‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 12 sur 64 · HÉLOISE A ABÉLARD · texte numérisé non relu

HÉLOISE A ABÉLARD

SOMMAIRE

Héloïse, amante, puis épouse d'Abélard et placée par lui à la tête du monastère du Paraclet. dont il avait jeté les fondements avec l'assistance de ses disciples, ayant lu la lettre qu'il avait adressée à un ami, lui écrit pour le prier de lui faire connaitre les dangers qu'il court ou le salut dont il jouit, afin qu'elle puisse s'associer soit à sa peine, soit à sa joie. Elle lui demande avec instances pourquoi il ne lui a plus écrit depuis qu'elle a prenoncé ses vœux, quand auparavant il lui adressait tant de lettres d'amour. Elle lui rappelle leur passion d'autrefois, passion charne!le et honteuse; clle lui expose ses sentiments d'aujourd'hui, sentiments spiriluels ct purs, et elle se plaint avec amertume qu'il n'y réponde pas.

la lettre est celle d'une femme : les élans passionnés, les gémissements, les plaintes y abondent; on y sent aussi une imagination nourrie d'une exubérante érudition.

À son maitre, ou plutôt à son père; à son épour, ou plutôt à son frère; sa servante, ou plutôt sa fille ; son épouse, ou plutôt sa sœur; à Abélard, Heloise..

[. La lettre que vous avez, mon bien-aimé, adressée à un ami pour le consoler, un hasard l'a fait venir dernièrement jusqu'à moi. Au seul caractère de la suscription reconnaissant qu'elle était de vous, je la dévorai avec une ardeur égale à ma tendresse pour celui qui l'avait écrite : si j'avais perdu sa personne, ses paroles du moins allaient me rendre en partie son image. Hélas! chaque ligne, pour ainsi dire, de cette lettre encore présente à ma mémoire était pleine de fiel et d'absinthe, car elle retraçait la déplorable histoire de notre conversion et de vos épreuves sans merci ni tréve, à mon bien supréme.

Vous avez bien rempli la promesse qu'en commencant vous faisiez à votre ami : ses peines, au prix des vôtres, il a pu s'en convaincre, ne sont rien ou peu de chose. Après avoir rappelé les persécutions dirigées contre vous par vos maitres, et les derniers outrages làchement infligés à votre corps, vous avez peint l'odieuse jalousie et l'acharnement passionné dont vos condis-

execrabilem invidiam, et infestationem nimiam stylum contulisti. Quorum quidem suggestionibus quid de glorioso illo theologiæ tus; opere; quid de te ipso quasi in carcere damnato actum sit non prætermisisti. Inde ad abbatis tui fratrumque falsorum machinationem accessisti, et detractiones illas tibi gravissimas duorum illorum pseudoapostolorum a prædictis æmulis in te commotas, atque ad scandalum plerisque subortum de nomine Paracleti oratorio preter consuetudinem imposito; denique ad intolerabiles illas et adhuc continuas in te persecutiones, crudelissimi scilicet illius exactoris, et pessimorum, quos filios nominas, monachorum profectus, iniserabilem historiam consummasti.

Qui cum siccis occulis neminem vel legere vel audire posse æstimem, tanto dolores meos amplius renovarunt, quanto diligentius singula expresserunt et eo magis auxerunt, quo in te adhuc pericula crescere retulisti ; ut omnes pariter de vita tua desperare cogamur, et quotidie ultimos illos de nece tua rumores trepidantia nostra corda et palpitantia pectora expectent.

Per ipsum itaque, qui te sibi adhuc quoquo modo protegit, Christum obsecramus, quatenus ancillulas ipsius et tuas, crebris litteris de his, in quibus adhuc fluctuas, naufragiis certificare digneris ; ut nos saltem quee "tibi sole remansimus, doloris vel gaudii participes habeas. Solent etenim dolenti nonnullam afferre consolationem qui condolent, et quodlibet onus pluribus impositum levius sustinetur, sive defertur. Quod si paululum hec tempestas quieverit, tanto amplius maturandæ sunt littere, quanto sunt jucundiores future. De quibuscunque autem nobis scribas, non parvum nobis remedium conferes; hoc saltem uno, quod te nostri memorem esse monstrabis.

IT. Quam jucundæ vero sint absentium litterze amicorum, ipse nos, exemplo proprio, Seneca docet, ad amicum Lucilium quodam loco sic scribens !: « Quod frequenter mihi scribis, gratias ago. Nam quo uno modo potes te mihi ostendis. Nunquam epistolam tuam accipio, quin protinus una simus. Si imagines nobis amicorum absentium jucunde sunt, quæ memoriam renovant, et desiderium absentiæ falso atque inani solatio levant, quanto jucundiores sunt littere, qua amici absentis veras notas afferunt ? » Deo autem gratias, quod hoc saltem modo presentiam tuam nobis reddere nulla invidia prohiberis, nulla difficultate præpediris : nulla, obsecro, negligentia retarderis.

