DEUXIÈME QUESTION D'HÉLOÏSE
Que signifie ce passage de l'épitre de saint Jacques : « Quiconque observe l'ensemble de la loi et la viole sur uu seul point, est aussi coupable que s'il la violait tout entière. Car celui qui a dit : tu ne seras point adultère, a dit aussi : tu ne tucras point. Si donc tu ne commets point d'adultére, mais que tu tues, tu seras transgresseur de la loi? »
Reponse d'Abélard.
La loi est l'ensemble de tous les commandements, et non l'un quelconque d'entre eux. Celui donc qui observe toute la loi, sauf en un point, est coupable comme s'illa violait tout entière, c'est-à-dire qu'il doit être condamné pour n'avoir pas observé tous les commandements, qui, je le répète, forment l'ensemble de la loi. En d'autres termes : bien qu'on n'accomplisse pas la loi pour en accomplir un seul commandement, on en devient le transgresseur, pour en transgresser un seul commandement. De là le développement donné par l'Apótre à sa pensée. Il viole la loi tout entière, celui qui la transgresse sur un point, pour avoir manqué à un commandement qui lui était imposé comme tous les autres. Et quand il ajoute : celui qui a dit : tu ne commettras point d'adultére, ce n'est pas une confirmation de la prémisse : il viole la loi tout entière. Ce qu'il veut dire, c'est qu'en transgressant la loi sur un seul point, il s'est. rendu coupable de la violer tout entière, c'est-à-dire qu'il doit être condamné pour avoir manqué de respect envers Dieu, eu. n'observant pas tous ses commandements. Dieu, en effet, qui a donné la loi, a prescrit tel commandement autant que tel autre, c'est-à-dire qu'il les à tous. prescrits, et non un quelconque d'entre eux. On devient donc transgresseur de la loi, en la transgressant sur un seul
418 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.
transgrediendo preceptum, ita fit reus omnium, sicut est expositum, ex hoc etiam damnandus, quod non omnia compleverit.
lPEOBLENA HELOISSE IIl.
Quid est quod sepe Dominus ab aliquibus interrogatus, respondens illis sigillatim dicat : « Tu dixisti, » vel : « Tu dicis, » nonnunquam etiani pluribus simul interrogantibus respondeat : « Vos dicitis, » tanquam hoc eos dixisse assereret, quod quasi dubitantes quærebant? Sic quippe Judæ interroganti : « Nunquid ego sum, Rabbi, qui te scilicet sum traditurus? » respondit : à Tu dixisti. » Et interrogatus a pontifice, an sit filius Dei, similiter respondit. Populo etiam quærenti : « Si tu. es Christus, dic nobis palam ; » vel : « Tu ergo es filius Dei? » respondit : « Vos dicitis, quia ego sum. » Denique et a præside, id est Pilato, inquisitus an sit rex Judæorum, respondit : « Tu dicis quia rex sum ego. » Quz profecto responsiones non immerito dubitationem. excitare videntur. Qui enim quærit utrum hoc sit, vel illud, nequaquam enuntiando dicit quod hoc sit vel illud ; sed quasi dubitando quærit utrum ita sit.
Solutio Abælardi.
Revera difficilem vel prorsus insolubilem hz responsiones Domini moverent quæstionem, si quod Dominus ait : « Tu dixisti, » vel : « Vos dicitis, » vel : « Tu dicis, » ad pracedentium interrogationum verba referret, ut in eis scilicet. hæc dicta fuisse assereret, quod nequaquam convenit. Quum ergo Judæ interroganti, an ipse sit, qui eum tradat, respondit : « Tu dixisti, » potius quam : « Tu dicis, » ad pactum illud respexit, quod jam ille cum Judæis inierat promittens se illis eum tradere cupiditate promisse pecuniæ. Quod vero principi sacerdotum interroganti an Christus sit filius Dei, respondit : « Tu dixisti, » sic est accipiendum, quod ille, qui eo tempore Christum, quem videbat, esse filium Dei negabat, sepius olim legem ac prophetas recitando id confessus fuerat. Quum autem Judæis interrogantibus an sit Christus, vel an sit filius Dei, respondit : « Vos dititis, » verbo scilicet præsentis temporis utens ad cos sicut et ad Pilatum, praesentem jam adesse diem significat, in quo id fateantur. Ubi enim illudentes ei dicebant : « Prophetiza, Christe, quis est qui te percussit? » vel : « Ave, rex Judæorum! » eum profecto Christum esse, hoc est unctum, quacunque intentione testabantur, in lioc fortassis prophetiam Caiphæ imitantes dicentis : « Expedit vobis ut unus moriatur homo, et non tota gens pereat. » Sed ct turbæ testimonio eum cum ramis palmarum suscipientis ipse et filius David est, juxta Matthieum : et in ipso regnum David venit, secundum Marcum : et benedictus
point. On est coupable de la violer tout entiérb, et par là méme condamnable, pour ne l'avoir pas tout entiére observée.
