LA L
‘ Saint Paul. Ep. ad Tim. 1,6. —* Ep. ad Rom. 14.
» daliser votre frère. » Le même Apôtre, après avoir parlé du scandale que l’on cause à ses frères, parle en ces termes de celui que l'on cause à sa propre conscience : « Heureux celui » que sa conscience ne condamne point en ce qu’il veut faire! » Mais celui qui doute s’il mangera, et qui le fait, est con- » damné, parce qu’il n’agit pas suivant la foi : or, tout ce qui » n'est pas selon la foi, est péché. »
Nous péchons dans tout ce que nous faisons contre notre conscience et notre croyance. Nous nous jugeons et nous nous condamnons nous-mêmes par cela seul que nous avons approuvé , c’est à dire, par la Loi que nous avons reçue, si nous mangcons tels alimens dont nous faisons la distinction suivant cette Loi, et que nous rejetons comme impurs : tant est grand le témoignage de notre conscience, qu'il peut nous accuser ou nous excuser devant Dieu ; ce qui fait dire à saint Jean dans sa première épître : ! « Mes chers frères, ayons confiance en Dieu, si notre cœur ne nous reproche rien, et » nous recevrons de lui tout ce que nous lui demanderons, » parce que nous avons gardé ses préceples et que nous ne » faisons rien qui ne lui soit agréable. » Saint Paul avait bien dit auparavant, qu'il n'y a rien d'impur par Jésus-Christ, si ce n'est ce qu'on croit devoir l'être par l'interdiction de la Loi. Nous appelons, en effet, viandes impures, celles qui sont ainsi désignées par la Loi, parce que la Loi les interdit à ses enfans, tandis qu'elle les expose et les livre à ceux qui sont hors de la Loi. Les femmes communes sont impures, et tout ce qui est commun ou impur devient vil ou moins précieux. II n'y à donc, suivant saint Paul, aucune viande commune, c'est à dire impure par Jésus-Christ, puisque sa loi n’en interdit aucune , si ce n'est, comme il a été dit, pour éviter le scandale de sa propre conscience ou de celle d'autrui ; au sujet de laquelle il est dit ailleurs : ? « C’est pourquoi, si fa
Ep. 1,3. — Ep, ad Cor. 1,8 C9.
» viande que je mange scandalise mon frère , je n'en mangeraï » jamais, afin de ne pas le scandaliser. Ne suis-je pas libre? » ne suis-je pas apôtre ? » C’est comme s’il disait : « N’aï-je pas cette liberté que Jésus-Christ a donnée à ses apôtres, de manger de toutes sortes de viandes et de recevoir des secours de tout le monde ? » car lorsqu'il envoya ses apôtres prêcher sa parole, il dit dans un certain endroit : ! « Mangez et buvez ce » que vous trouverez chez eux. » Il n’a sans doute fait aucune distinction dans les alimens. L'Apôtre, fondé sur cette maxime, continue de dire que les chrétiens ont la liberté de manger toute espèce d’alimens, fussent même ceux destinés aux infidèles ou offerts aux idoles, pourvu toutefois qu’il n’y ait aucun sujet de scandale. « Tout est permis, dit-il, ? mais » tout n’est pas avantageux; tout est permis, mais tout n'é- » difie pas. Que personne ne cherehe sa propre satisfaction, » mais le bien des autres. Mangez de tout ce qui se vend à la » boucherie, sans vous enquérir de rien à cause de la con- » science. La terre , et tout ce qu'elle contient, est au Sei- » gneur. Si un infidèle vous invite à manger chez lui, et que » vous y vouliez aller, mangez de tout ce qu’on vous servira , » sans vous enquérir de rien à cause de votre conscience. » Mais si quelqu'un vous dit : « Ceci a été immolé aux idoles, » » n’en mangez pas, à cause de celui qui vous a donné cet avis - » et à cause de la conscience . Je ne parle pas de votre con- » Science, mais de celle d’un autre. Ne donnez point occasion de » scandale ni aux Juifs, ni aux Gentils, ni à l'Église de Dieu. »
Ces paroles de l'Apôtre nous prouvent clairement qu'aucune cspèce d’alimens ne nous est interdite, si nous en pouvons manger sans offenser notre propre conscience ou celle de nos frères. Or, nous agissons sans offenser notre propre conscience, si nous croyons de bonne foi suivre le genre de vie qui doit nous conduire au salut; nous n'offensons pas les
* Evang. S, Lac, 10. —* Ep. ad Cor. 1 10.
autres , s'ils Sont persuadés que notre genre de vie doit nous sauver. Vivons donc de cette manière, si, en satisfaisant tous les besoins de la nature , NOUS évitons les péchés, et si, présumant trop de notre vertu, nous ne sommes pas chargés , par notre profession , d’un joug pesant sous lequel nous SuCcomberons ; car la chute serait d'autant plus dangereuse que la profession fut plus élevée.
