu’il convient de prendre toujours parmi les converses, pour qu'aucune religieuse ne manque jamais à l'office divin, au Chapitre ou au réfectoire.

La portière aura un petit logement auprès de la porte, afin qu'elle ou sa compagne soit toujours prête à répondre à ceux qui se présenteront ; elles ne resteront pas oisives, et elles s’attacheront d'autant plus à observer un silence profond, que leur loquacité pourrait venir aux oreilles des personnes qui sont dehors. Elle aura le plus grand soin d’éloigner non seulement les hommes qui se présenteraient, mais encore d’'empêcher qu’il ne se glisse des paroles dangereuses dans l’intérieur du couvent, et elle sera responsable de tous les abus de ce genre. Si elle entend quelque chose qui ait besoin d'être su, qu’elle aille le communiquer à la diaconesse, afin que celle-ci prenne à cet égard les mesures qu'elle croira nécessaires.

Dès qu'on aura frappé ou appelé à la porte, il faut que la portière, ou celle qui la remplace, demande aux survenans, ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent, et qu’elle ouvre la porte aussitôt, s'il y a lieu, pour les recevoir. Il ne sera permis qu'aux

femmes seulement d’être logées dans l'intérieur du couvent ; les hommes seront conduits chez les moines. Aucun , pour telle raison que ce soit, ne sera admis dans l'intérieur, sans l'avis et les ordres de la diaconesse ; mais on ouvrira sans délai aux femmes. ! Lorsque la portière aura laissé entrer des femmes ou des hommes, pour quelques raisons particulières, elle les fera rester dans sa cellule, jusqu'à ce que la diaconesse ou d’autres sœurs viennent les recevoir, si c’est nécessaire ou décent. Si ce sont des pauvres à qui il faille laver les pieds, la diaconesse elle-même et les sœurs s'acquitteront diligemment de ce devoir d’hospitalité. L’humilité de cette fonction a mérité à l’Apôtre le nom de düacre, ainsi qu'il est dit dans la Vie des Pères : « À cause de vous, le Sauveur a été » fait diacre, en se ceignant d’un linge pour laver les pieds à » ses disciples, et en leur ordonnant de laver les pieds à leurs » frères.» C'est de là que l'Apôtre dit, en parlant de la diaconesse : « Si elle a donné l'hospitalité, et si elle a lavé les » pieds des saints ; » car le Seigneur lui-même dit : « J'étais » étranger, et vous m'avez reçu. » Toutes les officières seront instruites de ces devoirs qui n’ont pas de rapport avec les lettres , excepté la chantre et celles qui se livrent à l'étude des lettres et qui ne doivent pas en être distraites.

Que les ornemens de l’église soient suffisans et non superflus, qu'ils soient plutôt propres que précieux. Que rien ne soit de matière d'or ou d'argent, sinon un calice , ou plusieurs, s'il le faut. Point d’autres ornemens en soie, que les étoles et les manipules. ? Qu'il n’y ait aucune image taillée ; mais seulement une croix de bois sur l'autel, où il n’est pas defendu

* Les bulles de Boniface VIII, de Pie V et de Grégoire XIIT, ainsi que les canons du concile de Trente, ont interdit aux femmes l'entrée des couvens de leur sexe.

* « Les diacres et sous-diacres, dit dom Gervaise, ne se ser:vaientpoint alors de dalmatiques, mais seulement de l’étoic croisée pour le diacre , et dela manipule pour le sous-diacre. »

de peindre l’image du Sauveur. ! Les autels ne porteront aucune autre image. Deux cloches suffiront au monastère. On placera un vase d’eau bénite à la porte de l’église, en dehors, où puissent se sanctifier les religieuses qui entreront ou sortiront après complies. Qu'aucune religieuse ne s’absente des heures canoniales ; mais aussitôt que l'office sera sonné, qu'elles quittent tout, et que, d’un pas modeste toutefois, elles se hâtent de s'y rendre. En entrant dans l'église, que celles qui prieront se rappellent ces paroles du Roi-prophète : « J’entrerai duns votre maison, je vous adorerai dans votre saint temple. » On n'aura pas d'autre livre au chœur, que celui qui sera utile pour l'office présent. Les Psaumes se diront assez distinctement pour être entendus, et la psalmodie ou le chant sera réglé de telle sorte que celles qui ont la voix faible pourront l'accompagner. On ne lira, on ne chantera rien dans l’église, qui ne soit tiré des écrits canoniques, mais surtout du Nouveau et de l'Ancien Testament, en ayant soin de distribuer les leçons de manière que les Écritures soient lues en entier à l’Église dans le courant de l'année. Les sermons des Pères de l'Eglise ou leurs exhortations seront lus au réfectoire ou au Chapitre ; mais on en permettra la lecture généralement partout où besoin sera. Aucune religieuse ne lira ou ne chantera , sans s’y être préparée ; si par hasard , malgré cette précaulion, elle commettait quelque faute dans l'église, qu'elle y satisfasse aussitôt devant toutes ses sœurs, en répétant ces paroles dans le secret de son cœur : « Seigneur, pardon- » nez encore cette fois à ma négligence. »