TROISIÈME QUESTION h'HÉLOÏSE.
Pourquoi le Seigneur répond-il souvent aux questions qui lui sont posées par quelqu'un de ses disciples : « Tu l'as dit, » ou « tu le dis. » et quelquefois méme, lorsque plusieurs l'interrompent à la fois : « Vous l'avez dit », comme s'il voulait montrer qu. ceux qui l'interrompent affirment euxmémes ce qu'ils ont l'air de mettre en doute par leur question? C'est ainsi qu'à l1 question de Judas : « Maitre, est-ce moi qui dois te livrer? » il répond : « Tu l'as dit. » C'est dans des termes semblables qu'il répond au prêtre qui lui demande s'il est le fils de Dieu. Au peuple méme qui lui pose cette question : « Si tu es le Christ, dis-le ouvertement, » ou : « Es-tu le Christ? » il répond : « Vous le dites, je le suis. » Enfin, quand le président Pilate, lui demande s'il est le roi des Juifs, il répond : « Tu le dis, je suis roi. » Ces réponses ne laissent pas de provoquer quelque doute. En effet, celui qui demande si telle chose est ceci ou cela, ne dit pas, en énoncant la chose, que ce soit ceci ou cela ; il demande ce qu'elle est, comme un homme qui est en peine.
Réponse d' Abélard.
Ces réponses du Seigneur seraient effectivement de nature à soulever une question difficile et tout à fait insoluble, si, quand le Seigneur répond : « Tu l'as dit, » ou « vous le dites, » ou « tu le dis, » sa réponse se rapportait aux termes de la question, en sorte qu'il eût l'air de déclarer que la réponse est comprise daus la question. Il n'en peut être, et il n'en est point ainsi. Quand donc, à la question de Judas, si c'est lui qui doit le livrer, il répond: € Tu l'as dit, r et non « tu le dis, »il fait allusion au pacte par lequel Judas s'était engagé vis-à-vis des Juifs à le livrer pour une somme d'argent. Au prince des prétres, lui demandant si le Christ est fils de Dieu, il répond : « Vous l'avez dit, » c'est-à-dire que lui, qui nisit alors que le Christ qu'il voyait fût le fils de Dieu, il avait reconnu auparavant et plus d'une fois qu'il était tel, en récitant la loi et les prophètes. Aux Juifs qui lui demandent s'il est le Christ ou s'il est le fils de Dieu, quand il répoud : « Vous le dites, » sous la forme d'un temps présent, il fait entendre, comme dans sa réponse à Pilate, que le jour est proche où ils le reconnaitront. Et lorsque, se moquant de lui, ils disaient : € Prophétise, Christ, qui est-ce qui t'a frappé? » ou bien : « Salut, roi des Juifs! » ne déclaraient-ils pas qu'il était le Christ, c'est-à-dire l'oint du Seigneur, imitant en cela la prophétie de Caiphe : « Il convient qu'un seul homme meure, et que le peuple tout entier soit sauvé? » Au témoignage de la foule elle-inéme, qui le suivait avec des rameaux de pal mier, il est le fils de David ; selon saint Mathieu, le royaume de David est venu avec lui; se'on saint Marc, béni est le roi qui est veuu ; suivant saint
420 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.
est rex qui venit, secundum Lucam; et denique, secundum Joannem, benedictus qui venit in nomine Domini rex Israel.