Scripsisti ad amicum prolixe consolationem epistolæ, et pro adversitatibus

! Épit. 40,

ciples aussi, Albérie de Reims et Lotulfe de Lombardie, vous ont poursuivi. Vous n'avez oublié ni ce que leurs cabales ont fait de votre glorieux ouvrage de théolegie, ni ce qu'elles ont fait de vous-méme, condamné à une sorte de prison. De là vous arrivez aux menées de votre abbé et de vos perfides frères, aux affreuses calomnies de ces deux faux apôtres déchainés contre vous par ces indignes rivaux, au scandale soulevé dans la foule à propos du nom de Paraclet donné, contre l'usage, à votre oratoire; enfin, arrivant aux vexations intolérables dont votre vis aujourd'hui encore n'a pas cessé d'être l'objet, de la part de ce persécuteur impitoyable et de ces méchants meines que vous appelez vos enfants, vous avez mis le dernier trait à ce déplorable tableau.

Je doute que personne puisse lire ou entendre sans pleurer le récit de tells épreuves. Pour moi, il a renouvelé mes douleurs avec d'autant plus de volence que le détail en était plus exact et plus expressif; que dis-je ? il les a augmentées en me montrant vos périls toujours croissants. Voilà donc tout votre troupeau réduit à trembler pour votre vie, et chaque jour nos cœuis émus, nos poitrines palpitantes attendent pour dernier coup la nouvelle de votre mort.

Aussi nous vous en conjurons, au nom de celui qui, pour son service, semble encore vous couvrir de sa protection ; au nom du Christ, dont nous sommes, ainsi que de vous-mème, les bien petites servantes, daignez nous: écrire fréquemment et nous dire les orages au sein desquels vous êtes encore ballotté ; que nous du moius, qui vous restons seules au monde, nous puissions partager vos peines et vos joies. D'ordinaire, la sympathie est un alléeément à la douleur, et tout fardeau qui pèse sur plusicurs est plus léger à soutenir, plus facile à porter. Que si la tempéte vient à se calmer un peu, hàtez-vous d'autant plus d'écrire que les nouvelles seront plus agréables à recevoir. Mais, quel que soit l'objet de vos lettres, elles ne peuvent manquer de nous faire un grand bien, par cela seul qu'elles seront une preuve que vous ne nous oubliez pas.

Il. Combien sont agréables à recevoir les lettres d un ami absent, Sénèque nous l'enseigne par sou propre exemple dans le passage où il écrit à Lucilius : Vous m'écrivez souvent, et je vous cn remercie ; vous vous montrez ainsi à moi de la seule manière qui vous soit possible; je ne reçois jamais une de vos lettres qu'aussitót nous ne soyons ensemble. Si les portraits de nos amis absents nous sont doux, s'ils ravivent leur souvenir, et, — vaine et trompeuse consolation, — allé;ent le regret de leur absence, combien plus douces sont les lettres qui nous apportent l'empreinte véritable de l'ami absent. » Grâce à Dieu, ce moyen vous reste encore de nous rendre votre présence ; l'envie ne vous l'interdit pas; rien ne s'y oppose : que ce ne soit point de vous, je vous en supplie, que viennent les néglisences et les retards.

Vous avez ecrit à votre ami une longue lettre de consolation, en vue de ws malheurs sans doute, mais c'est des vótres que vous lui parlez. Tandis

quidem suis, sed de tuis. Quas videlicet tuas diligenter commemorans, quum ejus intenderes consolation, nostræ plurimum addidisti desolationi, et dum ejus mederi vulneribus cuperes, nova quzdam nobis vulnera doloris inflixisti, et priora auxisti. Sana, obsecro, ipse quie fecisti, qui quæ alii fecerunt curare satagis. Morem quideni amico et socio gessisti, et tam amicili: quam societatis debitum persolvisti ; sed majore te debito nobis astriaxisi, quas non tam amicas quam amicissimas, non tam socias quam filias convenit nominari, vel si quod dulcius et sanetius vocabulum potest excegitari.

IIT. Quanto autem debito te erga eas obligaveris, non argumentis, non 1estimoniis indiget, ut quasi dubium comprobetur : et si omnes taceant, res ipsa clamat. Hujus quippe loci tu, post Deum, solus es fundator, solus Injus oratorii constructor, solus hujus congregationis ædificator. Nilil hie super alienum ædificasti fundamentum. Totum quod hic est, tua creatio est. Solitudo hec feris tantum, sive latronibus vacans, nillam hominum habitatiavem noverat, nullam domum habuerat. [n ipsis. cubilibus ferarum, in psis latibulis latronum, ubi nec nominari Deus solet, divinum erexisti tabernaculum, et Spiritus saneti proprium dedicasti templum. Xihil ad hoc ædificandum ex regum vel principium opibus intulisti, quum plurima. posses el maxima, ut quidquid fieret, tibi soli posset ascribi. Clerici sive scholares huc certatim. ad disciplinam. tuam confluentes omnia. ministrabant. necessaria ; et qui de beneficiis vivebant ecclesiasticis, nec oblationes facere noverant, sed suscipere, et qui manus ad suscipiendum non ad dandum habuerant, hic in oblationibus faciendis prodigi atque importuni fiebant.