On se lèvera au milieu de la nuit pour chanter les matines , suivant l'institution du Prophète , et à cet effet on se couchera de bonne heure , afin que les religieuses d'une santé dé-

1 L'Eglise a ordonné depuis, qu’on ne pourrait célébrer la messe sur un autel où ne se trouverait pas une image en relicf de Jésus- Christ. Les canons des anciens conciles avaient défendu les peintures dans l’intérieur des Eglises.

licate puissent assister aux vigiles. Que tout ce qui doit se faire dans le jour, finisse avec le soleil, selon la Règle de saint Benoît. Après les matines, on retournera dans le dortoir jusqu’à laudes. On pourra donner au sommeil tout ce qui reste de la nuit entre ces deux offices ; car le sommeil rafraîchit beaucoup un corps fatigué, et le rend plus patient au travail, plus dispos et plus sobre. Celles qui ont besoin de méditer sur quelque psaume ou quelques leçons, doivent le faire de manière à ne pas troubler le sommeil des autres. Voilà pourquoi saint Benoît s'est servi du mot médiation , plutôt que du mot lecture, parce que la lecture pourrait nuire au repos de ceux qui dorment ; il ne force personne à cette méditation, puisqu'il l'accorde «aux frères qui en ont besoin. » Les laudes se chanteront à la pointe du jour, et il faut les sonner, s’il est possible, au crépuscule. Cet office fini, on retournera au dortoir. Sic’est dans l'été, où les matines sont courtes et les laudes longues, nous n'empéchons pas de dormir jusqu'au moment où les primes sonneront. Saint Grégoire fait mention de ce repos après laudes dans le chapitre second des Dialogues, lorsqu'il dit, en parlant du saint abbé Libertinus : « On devait ce jour-là déci- » der quelque chose d’important pour le monastère ; après » laudes, Libertinus vint au lit de l’abbé, pour lui demander » humblement sa bénédiction. » Il est donc permis de se reposer après laudes, depuis Pâques jusqu'à l'équinoxe d'automne, époque où le jour diminue.

En sortant du dortoir elles se laveront les mains ; et après avoir pris leurs livres, elles resteront dans le cloitre , et liront ou chanteront jusqu'à ce que primes sonnent. À l'issue de primes, elles iront au Chapitre, où, étant toutes rassemblées, on fera la lecture du martyrologe, après avoir annoncé le jour de la lune; ensuite on prononcera quelque discours édifiant, ou l'on exposera quelque passage de la Règle.

On doit savoir qu'un monastère ou bien une maison quelconque ne saurait passer pour désordonnée, parec qu'il s'y

commet quelque faute contre l’ordre , mais seulement dans le cas où ces fautes ne seraient pas scrupuleusement corrigées ; car quel est le lieu absolument exempt de péché? Saint Augustin montre combien il était persuadé de cette vérité, lorsqu’il dit en quelque endroit de son Instruction à son clergé : ‘ « Quelque soin que la Règle mette dans ma maison , je suis » homme, et je vis parmi des hommes. Je n'ose pas me flat- » ter que ma maison soit meilleure que l’Arche de Noé, où » cependant sur huit hommes il y en eut un de réprouvé; ni » meilleure que la maison d'Abraham, à qui il a été dit : «Chas- » sez votre servante et son fils; » ni meilleure que la maison » d'Isaac, où Dieu a dit : « J’ai aimé Jacob et haï Esaü ; » ni » meilleure que la maison de Jacob, où le fils a souillé par un » inceste le lit de son père ; ni meilleure que la maison de Da- » vid, dont un fils a couché avec sa sœur, et dont un autre fils » s’est révolté contre son propre père; ni meilleure que la » compagnie de saint Paul, qui n'aurait pas dit, s’il eût habité » avec des gens de bien : « Au dehors, j'ai des combats à sou- » tenir; au dedans, des craintes à éprouver ; il n'y a personne » qui soit sincèrement inquiet de vous , chacun cherche ce qui » l’intéresse ; » ni meilleure que la compagnie de Jésus-Christ » lui-même, qui, parmi ses douze apôtres, a souffert un Judas » perfide et voleur; ni meilleure enfin que le eiel, du haut » duquel les anges ont été précipités. » Le même Père de l'Église, pour nous exhorter à suivre exactement la Règle du monastère, ajoute : « J'avoue devant Dieu que, du moment » où je me suis consacré à lui, je n'ai pas trouvé de meil- » leurs chrétiens que ceux qui ont vécu régulièrement dans » les monastères, mais aussi je n’en ai pas trouvé de pires que » ceux qui ont mal vécu dans les monastères; » en sorte que je pense que c'est de là qu'il est écrit dans l'Apocalypse : «Que » le juste devicnne encore plus juste, et que celui qui vit dans » le désordre s'y enfonce encore davantage. »