Quod nequaquam isti, per illusionem, sicut supradicti, sed ex fide dicebant. Tale est ergo quod Judæis ait : « Vos dicitis, » ac si diceret : multi adhuc inter vos sunt, qui hoc non solum ore proferant, sed et corde teneant. Etsi enim illi qui hoc interrogabant, nequaquam id dicerent, vel crederent, quum tamen dixit : « Vos dicitis, » non ad personas illas, quz aderant, sed ad populum ipsum respexit. Sic et libi quum ait Judæis de Zacharia : « Quem occidistis inter templum et altare, » nequaquam de illis, qui tunc erant, Judæis, sed de populo ipso, de quo erant, accipiendum est. Sic et Josue quum dicitur filios Israel secundo circumcidisse, non hoc in eisdem personis, sed in eodem populo constat eum fecisse.
Legimus quoque in hoc die Passionis, quod centurio, et qui cum eo erant custodientes Dominum crucifixum, quum expirasset, et viderent velum templi scissuin, et terre motum, et monumenta aperta, dixerunt : « Vere filius Dei erat iste. » Et omnis turba eorum, qui simul aderant ad spectaculum istud, et videbant quz fiebant, percutientes pectora sua revertebantur. Tale est ergo, ut diximus, quod Judæis quærentibus, an esset filius Dei, respondit : « Vos dicitis; » hoc est, jam presens dies vel tempus adest, in quo id de me confiteamini.
Similiter Pilato quærenti, an sit rex Judæorum, respondit : « Tu dicis, » potius quam : « Tu dixisti. » Homo quippe gentilis prophetias ignorabat, non ea legerat verba, ubi Christus fuerat promissus, et regnum ejus prophetatum juxta illud : « Et regni ejus non erit finis ; » vel illud : « Dicite, filiæ Sion, ecce Rex tuus venit ; » quod tamen ipso die Pilatus sæpius verbis asseruit, et in ipso titulo crucis scripto confirmavit. Ut emm Matthæus meminit, Judæis ait : « Vultis dimittam vobis regem Judzorum? » et iterum : « Regem ves- ' trum cruciligam ? » Qui etiam quun superius quæsisset a Domino : « Tu es rex Judæorum? » et ille respondisset : « À temetipso hoc dicis, an alii tibi dixerunt de me? » Rursum ait Pilatus : «a Nunquid ego Jndæus sum ? Gens tua et pontifices tradiderunt te mihi. » Ecce quoties et quam manifeste Pilatus eum regem profiteatur Judæorum, et ipsum populum Judæorum gentem ejus appellet : cui quum Dominus dixerit : «*À temetipso hoc dicis, » etc., tale est ac si diceret : queris hoc pro te ipso ut veritatem cognoscas, an dolo Judeorum, tanquam unus ex ipsis, ut me interficiendi occasionem hinc sumas ?
Denique et titulum Pilatus scribens, hoc quod dixerat verbis, scripto confirmavit trium linguarum, ut ab omnibus Hierosolymam convenientibus
[uc, et, enfin, selon saint Jean, béni est celui qui est venu au nom du Seigneur roi d'Israël.
Quand donc les Juifs tenaient ce langage, ce n'était point par ironie; ils croyaient à ce qu'ils disaient. Eu leur répondant : « Vous le dites, » c'était comme s'il eût dit : il en est plus d'un parmi vous qui tient ce langage, non du bout des lèvres, mais du fond du cœur. En effet, si ceux qui l'interrogeaient ne disaient pas la chose, ou ne croyaient pas à ce qu'ils disaient, en répondant : « Vous le dites, » ce n'est pas à eux personnellement, c'était au peuple tout entier qu'il s'adressait. Quand il dit ailleurs aux Juifs, au sujet de Zacliarie : « Celui que vous avez tué entre le temple et l'autel, » cela se doit entendre comme applicable, non à ceux des Juifs qui étaient là, mais au peuple tout entier dont ils faisaient partie. C'est ainsi qu'évidemment, lorsqu'on parle de la deuxième circoncision des fils d'Israël par Josué, il ne s'agit plus des mémes personnes, mais du méme peuple.