Tua itaque, vere tua hxc est proprie in sancto proposito novella plantatio, cujus adhuc teneris maxime plantis frequens, ut proficiant, necessaria est irrigatio. Satis ex ipsa feminei sexus natura debili est haec plantatio, et est infirma, etiamsi non esset nova. Unde diligentiorem culturam exigit et frequentiorem, juxta illud Apostoli 1 : « Ego plantavi, Apollo rigavit, Deus autem incrementum dedit. » Plantaverat Apostolus atque fundaverat in fide per prædicationis suæ doctrinam Corinthios, quibus. scribebat. Rigaverat postinodum eos ipsius Apostoli discipulus Apollo sacris exhortationibus, el sic eis incrementum virtutuin divina largita est gratia.

Vitis aliene vineam, quam non plantasti, in amaritudinem. tibi con-

1 Corinth., I. a, 6.

que vous les rappelez avec exactitude pour le consoler, vous n'avez pas peu ajouté à notre désolation : en voulant panser ses blessures, vous avez ravivé en nous des plaies nouvelles et élargi les anciennes. Guérissez, je vous en conjure, les maux que vous avez faits, puisque vous prenez souci de soigner ceux qui sont faits par d'autres. Vous avez donné satisfaction à un ami, à un compagnon d'études; vous avez acquitté la dette de l'amitié et de la confraternité. Elle est bien plus pressante, l'obligation que vous avez contractée envers nous; car nous sommes, nous, non des amies, mais les plus dévouées des amies ; non des compagnes, mais des filles ; oui, c'est le nom qui nous convient, à moins qu'il s'en puisse imaginer un qui soit plus tendre et plus sacré.

IIl. Si vous pouviez douter de la grandeur de la dette qui vous oblige envers nous, ni les raisons ni les témoignages ne nous manqueraient pour l'établir. Düt tout le monde se taire, les faits parlent assez haut. Aprés Dieu, vous étes le seul fondateur de cet asile, le seul architecte de cet oratoire, le seul créateur de cette congrégation. Vous n'avez point bâti sur un fondement étranger. Tout ce qui existe ici est votre ouvrage. Cette solitude, jadis frequentée seulement par des bétes féroces et des brigands, n'avait jamais connu d'habitation humaine, n'avait Jamais vu de maison. C'est parmi des taniéres de bêtes féroces, parmi des repaires de brigands, là où d'ordinaire le nom de Dieu n'est pas méme prononcé, que vous avez élevé un divin tabernacle et dédié un temple au Saint-Esprit. Pour l'édifier, vous n'avez rien emprunté aux richesses des rois et des princes, auxquels vous pouviez tout demander, dont vous pouviez tout obtenir; vous avez voulu que rien de ce qui se ferait ne püt étre attribué qu'à vous. Ce sont les élèves et les écoliers qui, s'empressant à vos leçons, vous fournissaient toutes les ressources nécessaires. Ceux-là mêmes qui vivaient des bénéfices de l'Église, qui ne savaient guère que recevoir des offrandes et non en faire, ceux qui jusqu'alors avaient eu des mains pour prendre, non pour donner, devenaient pour vous prodigues et importuns dans leurs libéralités.

Elle est donc à vous, bien à vous, cette plantation. nouvelle dans le champ du Seigneur, cette plantation toute remplie de jeunes rejetons, qui, pour profiter, ne demandent qu'à être arrosés. Par la nature méme de son sexe, elle est débile ; nefüt-elle pas nouvelle, à ce titre seul, elle serait faible. Aus-i exige-t-elle une culture plus attentive et plus assidue, selon la parole de l'Apótre : « J'ai planté, Apollon a arrosé ; mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement. » L'Apôtre, par les enseignements de sa prédication, avait planté et établi dans la foi les Corinthiens auxquels il écrivait ; Apollon, son disciple, les avait ensuite arrosés par ses saintes exhortations, et c'est alors que la grace divine avait donné à leurs vertus de croître.

C'est vainement que vous cultivez cette vigne que vous n'avez pas plantée de votre main, et dont la douceur a tourné pour vous en amertume ; vos admonitions incessantes sont stériles, vos sacrés entretiens, inutiles. Songez

e 14 ABÆLARDI ET HELOISSÆ EPISTOLEÆ.

versam, admonitionibus spe cassis, et sacris. frustra. sermonibus. excolis. Quid tue debeas attende , qui sic curam. impendis alienze.. Doces et admones rebelles, nec proficis. Frustra ante. porcos divini eloquii mar- | garMas spargis. Qui obstinatis tanta impendis, quid obedientibus debeas considera. Qui tanta hostibus largiris, quid filiabus debeas meditare. Atque | ut cæteras omittam, quanto erga me te obligaveris debito, pensa : ut quod devotis communiter debes feminis, unice tuæ devotius solvas.