* Ep, 137.

11 faut donc que la correction se trouve tellement bien ordonnée, que , si quelque religieuse a caché la faute d’une autre, elle soit punie plus rigoureusement que celle qui a commis la faute. Que nulle ne diffère d’accuser son péché et le péché d'autrui. Celle qui préviendra l'accusation des autres, en s'accusant elle-même, ainsi qu'il est écrit : ! « Le juste est » le premier à s’accuser, » encourra une peine plus légère, pourvu qu’elle ne retombe pas dans la même faute. Que nulle ne prenne sur soi d'excuser une autre, à moins que par hasard la diaconesse ne s’informe de la vérité d'une chose que les autres ignorent; qu'aucune ne se mêle d'adresser des remontrances aux autres, si ce n’est de la part de la diaconesse ; car il est écrit, au sujet du règlement de la correction : ? « Mon fils, » nerejetez point la correction du Seigneur, et ne vous abattez » point lorsqu'il vous châtiera ; car le Seigneur châtie celui » qu'il aime, et il se complaît en celui qu’il châtie, comme un » père dans son fils. » Ensuite : * « Celui qui épargne la verge, » haïit son fils ; mais celui qui l'aime, s'applique à le corriger. » Quand l’homme corrompu sera châtié , l’insensé deviendra » plus sage. Le fouet est destiné pour le cheval, la corde pour » l'âne, et la verge pour ceux qui sont sans conduite. * Celui » qui en corrige un autre, méritera dans la suite plus de » reconnaissance de sa part , que celui qui le trompe par des » caresses. $ Toute correction semble, dans le moment, pleine » d’amertume et non de joie; mais un jour elle rendra les » fruits les plus doux à la justice. 5 La confusion d’un père est » dans un enfant qui n'est pas corrigé, et sa honte dans la » mauvaise conduite de sa fille. Celui qui aime son fils le cor- » rige assidèment, afin d'être réjoui dans sa vieillesse. Celui » quiinstruit son fils, sera loué dans son fils même, et au mi- » lieu de toute sa maison il sera glorifié dans son fils. Un

* Prov. 18. —* Ibid. 3. — ? Ibid, 13. —* Ibid, 19. —" Ibid. 21. — ‘ Fcel, 22.

» cheval indompté devient intraitable, de même l'enfant » abandonné à sa volonté devient insolent. Flattez votre fils, » et il vous causera de grandes frayeurs ; jouez avec lui, et il » vous contristera. »

Chaque religieuse sera libre de donner son avis dans le conseil ; mais on s’en tiendra définitivement à ce que la diaconesse aura décidé , parce que c’est de sa volonté que tout dépend, quand bien même (Dieu l’en préserve) elle se tromperait et s'arrêterait au plus mauvais parti; Car saint Augustin dit dans dans son livre des Confessions : « Celui-là commet un grand » péché, qui désobéit en quelque chose à ses supérieurs, » lors même qu'il ferait mieux que ce qui lui est ordonné. » Il est plus avantageux pour nous, en effet, de bien faire que de faire le bien; il faut moins se préoccuper de la chose ellemême, que de la manière de la faire et de l'esprit dans lequel on la fait. Tout ce qui se fait par obéissance est bien fait, encore que cela ne paraisse pas un bien. 11 faut donc obéir en tout point à ses supérieurs , quels que soient les inconvéniens de leurs commandemens, pourvu toutefois que lâme ne courre aucun péril. Le supérieur veillera à ne commander que des choses justes. Il suffira aux religieux de bien obéir, et de suivre la volonté de leur supérieur et non la leur. Nous défendons absolument de jamais opposer la coutume à la raison, et d'opposer également la raison à la coutume, en défendant, non ce qui est usité, mais ce qui est bien ; mais nous voulons qu'un commandement soit reçu d'autant plus volontiers, qu'il paraîtra meilleur; autrement, semblables aux chrétiens qui judaïsaient, nous préfèrerions l’ancienne Loi à l'Évangile.

