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Les tombes célèbres ont aussi leurs révolutions.
Abélard et Héloïse ont été troublés et agités dans la mort, comme ils l'avaient été dans la vic. Le tableau de ces révolutions funèbres pourra ne pas paraître sans intérêt.
Les religieux du prieuré de Saint-Marcel, jaloux de conserver les cendres de l'homme le plus célèbre du xne siècle, renfermèrent son corps dans un tombeau de pierre gypseuse,
‘monument d’un style fort simple et d’un travail grossier !, et
qui, d'abord placé dans la chapelle de l’infirmerie, fut ensuite wansporté dans l’église du monastère. M. Boisset, médecin de Châlons-sur-Saône, dit, dans une lettre écrite à Alex. Lenoir, en s'appuyant du témoignage de deux auteurs estimés el véridiques, que Pierre-le-Vénérable, cédant aux instantes prières d'Héloïse, se rendit, dans les premiers jours de novembre 1142, au prieuré de Saint-Marcel, sous prétexte d’y faire une visite, en sa qualité d’abbé directeur; que, pour éviter l'opposition des moines et la résistance qu’il prévoyait, il profita du silence de la nuit et du sommeil de ses frères, pour enlever le corps d’Abélard, et qu'il partit rapidement avec ce dépôt pour se rendre au Paraclet, qù il arriva le 46 du même mois * c’est ce qui explique pourquoi le vénérable abbé écrivait à Héloïse, et répétait dans la sentence d’absolution d'Abélard, qu'il avait enlevé furtivement (furtim) le corps du fondateur du Paraclet. M. Boisset ajoute que, lors de la suppression des couvens, Je monument sépulcral d’Abélard était passé dans une ferme de campagne, où il était destiné à un usage domestique (à servir d’auge peut-être), lorsqu'il en fit l'acquisition, et en décora un jardin qu’il avait dans Ja commune même de Saint-Marecl.
Depuis, il en fit don au Musée des monumens français. ?
* Azex. Lenorm, Notice historique sur les sépultures d’Héloise ct d’Abélard , 1815, in-8°.
* Le corps d’Abélard n’était resté que six à sept mois dans son premier sépülcre. M. Boisset dit, d’aprèsses deux auteurs estimés ct véridiques , qu’il ne nomme pas, qu’une maladie cutanée causa la mort d’Abélard : « Une maladie éruptive couvrit presque tout son » Corps ; il ne pouvait être assis ou couché... Tous les remèdes furent »sans succès, et les médecins conseillèrent un air plus salubre. »Son digne etestimable ami l’envoya alors à Saint-Marcel, près »Châälons.. Les commencemens parurent favorables au malade ; »les ulcères se fermèrent d'eux-mêmes et ne coulèrent plus. Le »Corps repril sa première fraîcheur. Mais ce qui avait paru lui don-
Héloe plaça les restes de son époux dans une chapelle qu’Abélard avait fait construire, dont une partie était dans le cloître, l’autre dans le chœur, et qu’on appelait le Petit Moustier. C'est là que, dans les heures silencieuses de la nuit, et lorsque le Sommeil était entré dans les cellules de ses compagnes, Héloïse venait pleurer celui qu'elle avait tant aimé. Et, après vingt ans de deuil et de regrets, elle alla reposer avec lui dans le même tombeau.
En 1497, le cercueil des deux amans fut transféré du Petit Moustier dans la grande église de l’abbaye. Mais alors une piété sévère voulut séparer ce que la mort avait réuni. Les ossemens d’Abélard et ceux d’Héloïse furent mis dans deux tombes placées aux deux côtés du chœur. Cependant le temps avait mêlé les cendres des deux amans, et leurs os purent seuls être distingués.
En 1630, Marie de La Rochefoucauld, vingt-troisième abbesse du Paraclet ! fit transporter les deux tombes dans la. chapelle de la Trinité. |
En 1766, Marie de Roye de La Rochefoucauld, vingt-sixième abbesse, conçut le projet d’un monument qui ne fut érigé qu'après sa mort. On y voyaitle groupe en pierre de la Trinité qu'Abélard avait fait sculpter luf-miême dans le xrr° siècle.
Enfin, en 1779, Charlotte de Roucy (La Rochefoucauld), dernière abbesse du Paraclet, fit graver, sur un marbre noir, une épitaphe qu'on croit avoir été rédigée par Marmontel, et qui prouve que les corps des deux amans avaient été réunis de nouveau dans un seul monument. ?
»ner la santé, fut pour lui la cause de la mort. La subtilité de l’air sayant répercuté l’éruption cutanée, la fixa sur les organes instefnes, etc. »
* Le Paraclet a cu, depuis Héloïse, vingt-six abbesses, et, dans ce nombre, on remarque des Coligny, des Turenne, des Rohan- Cbabot ; et, par une singularité rare dans l’histoire monastique , les cinq dernières abbesses, depuis 1630 jusqu’en 1790, ont élé cinq danes de La Rochefoucauld.
j Hic Sub eodem marmore jacen,
En 479%, le Paraclet allait être vendu comme ‘domaine
national. Le 9 novembre, les autorités de Nogent procédèrent solennellement à l'extraction des corps d’Héloïse et d’Abélard, et leur translation dans l’église de cette ville fut faite processionnellement par le clergé et par les magistrats. Le curé, .Dominique-Antoine Mesnard, prononça un discours funèbre; des vers furent Jus; on apporta des couronnes, et les reliques : des deux amans reposèrent dans le caveau de la chapelle de Saint-Léger. Un procès-verbal et une inscription, qui fut gravée sur cuivre, constatèrent qu'à cette cérémonie simple et touchante avaient assisté les administrations du district de Nogent, le maire et le procureur-syndic de la municipalité, les juges et le commissaire national près le tribunal civil, les juges de paix tntrà el extra muros, le curé, etc.
Sept ans s'étaient écoulés, lorsque Lucien Bonaparte, minis-
tre de l’intérieur, ordonna, dans les premiers temps du Con- . sulat, le 27 ventôse an vu (16 février 1800), que les restes d’Abélard et d'Héloïse seraient portés dans le Musée des monumens français. Le créateur de cet établissement vraiment national, Alexandre Lenoir, se rendit à Nogent, et, le 23 avril, le sous-préfet et le maire lui remirent le cercueil où les deux corps étaient renfermés, mais séparés par une lame de plomb. Le procès-verbal constate que le cercueil ayant été ouvért à la sous-préfecture, le crâne d’Abélard ne fut pas trouvé entier, mais que la tête d'Héloise était complete. !
Hujus monasterii Conditor Petrus Abælardus Et abbalissa Heloissa.
Olim studio, ingenio, amore, infaustisnupliis, Etpœænitentia, »
Nunc ætcrna, quod speramus, felicitate Conjuncti, Petrus Abælardus obiit xx prima aprilis, anno M. €. XLII. Heloïssa, xvis maii M. G. LXIIL Curis Carolæ de Roucy, Paracleti abbalissæ.