Quot autem et quantos tractatus in doctrina, vel exliortatione, seu etiam consolatione sanctarum feminarum saneti Patres consummaverint, et quanta eos diligentia composuerint, tua melius excellentia quam nostra parvitas novit. Unde non mediocri admiratione nostrz tenera conversionis initia tua jam dudum oblivio movit, quod nec reverentia. Det, nec amore nostri, nec sanctorum Patrum exemplis admonitus fluctuantem me et jam diutino moerore confeetam, vel sermone præsentem, vel epistola absentem consolari tentaveris. Cui quidem tanto te majore debito noveris obligatum, quanto te amplius nuptialis federe sacramenti constat esse astrictum ; et eo te magis mihi obnoxium, quo te semper, ut omuibus patet, immoderato amore complexa sum.

IV. Nosti, charissime, noverunt omnes, quanta in te amiserim, et quam miserabili casu summa et ubique nota proditio meipsam quoque milii tecum abstulerit, et incomparabiliter major sit dolor ex ammissionis modo quain ex danino. Quo vero major est dolendi causa, majora suut consolationis. adhibenda remedia, non utique ab alio, sed à teipso, ut qui solus es in causa dolendi, solus sis in gratia consolandi. Solus quippe es qui me contristare, qui me lætificare, seu consolari valeas. Et solus es qui plurimum in mihi debeas, et tunc maxime quum universa qua jusseris in tantum impleverim, ut quum te in aliquo offendere non possem, meipsam pro jussu tuo perdere sustinerem. Et quod majus est, dictuque mirabile, in tantam versus est amor insaniam, ut quod solum appetebat, hoc ipse sibi sine spe recuperationis auferret, quum ad tuam statim jussionem tam habitum ipsa quam animum immutarem : ut te tam corporis mei quam animi unicum possessorem ostenderem. Nihil unquam (Deus sit) in te nisi te. requisivi ; te pure, non tua concupiscens. Non matrimoni feedera, non dotes aliqua expectavi, non denique meas voluptates aut. voluntates, sed tuas, sicut ipse nosti, adunplere studui. Et si uxoris nomen sanctius ac validius. videtur, dulcius mihi semper extitit amicæ vocabulum ; aut, si non indigneris, concubine vel scorti; ut quo me videlicet pro te amplius humiliarem, ampliorem apud

à ce que vous devez à la vôtre, au lieu de consacrer ainsi vos soins à celle d'autrui. Vous enseignez, vous préchez des rebelles : peine perdue. Yainement vous semez devant des pourccaux les perles de votre divine éloquence; vous vous prodiguez à des àmes endurcies. Considérez plutót ce que vous devez à des cœurs dociles. Vous vous donnez à des ennemis ; pensez à cc que vous devez à vos filles. Et sans parler de mes sœurs, pesez le poids de la dette que vous avez contractée envers moi : peut-être mettrez-vous plus de zèle à vous acquitter vis-à-vis de toutes ces femmes qui se sont données à Dieu dans la personne de celle qui s'est donnée exclusivement à vous.

Combien de graves traités les saints Péres ont adressés à de saintes femmes pour les éclairer, pour les encourager, ou méme pour les consoler; quel soin ils ont mis à les écrire, votre science supérieure le sait mieux que notre humble ignorance. Quel n'est donc pas mon étonnement de voir que depuis longtemps déjà vous avez mis en oubli l'œuvre commencée à peine et encore mal assurée de notre conversion. Sentiment de respect pour Dieu, d'amour pour nous, exemples des saints Péres, rien, quand mon àme chancelle, quand le poids d'une douleur invétérée l'ccable, rien ne vous a inspiré Ja pensée de venir me fortifier par vos entretiens, ou du moins de me consoler de loin par une lettre! Et cependant, vous ne l'ignorez pas, l'obligation qui vous lie envers moi, le sacrement du mariage, nous enchaine l'un à l'autre : nœud d'autant plus étroit pour vous que je vous ai tou- : jours aimé, à la face du ciel et dela terre, d'un amour sans bornes.