L'Ecclésiaste, pour prévenir celle chute et le vœu d'une profession qui ne nous convient pas, dit: « Si vous avez » fait un vœu à Dieu, ne différez pas de vous en acquitter, » car la promesse infidèle et imprudente lui déplaît; mais » accomplissez tous les vœux que vous aurez faits : il vaut » beaucoup mieux ne point faire de vœux, que de ne pas »y accomplir ceux qu'on a faits. » Voici le conseil de l'Apôtre pour prévenir ce danger : 2 ÇJe veux, dit-il, que les » jeunes veuves S€ marient, qu'elles aient des enfans, qu’elles , deviennent mères de famille, et qu’ainsi elles ne donnent » à l'Ennemi des hommes aucune occasion de les faire pécher; » car déjà quelques unes $€ sont tournées du côté de Sa- » tan. » Cet Apôtre, considérant combien la nature est faible à cet âge, oppose le remède d'une vie plus relâchée au danger d'une meilleure. 11 conseille de se tenir en bas, de peur d'être précipité d'en haut.
Tel est aussi le sentiment de saint Jérôme , dans les instructions qu'il donne à Eustochie ?% « Si celles, Jui dit-il, qui sont » restées vierges, SOnt condamnées pour d'autres péchés, que , fera-t-on de celles qui auront prostitué les membres de Jésus- Christ, et qui auront changé le temple de l'Esprit-Saint en , un lieu de débauche ? Il eût été plus avantageux à l'homme. » de s'être marié, que de tomber au fond de l'abime en » voulant s'élever au plus haut des cieux. » Que si même nous examinons toutes Îles paroles de VApôtre, nous trouve”
‘Ecc. 5. — * Saint Paul. Ep. ad Tim. 1,5. —"Ep. Ï, 22.
rons que ce n'est qu'aux femmes qu'il a permis des secondes noces ; mais qu'il exhortait beaucoup les hommes à la continence. « Si un homme, dit-il, ‘ est appelé circoncis, qu'il »n’affecte point de paraître incirconcis. » Et ailleurs : « Étes- » vous veuf? ne cherchez plus d'autre femme. » Moise, au contraire, plus indulgent pour les hommes que pour les femmes, avait permis aux premiers d’avoir plusieurs femmes, sans accorder à une seule femme d'avoir plusieurs maris. Il punissait encore plus sévèrement les adultères des femmes que ceux des hommes. « La femme, dit l’Apôtre , ? lorsqu'elle a » perdu son mari, est dégagée de la loi qui la liait à lui, et » elle n’est point adultère si elle épouse un autre homme. » Et ailleurs : 5 « Je dis aux vierges et aux veuves, qu'il est bon de » demeurer dans cet état comme j'y demeure moi-même. Mais » sielles ne peuvent garder la continence, qu'elles se marient ; » Car il vaut mieux se marier que de brûler. » Et ailleurs : « La » femme dont le mari ne vit plus, est libre ; elle peut épou- » ser qui elle voudra, pourvu que ce soit au nom du Seigneur ;. » mais cependant elle sera plus heureuse si elle reste veuve, » comme je le lui conseille. » Ce ne sont pas seulement les seconds mariages qu'il concède aux femmes, mais encore il ne borne pas le nombre des mariages qu'elles peuvent contracter, puisqu'il leur permet , si leurs maris viennent à mourir, d'en épouser d'autres. Îl ne fixe pas le nombre de leurs mariages, pourvu qu'elles évitent la fornication. Qu'’elles se marient plusieurs fois plutôt que de forniquer une fois, de peur que, s'étant données à un seul, elles ne finissent par s’abandonner à beaucoup d’autres, Le mariage cependant n'est pas absolument exempt de péchés ; mais on doit tolérer les moindres pour éviter les plus grands. Qu’y a-t-il donc de surprenant, si, pour éviter le péché, on accorde une chose qui n'en
\ Ep. ad Cor. 1, 7,18, 27. —* Saint Paul, Ep. ad Rom. 7. — * Ep. ad Cor. I, 7. |
renferme aucun, c'est à dire, en permettant tous les alimens nécessaires et non superflus? car, ainsi que nous l’avons dit, ce n’est pas la nourriture qui cause le péché, mais le désir, lorsqu'on veut ce qui n’est pas permis, que l'on convoite ce qui est interdit, et que souvent on entreprend impudemment ce qui peut engendrer un très grand scandale.
