M. DCC. LXXIX
‘ « L'une des parties contenait les restes d’Abélard, consistant
Delaunaye, auteur d’une vie d'Abélard, impriniée en 4795, rapporte qu'il avait examiné, avec soin, les os d’Abélard et d'Héloise, et que de cette inspection il résultait que les deux corps avaient été « d’une grande stature et de belles proportions. » .
Alexandre Lenoir dit avoir fait la même remarque ; il ajoute : « La tête d'Héloïse est d'une belle proportion; son front, d’une forme coulante, bien arrondie et en harmonie avec les autres parties de la tête, exprime encore là beauté parfaite. »
Delaunaye raconte que, tandis que les restes d'Héloïse et d’Abélard étaient déposés dans l’église de Nogent, {l a été offert plusieurs fois des sommes énormes, jusqu’à mille écus, pour avoir une seule dent d’Héloïse; et il ajoute : Je n’a pas besoin de dire que c’étaient des Anglais qui ont fait de pareilles offres.
Le fondateur du Musée des Monumens français conservait dans son cabinet des fragmens de vertèbres et des dents d'Héloise et d’Abélard. Il voulut bien partager avec moi ces reliques, et me donna un écrit, signé de lui, qui constate leur authenticité. È
Le cercueil en plomb des deux amans, deux épitaphes, et la picrre creusée de Saint-Marcel qui renferma , pendant quelques mois, le corps d'Abélard, voilà tout ce qui fut transporté
à Paris. Les monumens du Paraclet ont été détruits. Ainsi la
chapelle sépulcrale où Lenoir renferma les restes d’Abélard et d'Héloïse n’est point leur antique tombeau. Il dit lui-même, dans sa Description du Musée, ? qu'il l’a fait construire avec les débris d’une chapelle de Saint-Denis; et dans sa Notice historique , 3 que celte chapelle x été eonstruile avec les débris du
‘en divers ossemenñs, parmi lesquels on distinguait particulière- » ment des portions de fémur, de tibia, plus les côtes, les vertèbres, set entre autres une grande portion du crâne et de la mâchoire inférieure ; l’autre partie renfermait également les restes d’Hé- »loïse, parmi lesquels on remarquait particulièrement une tête » complète , la màchoire inféricure en deux parties, des ossemens » de cuisses, de jambes ct de bras, conservés dans leur entier. »
* Sixième édition , an x (1801).
21815 ,in-8°. |
- cloître du Paraclet. ! I n'y a de vrai dans ce monnment que le tombeau de Saint-Marcel, resté long-temps orphelin ,.et dans lequel, dit Lenoir, j'ai déposé moi-même les ossemens des célèbres amans du xu1° siècle. Les efligies couchées sur le tombeau n’ont point été sculptées à cette époque.
Îl ne reste aucune image authentique des deux illustres personnages, qui furent, un moment, le flambeau des lettres et de la philosophie dans les longues ténèbres du moyen âge.
Tous les historiens de Paris, qui ont parlé de ses antiquités, citent deux médaillons d’Abélard et d'Héloise qu'on voit encore “dans la petite cour d'une ancienne et chétive maison du cloître Notre-Dame. Une inscription fait connaître que c'était la demeure d'Héloïse, la maison canoniale de Fulbert. * Mais tont annonce que ces deux médaillons, incrustés dans le mur, sont bien postérieurs au temps où vécut Fulbert. Et, d’ailleurs, cet homme vindicatif eût-il voulu faire à sa victime l’insigne honneur de placer, chez lui, son image en regard de celle d'Héloïse ! D'ailleurs, encore , Alexandre Lenoir a reconnu que l'artiste avait donné à Héloïse un costume en usage dans le commencement du dix-seplième siècle ; et les moustaches du docteur Abélard, et le manteau à la romaine dont il est affublé, prouvent surabondamment qu? les deux médaillons sont l'ouvrage d’un sculpteur moderne et par trop ignorant.
N'ayant donc pu se procurer des types sûrs de ces personnages, Lenoir nous apprend qu'il fit mouler leur tête de mort ; ct c'est d'après ces moules que le statuaire de Senne a fait les deux bustes d'Héloïse ct d'Abélard. La statue d’'Héloise, qu'on voit couchée à côté d’Abélard est; dit Lenoir, une figure de femme sculplée de ce temps-là, à laquelle j'ai fait mettre le masque d’Hélofse.
* N résulte de cette apparente contradiction que la chapelle monuimentlale a été construite avec des débris du Paraclet et des débris de Saint-Denis.
* Cette maison appartenait titulairement , en 1789 , à l’abbé de Ea Jage, chanoine de la métropole, el prédicateur assez renommé,
ARBÉLARD ET HÉLOISE. 191
La description du monument , tel qne cet ami zélé de Ja gloire nationale et des arts Je fit CHétriire, a été publiée par lui, et on la lit avec intérêt.
En 1801, la chapelle monumentale fut . dans les jardins du Musée, où les nationaux et les étrangers allaient la visiter avec empressement et non sans émotion. Mais dans cet Élysée même, Abélard et Héloïse n’ont pu trouver leur dernier repos. En 1815, la restauration donna au Mont-de-Piété le petit terrain qu'occupait la tombe. et il fallut la déplacer! Mais une révolution l’attendait encore. É ”
La France était fière d’un Musée qui présentait, disposés siècle par siècle, une foule de monumens de son histoire. L’étranger nous enviait cet établissement, dont la pensée avait été grande, dont la création fut le seul moyen de préserver, d’une dispersion ou d’une destruction inévitable , les chefsd'œuvre des arts, des pierres et des marbres qui avaient leur éloquence et l'empreinte de tant de siècles !..... Mais on était pressé de rendre à Saint-Denis des tombeaux déserts; mais des curés et des marguillicrs faisaient des réclamations pour leurs églises. Un zèle exalté criait à la profanation, quelques vils intérêts d'artistes jaloux élevaient aussi une voix sacrilége, et la Restauration supprima le véritable Musée national de la France... Les Cosaques l'avaient respecté !
Alors le tombeau d’Abélard et d’Héloïse fut transporté au cimetière du Père La Chaise, où on le voit sans cesse parsemé de couronnes d’immortelles, tribut touchant, payé encerc , après tant de siècles, à la mémoire des deux amans, par l'amante scnsible ou par l'amant malheureux.