Saint Augustin, appuyé du témoignage de saint Cyprien, dit dans quelque endroit : ! « Celui qui , au mépris de la vérité, » préfère suivre la coutume, est assurément ou jaloux ou

"L.3, de Bapt. cont. Donat. c. 5.

» envieux contre ses frères, à qui la vérité a été révélée, » ou est ingrat envers Dieu, qui, par l'inspiration, instruit » son Église, » Puis: ! « Jésus-Christ dit dans son Évangile : « Je suis la vérité ; » il ne dit pas : « Je suis la coutume. » C’est » pourquoi, lorsque la vérité se montre, il faut que la cou- » tume cesse, et que la vérité succède à l'erreur, quand elle » est prouvée par la révélation ; car saint Pierre cessa de cir- » concire lorsque saint Paul eut prêché la vérité. » Ensuite, dans son quatrième livre du Baptême : ? « C'est en vain » que ceux qui sont vaincus par la raison nous opposent la » coutume; comme si la coutume était au dessus de la vérité, » et que dans les choses spirituelles il ne fallût pas suivre ce » que l'Esprit-Saint a révélé de meilleur ! » Il est absolument essentiel de préférer la raison et la vérité à la coutume. Saint Grégoire écrivait à l'évêque Vuimondus : # « Pour me servir » du sentiment de saint Cyprien, il faut mettre la vérité au » dessus de toute coutume, quelque ancienne et quelque » répandue qu'elle soit, et il faut abolir tout usage contraire » à la vérité. » Dans l'Ecclésiastique, * nous apprenons aussi combien l'amour de la vérité doit s'attacher à nos paroles : « Ne rougissez pas de dire la vérité, lorsqu'il s'agit du salut » de votre âme. Ne contredisez en aucune manière la parole » de vérité. » Et ailleurs : 5 « Que la parole de la vérité » précède toutes vos œuvres, et qu'un conseil stable pré- » side à vos actions. » Que ce ne soit pas la coutume de plusieurs qui vous autorise, mais l'approbation des sages et des gens de bien. « Le nombre des insensés , dit Salomon, » est infini; » et selon cette parole de la Vérité même: » Beaucoup d'appelés, mais peü d'élus. » La rareté rend les choses précieuses, et dès qu’elles ne sont plus rares, elles diminuent de prix. Que personne ne suive donc le conseil du

Ibid TV. 6, c. 37. — ? C, 6. —* Dist. 8. c. Consuct. — * Ecclesias. &. — $ Ibid. 37. : î

plus grand nombre, mais le meilleur. Ce n’est-pas l’âge de l’homme qu'il faut considérer , mais sa sagesse ; ce n’est pas son amitié, mais la vérité ; ce qui fait dire à Ovide : !

«Il est permis d'apprendre, même de son ennemi. »

Toutes les fois qu’il sera besoin de prendre conseil , il ne faudra pas différer ; et si l'affaire est essentielle, on assemblera toute la communauté. Dans les affaires moins importantes, il suffira que la diaconesse convoque quelques unes des principales sœurs ; car il est écrit, au sujet du conseil : ? « Où » il n'y a personne pour gouverner, le peuple péril; mais le sa- » lut est là où sont beaucoup de conseils. La voie de l’insensé » est toujours droite à ses yeux, mais le sage écoute les con- » seils. $ » Et : « Mon fils, ne faites rien sans consulter, et » vous ne vous repentirez pas de ce que vous aurez fait. » Si quelqu'affaire réussit sans avoir consulté, ce hasard heureux n'excuse pas la présomption de l’homme ; si, au contraire, malgré le conseil, on ne réussit pas, on ne sera pas accusé de présomption ; car il faut moins accuser celui qui a eu confiance, que ceux qui l'ont entraîné. dans leur erreur.

En sortant du Chapitre, chaque religieuse retournera à son ouvrage, soit à la lecture , soit au chant, ou enfin à ses travaux manuels, jusqu’à l'heure de tierce. Après tierce on dira la messe, quisera célébrée par un prêtre choisi entre les moines pour être semainier , lequel, si les moines sont en nombre, viendra avec un diacre et un sous-diacre, qui l’assisteront dans ses fonctions sacerdotales. Leur arrivée et leur départ auront lieu de telle sorte, que la communauté ne s'en aperçoive en aucune manière. Dans le cas où il faudrait plusieurs religieux pour desservir l'église des sœurs, on y pourvoira, autant que possible, de ‘façon que les messes des moniales n'empéchent jamais ces moines d'assister chez eux aux offices divins.