En eflet, parmi tous les alimens à l'usage de l’homme, y en a-t-il de plus dangereux, de plus condamnable, ou qui nuise plus à notre profession et qui soit plus contraire à une vie sainte et paisible, que le vin? Le plus grand des sages ,! qui avait bien réfléchi à cela, nous exhorte à nous abstenir de vin, en disant : * « Le vin est une source d'intempérance, » et l'ivrognerie est pleine de désordre. Quiconque se plaît à » boire, ne sera pas sage. A qui malheur ? malheur au père de » qui? pour qui lesquerelles ? pour qui les précipices ? pour qui » les blessures sans sujet ? pour qui les éblouissemens ? n’est- » Ce pas pour ceux qui s'oublient dans le vin et qui s'exer- » cent à vider les coupes”? Ne regardez point le vin, quand il » paraît clair, lorsque sa couleur brille dans le verre. Il entre » agréablement ; mais il mord à la fin comme le serpent, et il » répand son venin comme le basilic. Vos yeux verront les » femmes étrangères, et votre cœur dira des paroles déré- » glées. Vous serez comme un homme endormi au milieu de » la mer, comme un pilote assoupi qui a perdu le gouvernail ; » et vous direz : « Ïls m'ont battu, et je n’ai pas souffert ; ils » m'ont entraîné , et je n’ai rien senti. Quand me réveillerai- » je et trouverai-je encore du vin pour boire ? » Etplus loin : « O Lamuel, ne donnez pas de vin aux rois ! Où règne l'ivro- » gnerie, il n'y a pas de secret. Le vin pourrait leur faire » Oublier leur jugement et nuire à la cause du pauvre. » Il est dit dans l'Ecclésiastique :* « L'ouvrier adonné au vin nedevien- » dra jamais riche, et celui qui néglige les petites choses
* Salomon. — * Prov. 20, 23. — * (19.
» tombera peu à peu. Le vinet les femmes font apostasier » les sages et condamnent les gens sensés. »
Le prophète Isaïe,! sans faire mention de tous les autres alimens, cite seulement le vin comme la cause de la captivité du Peuple de Dieu. « Malheur, dit-il, à vous qui vous levez dès le » matin pour vous plonger dans les excès dela table et pour boire » jusqu'au soir, jusqu'à ce que le vin vous échauffc ! Le » luth et la harpe, les flûtes, les tambours etle vin règnent » dans vos festins, et vous ne songez pas à l'œuvre du Sei- » gneur; c'est pour cela que mon Peuple a été emmené » captif, parce qu'il n’a point eu l'intelligence. Malheur à vous » qui êtes puissans à boire du vin, et vaillans à vous eni- » vrer ! » Il étend encore ses plaintes jusqu'aux prêtres et aux prophètes : « Mais pour ceux-ci, ils sont si pleins de vin qu'ils » ne savent ce qu'ils font ; ils sont tellement ivres qu'ils ne » peuvent se soutenir. Le prêtre et le prophète ne se connais- » sent plus, à cause de l'ivresse ; ils sont absorbés dans le vin, » ils chancélent dans l’ivrognerie, ils n’ont point connu la » prophétie, ils ont ignoré le jugement ; toutes les tables sont » couvertes des traces dégoûtantes de leur intempérance, » comme s'il n’y avait pas d'autre endroit à salir. A qui le » Seigneur apprendra-t-il sa loi, et à qui donnera-t-il l’intelli- » gence de sa parole? » Car il dit par la bouche de Joel : ?«Ré- » veillez-vous, ivrognes, et pleurez, vous qui aimez à boire » du vin. » Îl n’est pas défendu de boire du vin en cas de nécessité, comme l’Apôtre le conseille à Timothée, « à cause » des faiblesses fréquentes de son estomac. » Il ne dit pas seulement faiblesses, mais il ajoute encore fréquentes.