Nous lisous encore qu'au jour de la Passion, le centurion et ceux qui gardaient avec lui le Seigneur crucifié, voyant, au moment où il rendit l'àme, le voile du temple déchiré, la terre trembler, les tombeaux s'ouvrir, s'écriérent : « 1l était vraiment le fils de Dieu. » Et tous ceux qui assistaient au méme spectacle et voyaient ce qui s'accomplissait s'en retournaient se frappant la poitrine. Lors donc qu'aux. questions des Juifs : s'il est le fils de Dieu, il répondait : « Vous le dites, » cela signifiait : le temps, le jour est proche oà vous le reconnaitrez pour tel.
C'est dans le méme sens qu'à la question de Pilate : êtes-vous le roi des Juifs? il répond : « Vous le dites, » et non: « Vous l'avez dit. » Le gentil ignorait les prophéties, et n'avait pas lu les paroles où le Cnrist avait été promis et son régne annoncé, suivant le passage des prophétes : « Et son royaume n'aura pas de fin ; ou encore : « Chautez, filles de Sion, voici votre Roi qui est venu. » Mais il le reconnut ce jour-là méme, en propres termes, ainsi que le confirme l'inscription de la croix. En effet, suivant le récit de saint Mathieu, il dit aux Juifs : « Voulez-vous que je mette en lib: rté le roi des Juifs? » et encore : « Crucifierai-je votre roi? » Et plus haut, comme il demandait à Notre-Seigneur : « Es-tu le roi des Juifs? » et qu'il eût répondu: « Vous le dites de vous-méme ; d'autres vous l'ont-ils dit de moi? » il reprit : « Ne suis-je pas Juif, moi aussi? c'est ton peuple, ce sont les prétres qui l'ont livré à moi. » Ne voit-on pas combien de fois et avec quelle clarté Pilate le nommait roi des Juifs et appelait le peuple tout entier le peuple des Juifs "Quand done le Seigneur lui dit : « Vous le dites de vous-même, » c'est comme s'il disait : demandez-vous cela pour connaitre la vérité ou par une ruse des Juifs, comme l'un d'eux, et pour en prendre prétexte de me mettre à mort?
Enfin Pilate, en rédigeant l'inscription, confirme par écrit, en trois langues, ce qu'il avait dit. Tous ceux qui étaient réunis à Jérusalem pouvaient
legi posset, et verus intelligi rex Judæorum. Erat quippe scriptum : « Jesus Nazarenus, rex Judæorum. » Ubi quidem quum adjecit : « Nazarenus, » diligenter hunc Jesum distinxit a cseteris, qui in antiquo populo, hoc quoque nomiue, non tom proprie quam nuncupative fuerant insigniti : utpote Josue, Jesus sacerdos, vel Jesus filius Sirach. De hoc autem honore tituli, pontifices Judaeorum vehementer indignati lanquam in damuationem suam conscripti qui regem proprium crucifixi-sent, dixerunt Pilato : « Noli scribere regem Judæorum, sed quia ipse dixit, rex sum Judaeorum. » At vero quoniam prophetatum fuerat : « Ne corrumpas David in tituli inscriptione, » tanquam hoc ad se diclum Pilatus intenderet, respondit : « Quod scripsi, scripsi. » Tanquam si diceret : quod scribendum providi -ine ulla correptionis retractatione firmavi; tanquam im ejus mente hoc scriptum primitus esset, quod secundo litteris exhiberet. Hzc ergo geminatio verbi : « Quod scripsi, scripsi, » perseverantiam vel incommutabilitatem significat facti, sicut illud : « Euntes ibant. »
PROBLEMA HELOISSÆ IV.
Quomodo stare potest quod Donumnus Judzis signa quaerentibus respondit de tempore sepultura sux : « Sicut fuit Jonas in ventre ceti tribus diebus et tribus noctibus, sic erit et filius hominis in corde terræ tribus diebus et tribus noctibus? » Constat quippe Dominum sexta feria de cruce depositum esse sepultum, et sabbato quievisse in sepulcro, et sequenti nocte dominice diei resurrexisse quarta vigilia. Unde certum est per unam tantum integram noclem przcedentem sabbatum, et per integram ipsius sabbati diem eum in sepulcro fuisse, quem quarta vigilia noctis Hieronymus In Epistolam ad "Galatas dicit resurrexisse.