Lorsque les sœurs désireront communier, on choisira le

* Metam. 1. IV. —"* Prov. 11 — ‘ Ecclt, 32.

prètre le plus âgé, qui leur donnera la communion après la messe, ayant fait sortir auparavant le diacre et le sous-diacre, pour ôter tout sujet de tentation. La communauté entière communiera au moins trois fois par an, à Pâques, à la Pentecôte et à la Nativité, ainsi qu’il a été établi par les Pères pour les personnes mêmes qui vivent dans le monde. Les sœurs se prépareront à cette communion générale par la confession et par une pénitence de trois jours, pendant lesquels elles jeûneront au pain et à l'eau, et se purifieront sans cesse par la prière avec une humilité craintive , en se rappelant cette sentence terrible prononcée par l’Apôtre : « Quiconque, dit-il, » mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indigne- » ment, sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ. » Que l'homme s'éprouve donc avant de manger ce pain et » de boire ce calice; car celui qui le mange et qui le boit in- » dignement, mange et boit sa propre condamnation, n'ayant » pas su distinguer le corps du Seigneur. C'est pour cela que » l'on voit parmi vous tant de malades et de faibles, et que » plusieurs sommeillent. Si nous nous jugeons nous-mêmes, » nous ne serons certainement pas jugés. »

Après la messe, les religieuses retourneront encore au travail jusqu'à sexte, ? pour qu'elles ne restent oisives en aucun moment; mais chacune s’acquittera de ce qu'il faut et de ce qu'elle peut. Après sexte on diînera, si ce n’est pas un jour de jeûne ; car alors il faudrait attendre après none , ? et dans le carême, après vêpres. Dans tous les temps , on fera la lecture au réfectoire. Lorsque la diaconesse l'aura trouvée assez longue, elle dira : « C'est assez ; » et aussitôt on se lèvera pour rendre grâces à Dieu. Dans l'été, apres le diner, on se retirefa dans le dortoir, pour s’y reposer jusqu’à none, et après none, on retournera au travail jusqu'à vêpres. Après

*Célail midi, heure du dincr des rcligicuses. 2 IC‘: . N eq:

On disait , en toutes saisons, none à deux heures après midi, el vêpres à quatre heures,

vêpres, on soupera aussitôt, ou l’on fera collation, suivant l'ordre des temps. Les samedis, avant le repas du soir, on se purifiera , c’est à dire on se lavera les pieds et les mains. La diaconesse sera chargée de cette fonction, avec les semainières de la cuisine. Après la collation, l'on ira aussitôt à complies, après quoi l’on se rendra au dortoir.

Quant à la nourriture et à l'habillement, on suivra le précepte de l’Apôtre, qui dit : ! « Contentons-nous de nos ali- » mens et de nos vêtemens ; » en sorte qu'il faut chercher le nécessaire , et non le superflu. On emploiera tout ce qu'on pourra acheter de plus grossier, ou ce qu’on pourrait avoir plus aisément, ou ce dont on pourra user sans scandale. L’Apôtre, persuadé que le vice n'existe pas dans les alimens mais dans la gourmandise, avertit d'éviter seulement le scandale de sa propre conscience et des autres. « Que celui qui » mange, dit-il, * ne méprise pas celui qui ne mange pas: » que celui qui ne mange pas, ne juge pas celui qui mange; » car Dieu s'en est chargé. Qui êtes-vous, vous qui jugez le » serviteur d'autrui? Celui qui mange , mange pour plaire au » Seigneur, car il lui en rend grâces ; et celui qui ne mange » pas, ne mange pas pour plaire au Seigneur, à qui il en » rend grâces aussi. Ne nous jugeons donc plus les uns et » les autres; mais jugez plutôt que vous ne devez offrir ni » pierre d'achopement ni scandale à votre frère. Je sais et » je confesse en Jésus-Christ, qu'il n’y a rien d’impur par » soi-même, mais seulement par l’impureté qn’on y attache; » car le royaume de Dieu ne consiste pas dans le boire et » dans le manger, mais dans la justice, dans la paix et dans la joie que donne l'Esprit-Saint. Tout , à la vérité, est pur; » mais le mal est dans l’homme qui mange pour scandaliser les autres. Il vaut mieux ne point manger de viande et ne » point boire de vin, ni rien faire qui puisse offenser ou scan-

LA

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