IV. Vous savez, mon bien-aimé, et nul n'ignore tout ce que j'ai perdu en vous; vous savez par quel déplorable coup l'indigue et publique trabison dont vous avez été vielime m'a retranchée du moude en méme temps que vous-même, et que ce qui cause incomparablement ma plus grande douleur, c'est moins la manière dont je vous ai perdu que de vous avoir perdu. Plus poignante est ma peine, plus elle réclame de puissantes consolations. Au moins n'est-ce point un autre, c'est vous, vous, seul sujet de mes souffrances, qui pouvez seul eu ètre le consolateur. Unique objet de ma tristesse, il n'est que vous qui puissiez me rendre la joic ou m'apporter quelque soulagement. Vous êtes le seul pour qui ce soit un pressant devoir : car toutes vos volontés, je les ai aveuglément accomplies. Ne pouvant vous résister en rien, j'ai eu le courage, sur un mot, de me perdre moi-même. J'ai fait plus encore : étrange chose! mon amour s'est tourné en délire; ce qui était l'uuique objet de ses ardeurs, 11 l'a sacrifié sans espérance de le recouvrer jamais. Par votre ordre, j'ai pris avec un autre habit un autre cœur, afin de vous montrer que vous éliez le maitre unique de mon cœur aussi bien que de mon corps. Jamais, Dieu m'en est témoin, je n'ai cherché en vous que vousmène; c'est vous seul, non vos biens que j'aimais. Je n'ai songé ni aux conditions du mariage, ni à un douaire quelconque, ni à mes jouissances, ni à mes volontés personnelles. Ce sont les vôtres, vous le savez, que j'ai eu à cœur de satisfaire. Bien que le nom d'épouse paraisse et. plus sacré et plus

"uam c

te consequerer gratiam, et sic etiam excellentiæ tux gloriam minus læ-

. derem.

Quod et tu ipse, tui gratia, oblitus penitus non fuisti, in ea, quam supra memini, ad Amicum epistola pro consolatione directa; ubi et rationes nonnullas, quibus te a conjugio nostro infaustis thalamis revocare conabar, exponere non es dedignatus, sed plerisque tacitis, quibus amorem conjugio, libertatem vineulo præferebam. Deum testem invoco, si me Augustus, universo præsidens mundo, matrimonii honore dignarelnr, totumque mihi orbem confirmaret in perpetuo præsidendum, carius nubi et dignius videretur tua dici meretrix, quam illius imperatrix. Non enim quo quisque ditior sive potentior, ideo et melior ; fortunz illud est, lioc virtutis.

| Necse minime venalem æstimet esse quie libentius ditiori quam pauperi 'nubit, et plus in marito sua quam ipsum concupiscit. Certe quamcunque ad ;nuptias hee concupiscentia ducit, merces ei polius quam gratia debetur.

. Certum quippe est eam res ipsas, non hominem sequi, ct se, si posset, velle

prostituere ditiori. Sicut inductio illa Aspasiæ philosophie apud. socraticum Æschinem eum Xenoplionte et. uxore ejus habita manifeste convincit. Quam quidem inductionem quum predicta. philosophia ad. reconciliandos invicem illos proposuisset, tali fine ipsam conclusi : « Quia nisi hoc peregeritis, ut neque vir melior, neque femina in terris lectior sit, profecto semper id quod optimum putabis esse multo maxime requiretis, ut et tu maritus sis quam optimæ, et hiec quam optimo viro nupta sit. » Sancta profecto hæc ct plus quam philosophica est sententia, ipsius polius sophie quam philosophie dicenda. Sanctus hic error, et beata fallacia in conjugatis, ut perfecta dilec-

' tio illesa custodiat matrimonii. federa non tam corporum. continentia, ; quam animorum pudicitia.

V. At quod error ceteris, veritas mihi manifesta contulerat, quum quod ille videlicet de suis æstimarent maritis, hoc ego de te, hoc mundus universus non tam crederet quam sciret ; ut tanto verior in te meus amor existeret, quanto ob errore lougius absisteret. Quis ctenim regum aut philosophorum tuam exæquare famam poterat ? Quæ te regio, aut civitas, seu villa videre non zstuabat? Quis te, rogo, in publicum procedentem conspicere non festinabat, ae discedentem collo erecto, oculis directis non insectabatur? Qux conjugata, quie virgo non concupiscebat absentem, et non exardebat in præsentem? Qua regina vel præpotens femina gaudiis meis non invidebat vel thalamis ?

fort, un autre a toujours été plus doux à mon cœur, celui de votre maitresse, ou méme, laissez-moi le dire, celui de votre concubine et de votre fille de joie ; il me semblait que, plus je me ferais humble pour vous, plus je m'acquerrais de titres à votre amour, moins j'entraverais votre glorieuse destinée.

Vous-méme, en parlant de vous, vous n'avez pas tout à fait oublié ces sentiments dans votre lettre de consolation à un ami. Vous n'avez pas dédaigné de rappeler quelques-unes des raisons par lesquelles je m'efforcais de vous détourner d'un fatal hymen, mais vous avez passé sous silence presque toutes celles qui me faisaient préférer l'amour au mariage, la liberté à une chaîne. J'en prends Dieu à témoin, Auguste, le maitre du monde, m'eüt-il jugée digne de l'honneur de son alliance et à jamais assuré l'empire de l'univers, le nom de courtisane avec vous m'aurait paru plus doux et plus noble que le nom d'impératrice avec lui ; car ce n'est ni la richesse ni la puissance qui fait la grandeur : la richesse et la puissance sont l'effet de la fortune; la grandeur dépend du mérite.