Noé, qui le premier planta la vigne , ignorait encore assurément le mal de l'ivrognerie; et dans l'ivresse il étala sa nudité, parce que la honte de la luxure est attachée à celle du vin. Un de ses fils s'étant moqué de lui, il le chargea de sa
* Jsaïe. 5. — * Johel,1.
malédiction , et prononça contre lui une sentence d’esclavage, la première à notre connaissance qui ait été portée.! Les filles de Lot avaient bien prévu que jamais ce saint bomme ne commettrait d'inceste que dans l'ivresse. ? Judith était bien persuadée que par ce moyen seul elle pourrait tromper et abattre le superbe Holopherne.* Nous lisons que, quand les anges ont apparu aux anciens patriarches qui leur donnèrent l'hospitalité , ils firent usage de viandes, et non de vin. * Les corbeaux qui, malin et soir, portaient du pain et de la chair au prophète Élie, notre premier instituteur, ne lui portaient pas de vin dans sa solitude. Le peuple d'Israël, qui fut nourri dans le désert avec la chair délicate des cailles, 5 ne fit pas usage de vin, et nous ne lisons pas qu'il en ait même désiré. On ue distribua pas de vin le jour que Jésus-Christ nourrit tant de peuple , mais seulement du pain et du poisson. Ce fut seulement aux noces ,’ pour lesquelles on a quelque indulgence, que se fit le miracle du vin, qui est source de la luxure. Mais la solitude, qui est destinée aux moines, a plutôt éprouvé le miracle de la chair que du vin. C'était un point essentiel de la loi des Nazaréens, que ceux qui se consacraient au Seigneur évitassent absolument le vin et tout ce qui peut enivrer : car de quelle vertu, de quel bien les ivrognes sont-ils capables ? C’est pourquoi le vin et tout ce qui peut enivrer étaient interdits aux prêtres de l'ancienne Loi.® Saint Jérôme, écrivant à Népotien sur la conduite des clercs, témoigne toute son indignation de ce que les prêtres de l’ancienne Loi s’abstenaient de tout ce qui peut enivrer , et par cette abstinence l’emportaient sur ceux de la nouvelle.® « Ne sentez jamais le vin, dit-il, de peur qu'on ne vous applique ces paroles d'un philosophe : « Ce n'est pas offrir un baiser, » mais présenter du vin. »
"Gen. 9. — * Ibid. 19. — * Jud. 13. — * Gen. 18. — ‘Reg. III, 17.
— * Exod. 17. —? Les noces de Cana. Ev. S. Joh. 2} —" Num. 6. — * Ep ad Nepot. 2.
ABËLARD ET HÉLOISE. 317
L'Apôtre condamne les prêtres qui boivent du vin, et l'ancienne Loi le défend : « Que ceux qui servent à l’autel ne fas- » sent jamais usage de vin ni de bière. » Par le mot bière, les Hébreux entendaient toute boisson qui peut enivrer, soit qu'elle fût faite avec de la levure, ou du suc de pomme, ou du miel, ou bien avec des herbes, des fruits de palmier et des grains, qui, par l'expression ou la coction dans de l’eau, donnent une liqueur douce et onctueuse. Tout ce qui peut enivrer et obscurcir la raison , fuyez-le comme le vin. Saint Pacôme , dans sa Règle, ne permet le vin qu'aux malades. Qui de vous ignore que le vin ne convient nullement aux moines, et que les religieux d'autrefois l'avaient tellement en horreur, que, pour s'en détourner, ils l'appelaient Satan ? D'où nous lisons dans les Vies des Pères : « Quelqu'un rapporta un jour à l'abbé Pasteur » qu'un certain moine ne buvait pas de vin; il répondit : « Parce que les moines doivent s'en abstenir. » Et encore : « Un jour, qu'on célébrait des messes dans le monastère de » l'abbé Antoine, on y trouva un vase rempli de vin; un des » vieillards en versa dans une coupe, et la porta à l'abbé Sisoi. » Celui-ci but ; une seconde fois, il accepta et but encore ; » mais il répondit la troisième fois qu'on lui offrit du vin :- « C'est assez, mon frère. Ignorez-vous que c'est te démon ? » Ce saint abbé fit la même réponse à des personnes qui lui demandaient si ce n’est pas beaucoup de boire, un jour de sabbat ou le dimanche, à l’église, trois coupes de vin : « Ce serait » peu, dit le vieillard, si ce n’était pas Satan. » Saint Benoît, en permettant l’usage modéré du vin à ses religieux, dit : « Quoique nous lisions que le vin ne convienne nullement aux » moines; mais, dans notre siècle, il n’est pas possible de le » leur persuader. »