C'est se vendre, que d'épouser un riche de préférence à un pauvre, que de chercher dans un époux les avantages de son rang plutót que lui-méme. Certes, celle qu'une telle convoitise conduit au mariage mérite d'étre payée plutót qu'aimée ; car il est clair que c'est à la fortune qu'elle est attachée, non à la personne, et qu'elle n’eût demandé, l'occasion échéant, qu'à se prostituer à un plus riche. Telle est la conclusion évidente du raisonnement de la sage Aspasie dans son entretien avec Xénoplion et sa femme, entretien rapporté par Eschine, disciple de Socrate. Cette. femme plulosophe, qui s'était proposé de réconcilier les deux époux, conclut en ces termes : « Dès le moment que vous aurez réalisé ce point, qu'il n'y ait pas sur la terre d'homme supérieur, ni de femme plus aimable, vous n'aurez d'autre ambition que le bonheur qurvous paraîtra le bonheur suprême : vous, d'être le mari de la meilleure des femmes; vous, la femme du meilleur des maris. » Sainte morale assurément et plus que philosophique. Ou plutôt, non, ce n'est pas la philosophie qui parle, c'est la sagesse mème! Sainte erreur, heureuse tromperie entre des époux, quand une sympathie parfaite garde intacts les liens du mariage, moins par la continence des corps que par la pudeur des ames!

V. Mais ce que l'erreur persuade aux autres femmes, la vérité la plus claire ine l'avait démontré. En effet, c@ qu'elles seules pouvaient. penser de leur époux, le monde entier le pensait de vous ; que dis-je? le savait de vous corume moi-même ; en sorte que mon amour pour vous était. d'autant plus sincère, qu'il était plus loin de l'erreur. Était-il, en effet, un roi, un pliilosophe, dont la renommée püt être égalée à la vôtre? Quelle contrée, quelle eité, quel village n'était agité du désir de vous voir? Paraissiez-vous en public, qui, je le demande, ne se précipitait pour vous voir; qui, lorsque vous vous reliriez, ne vous suivait le cou tendu, le regard avide? Quelle épouse, quelle fille ne brülait pour vous en votre absence, et ne s'embrasait à votre vue? Quelle reine, quelle princesse n'a point envié et mes joies et mon lit?

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78 ABÆLARDI ET HELOISSAE EPISTOLE. .

Duo autem, fateor, tibi specialiter. inerant , quibus feminarum quarumlibet animos statim allicere poteras : dictandi videlicet, et cantandi gralia; quie cæleros minime philosophos assecutos esse novimus. Quibus quidem, quasi ludo quodam, laborem exercitii recreans pliilosophici, pleraque anatorio metro vel rhythmo composita reliquisti carmina, que prz nimia suavitate tam dictaminis quam cantus sæpius frequentata, tuum in ore omniun nomen incessanter tenebant : ut etiam illitteratos melodiæ dulcedo lui non sineret immemores esse. Alque hine. maxime in amorem tui feminæ suspirabant. Et quum horum pars 1naxima carminum nostros decantaret amores, multis me regionibus brevi tempore nuntiavit, el multarum in ne feminarum accendit invidiam.

Quod enim bonum anii vel corporis tuam non exornabat adolescentiam? Quam tune mihi invidentem, nune tantis. private deliciis compati calamitas niea non compellat ? ue vel quam, licet hostem primitus, debita copatio mihi nunc non emolliat ! Quæ plurimum nocens, plurimum, ut nosti, sum innocens. Non enim rei cffectus, sed efficientis affectus in crimine est; nec qua fiunt, sed quo animo fiunt, æquitas pensat # Quem autem animum in

te semper habuerim, solus qui expertus es judicare potes. Tuo examini

cuncta committo, tuo per omnia cedo testiinonio.

VI. Die unun, si vales, cur post conversionem nostram, quam tu solus facere decrevisti, in tantam tbi negligentiam atque oblivionem venerim, ut nec eolloquio præsentis recreer, nec absentis epistola consoler : dic, inquam, si vales, aut ego quod sentio, imo quod omnes. suspicantur dicam. Concupiscentia te mihi polius quam. amicitia. sociavit, libidinis ardor potius quam amor. Ubi igitur quod desiderabas cessavit, quidquid propter hoc exhibebas pariter evanuit. Hæe, dilectissime, non tam mea est quam omnium conjectura, non tam specialis quam communis, non tam privata quain publica. Utinam nuhi soli sic videretur, atque aliquos in excusationem sui amor tuus inveniret, per quos dolor meus paululum resfilevet. Utinam occasiones fingere

| possem, quibus, te excusando, mei quoquo modo tegerem vilitatem.