I] n'est donc pas surprenant, si le vin est à peine permis aux moines, que saint Jérôme en interdise absolument l'usage aux femmes, dont la nature est plus faible, quoiqu'elles soient plus fortes contre le vin; car dans les préceptes qu'il donne
à la vierge Eustochie ! pour conserver sa virginité, il l'exhorte en ces termes : « Si je suis capable de vous donner quelqu'a- » vis, et si vous vous en rapportez à l'expérience, je vous » avertis et je vous conjure qu’une épouse de Jésus-Christ » fuie le vin comme un poison. Ce sont les premières armes » des démons contre la jeunesse. Il nous agite plus que l’a- » varice , il nous gonfle plus que l’orgueil , il nous délecte » plus que l'ambition. Nous quittons aisément les autres » vices; mais celui-ci est un ennemi renfermé au dedans de » nous-mêmes, et nous le portons partout avec nous. Le vin » et la jeunesse sont deux flambeaux de la volupté. Pourquoi » ajouter de l'huile à la flamme ? Pourquoi donner encore » des alimens à un brasier ardent ? » Il est cependant prouvé par l'expérience, que la force du vin a bien moins de pouvoir sur les femmes que sur les hommes. Théodose Macrobe en rend raison dans son Livre des Saturnales, lorsqu'il dit : « Selon Aristote, les femmes s’enivrent rarement et les » hommes très souvent. La femme a le corps humide ; la dou- » ceur et la blancheur de sa peau l'annoncent, ainsi que cette » purgation périodique qui la délivre d’une humeur superflue. » Le vin perd donc de sa force en raison de la grande humi- » dité qu'il trouve dans l'estomac ; ses vapeurs s'y éteignent » etne peuvent plus monter au cerveau. » Et ailleurs : « Le » corps des femmes, épuré par de fréquentes purgations, est » comme un crible par où les humeurs sortent sans cesse ; » c'est par ces issues que la vapeur du vin s’évapore en un » instant. »
Par quelle raison donc accorder aux moines ce qu’on refuse au sexe le plus faible ? Quelle est donc cette folie de tolérer l’usage du vin chez ceux à qui il peut nuire davantage, et de le refuser aux autres ? Quoi de plus insensé que de permettre aux personnes de notre état ce qui est le plus con-
1 Ep. 22,
traire à la religion et ce qui éloigne le plus de Dieu ? Quoi de plus imprudent que de ne pas s'abstenir, pour la perfection chrétienne, de ce qui est interdit aux rois et aux prêtres de l’ancienne Loi; bien plus, d’en faire ses plus grandes délices ? Quelqu'un ignore-t-il tout le soin que les ecclésiastiques et les moines mettent actuellement à remplir leurs celliers de différentes sortes de vins ; à y mêler des herbes, du miel et d’autres ingrédiens qui les enivrent d’autant plus aisément, qu'ils boivent avec plus de plaisir, et qui les excitent d'autant plus aux passions qu'ils sont plus exaltés par le vin? N'est-ce pas tant une erreur qu’une fureur, si ceux que leur profession oblige à la continence, ne font rien pour conserver leur vœu, ou , pour mieux dire, font tout pour le rompre ? Leurs corps, en effet, sont retenus dans les cloîtres, mais leur cœur est plein de libertinage , et leur âme s’embrase pour la fornication. L'Apôtre, dans sa lettre à Timothée, lui dit : « Ne buvez » pas encore d’eau, mais usez d’un peu de vin, à cause de » votre estomac et de vos fréquentes faiblesses. » C'est à cause de sa faiblesse qu’un peu de vin lui est permis; car ik est certain qu'en santé il n’en boirait pas. Si nous professons la vie apostolique; si nous nous engageons dans un état de pépitence, et que nous nous proposions de fuir le siècle, pourquoi donc faire nos délices de ce qui est absolument contraire à ce pieux dessein et de ce qu'il y a de plus délectable dans tous les alimens? Saint Ambroise, ce grand peintre de la Pénitence , ne blâme que le vin dans la nourriture des pénitens , en disant : ! « Qui peut croire que l’on fait pénitence, » lorsqu'on a l'ambition de posséder des charges, lorsqu'on » boit du vin en abondance et que l’on use des droits du ma- » riage ? Il faut renoncer au siècle. Il est plus aisé de trou- » ver des hommes qui aient conservé leur innocence, que » d'en trouver qui aient fait une sincère pénitence. » Et dans