Attende, obsecro, qua requiro; et parva hiec videbis et tibi facillima. Duni lui præsentia fraudor, verborum saltem votis, quorum tibi copia est, tue mihi imaginis presenta dulcedinem. Frustra te in rebus dapsilem expecto, si in verbis avarum sustineo. Nunc vero plurimum a te ine proinereri credideram, quum onuia propter te compleverim, nunc in tuo maxime perse-

Vous aviez, entre tous, deux talents faits pour séduxe dés l'abord le cœur de toutes les femmes : le talent du poéte et celui du chanteur; je ne sache pas que jamais philosophe les iut possédés au méme degré. C'est grâce à ces dons que, pour vous délasser de vos travaux philosophiques, vous avez composé tant de vers et de chants d'amour qui partout répétés, à cause de Ja gràce sans égale de la poésie et de la musique, tenaient incessamment votre nom sur les lèvres de tout le monde ; la douceur seule de la mélodie empéchait les ignorants mémes de les oublier. C'était là surtout cc qui faisait soupirer pour vous le cœur des femmes. Et ces vers, célébrant en très-grande partie nos amours, ne tardérent pas à répandre mon nom en maints pays el à rendre plus vives bien des jalousies de femmes.

En ellet, quels avantages de l'esprit et du corps n'embellissaient votre Jeunesse? Parmi les femmes qui enviaient alors mon bonheur, en est-il une aujourd'hui, qui, me sachant privée de telles délices, ne compatirait à mon infortune? Quel est celui, quelle est celle dont le cœur, füt-ce le cœur d'un ennemi, ne s'attendrirait pour moi d'un juste sentiment de pitié?

ieu coupable sans doute, je suis aussi, vous le savez, bien innocente ; car le erime est dans l'intention, non dans le fait. Ce n'est pas l'acte en lui-inénie, c'est la pensée qui a inspiré l'acte, que pèse l'équiig//De quels sentiments j'ai toujours été animée pour vous, vous qui les avez éprouvés, vous pouvez seul en juger. Je remets tout eu votre balance, je m'abandonne à votre décision.

V. Bites-inoi seulement, st vous le pouvez, pourquoi, depuis ma retraite que vous seul avez décidée, vous en èles venu à me négliger, à m'oublier si bien, qu'il ne m'a été donné ni de vous entendre pour retremper mon courage, ni de vous lire pour me consoler de votre absence ; dites-le-inoi, je le répète, si vous le pouvez, ou Je dirai, mor, ee que Je pense et ce qui est sur les lèvres de tout le. monde. C'est la. concupiscence plutôt que la tendresse qui vous a attaché à mot, c'est l'ardeur des sens plutôt que l'amour; el voilà. pourquoi, vos désirs une fois &teints, toutes les démonstrations qu'ils inspiraient se sont évanouies avec eux. Cette supposition, mon. bienauné, n'est pas mienne, elle est celle de la foule; ce n'est. pas une opimon personnelle, c'est la pensée géuérale; ce n'est. pas un sentiment. parüculier, c'est l'idée de tout le monde. Plàt à Dieu qu'elle me fût propre, et que votre amour trouvât des défenseurs dont les arguments pussent faire tomber ma douleur! Plàt à Dieu que je. pusse imaginer des raisons pour vous excuser, et du même coup justifier votre servante |

Considérez, je vous en supplie, ce que je demande : c'est si peu de chose, el chose si facile, Ki votre présence m'est dérobée, que la tendresse de votre langage, — une lettre vous. coûte si peu, — me rende du moins la. doueeur de votre image. Puiz-je espérer de vous trouver libéral dans les choses, quand je vous vois avare de paroles? J'avais eru jusqu'ici m'élre assuré bien

go ABÆLARDI ET HELOISS.E EPISTOLE.

: verans obsequio. Quai quidem juveueula ad monastieæ conversationis

asperitatem: non religions devotio, sed tua tantum pertraxit jussio ; ubi si | nihil a te promerear, quam. frustra laborem dijudiea. Nulla. niihi super hoc j merces expectanda est à Deo, cujus adhue more niliil me constat ezisse.

Properantem te ad Deum. secuta. sum habitu, ino praecessit. Quas eniin memor uxoris Lolli retro converse, prius me sacris vestibus: et profes-1one monastica quam teipsum. Deo mancipasti. In. quo. fateor. uno. iniuus. de te me confidere vehementer dolut atque eruübui. Ego autem (feus scit) ad Vuleania loca te properantem precedere vel «equi. pro jussu. tuo inmnime dulitarem. Non enin inecum antmus meus, sed tecum erat. Sed et nune maxime Si tecuni non est, nusquam est. Esse vero sine fe nequaquam potest. Sed ut tecum bene sit, age, obsecro. Bene autem tecum fuerit, site propitium us venerit, si gratiam referas pro gratia, modica pro inagnis, verba pro rebus. Utinam, dilecte, tua de me dilectio minus. eonfideret, ut sollicitiur esset!

Sed quo te amplius nune securum reddidi, nezligentiorem sustineo.

Memento, obsecro, qua fecerim, et. quanta. debeas attende. Dum tecum earnali fricrer. voluptate, utrum id amore, vel libidine agevem, incertuim pluribus habebatur. Nune autem finis indicat quo id inchoaverin principio. Omnes denique nili voluptates interdixit, ut te parerem voluntati. Mliil mihi reservavi, nisi sie tuam nune. praecipue fieri. Quæ vero lua. sit imuquitas perpende, si merenti iinplius. persolvis tuinus, imo. nilul peuitus : praesertim quum parvum sit quod exigeris, et tibi facilliinum.

Per ipsum itaque, cui te obtulisti, Deum te obsecro, ut, quoquo. modo potes, tuam milii praesentiam reddas, consolationem videlieet mili aliquan rescribendo, hoc saltein. paeto, ut sic recreata divino. alaerier vaccin obscquio. Quum me ad temporales olim voluptates expeteres. erebeis me epistolis visitabas, frequenti carmiue tuam in ore omuium Heloissant ponebas. Me plateæ omnes, me domus singulæ resonabaut. Quauto autem rectius me nunc in Deum, quam tunc in libidinem exeitares ! Perpende, obsecro, quæ debes, atiende qua postulo; et longam epistolam brew fine concludo : vale, unice.

des titres à vos égards, ayant tout fait pour vous, et ne persévérant dans la retraite que pour vous obéir : car ce n'est pas la vocation, c'est votre volonté. oui, votre volonté seule qui, jeune, m'a jetée dans les austérités de la profession. monastique. Si vous ne m'en tenez aucun. compte, voyez combien le sacrifice aura été vain, car je n'ai point de récompense à attendre de Dieu; Je n'ai encore rien fait pour lui.

Lorsque vous êtes allé à Dieu, je vous ai suivi, que dis-je? je vous ai précédé ; comme si le souvenir de la femme de Loth et le regard qu'elle jeta derrière elle vous préoccupait, vous m'avez fait la première revêtir l'habit et prêter les vœux monastiques, vous m'avez enchainée à Dieu avant vousmême. Cette défiance, la seule que vous m'avez jamais témoignée, me pénétra, je l'avoue, de douleur et de honte ; moi qui, sur un mot, Dieu le sut, vous aurais, sans hésiter, précédé ou suivi jusque dans les abimes enflanunés des enfers! car mon cœur n'était plus avec moi, mais avec vous. Et si; aujourd'hui plus que jamais, il n'est pas avec vous, il n'est nulle part. Ou plutôt il ne peut être nulle part sans vous. Mais faites qu'il soit bien avec vous, je vous en supplie. Et il sera bien avec vous, s'il vous trouve bienveillant, si vous lui rendez amour pour amour, peu pour Leaucoup, des mots pour des choses. Plàt à Dieu, mon bien-aimé, que vous fussiez moins sûr de ma tendresse! vous seriez plus inquiet. Mais plus je vous ai donné de sécurité, plus j'ai encouru votre négligence.

Ali! rappelez-vous, je vous en supplie, ce que j'ai fait, et songez à ce que vous me devez. Tandis que je goûtais avec vous les plaisirs de la chair, on a pu se demander si c'était la voix de l'amour que je suivais ou celle du pliisir. On peut voir maintenant à quels sentiments j'ai, dés le principe, obét. Pour condescendre à votre volonté, j'en suis arrivée à m'interdice tous les plaisirs ; je ne me suis rien réservé de moi-même, rien que le droit de me faire toute à vous. Quelle injustice de votre part, voyez donc, si vous accordez de moins en moins à qui mérite de plus en plus, si vous refusez absolument tout, quand on vous demande si peu de chose et une chose si facile!

Au nom donc de celui auquel vous vous êtes consacré, au nom de Dieu méme, je vous en supplie. rendez-inoi votre présence, autant qu'il est possible, en m'envoyant quelques lignes de cousolation. Ni vous ne le faites à cause de moi, faites-le du moins pour que, puisant dans votre langage des forces nouvelles, je vaque avec plus de ferveur au service de Dieu. Quand jadis vos vœux ardents me conviaient aux voluptés du monde, vous me visiliez coup sur coup par vos lettres. et vos vers mettaient sans cesse le nom de votre Héloïse sur les lèvres de la foule; oui, c'était de mon nom que retentissaient toutes les places, de mon nom, toutes les demeures Combieu il serait mieux aujourd'hui d'exciter à l'amour de Dieu cell: que vous provoquiez alors à l'amour du plaisir! Encore une fots, je vous en supplie, pesez ce que vous devez, considérez ce que je demande, et je terinine d'un mot cette longue lettre : adieu, mon tout.

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