Solutio Abælardi.
Quod ait Dominus : « Tribus diebus et tribus noctibus, » non est accipiendum, quod per tres dies integros et noctes ibi fuerit : sed quod in tempore continente tres dies cum noctibus suis sepultus quieverit. Unde ct bene quum dicitur : « Tribus diebus et tribus noctibus, » adjunctum est, « sicut Jonas, » quem tertio die piscis evomuit in aridam; ac per hoc, per unam tantum noctem inlegram, et unum lantum integrum diem in ventre ceti fuerit. Tempus itaque continens tres dies cum noctibus suis, accipe a principio noctis parascevem sequentis usque ad finem dominicæ diei : et invenies in illo temporis spatio, quamvis non per totum tempus, Dominum tribus diebus et tribus noctibus jicuisse in sepulcro. Non euim quod in tempore aliquo fit per totum illud tempus fieri necesse est.
Fortassis ct quod dicitur: « In corde terre, » non tam de sepultura
lire et voir qu'il était le vrai roi des Juifs ; car l'inscription portait : Jésus de Nazareth, roi des Juifs. En disant « de Nazareth, » il voulait distinguer ce Jésus de tous ceux qui, jadis, avaient pris ce titre, moins comme nom que comme surnom : tels Josué, le prétre Jésus, et Jésus, fils de Sirach. Vivement indignés de l'hommage contenu ans cette inscription, qui semblait les accuser d'avoir crucitié leur propre roi, ils dirent à Pilate : « Veuillez ne pas mettre roi des Juifs, mais ainsi qu'il l'a dit 4je suis roi des Juifs. » Mais il avait été prophétisé : « Ne gâtez pas David dans l'inscription, » et, comme si Pilate s'appliquait la prophétie, il répondit : « Ce que j'ai écrit est écrit. » C'était comme s'il eàt dit : ce que j'ai pris soin de faire écrire, je le maintiens sans admettre de correction, en homme qui avait depuis longtemps dans l'esprit ce qu'il n'avait fait ensuite que rendre et exprimer. La répétition du mot : « Ce que j'ai écrit est écrit, » marque elle-méme le caractére absolu et persévérant de la chose, comme dans cette locution : « Ils allaient allant. »
QUATRIÉNE QUESTION D'HÉLOISE.
Quel est le sens de ce que le Seigneur répond aux Juifs qui l'interrogeaient sur le moment de sa sépulture : « De méme que Jonas a passé trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, de méme le fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de Ja terre? » On sait, en effet, que le Seigneur fut descendu de la croix le vendredi et déposé dans le tombeau, qu'il y resta le jour du sabbat, et que, la nuit suivante, il ressuscita à la quatrième veille. Il ne resta donc dans ce tombeau qu'une seule nuit entière, celle qui précède le sabbat, un seul jour entier, celui du sabbat, pour ressusciter à la quatrième veille de la nuit, ainsi que le dit saint Jérôme dans son commentaire sur l'Epitre aux Galates.
Réponse d' Abelard. .
Quand le Seigneur dit : « Trois jours et trois nuits, » il ne faut pas entendre trois journées et trois nuits entiéres, mais seulement l'espace de trois jours et de trois nuils. On dit doue bien « trois jours et trois nuils, » en ajoutant « comme Jonas, » que la baleine vomit et rendit à la terre le troisième jour, ce qui signifie qu'il passa dans le ventre de la baleine une seule nuit entière et un seul jour entier. Par la durée de trois jours et de trois nuits, il faut comprendre depuis l« commencement de la nuit suivant la veille du sabbat jusqu'à la fin du dimanche, et l'on trouve ainsi. l'espace de temps indiqué, bien que le Seigneur ne soit pas resté dans le tombeau pendant tout ce temps, c'est-à-dire trois jours et trois nuits. Parce qu'une chose se fait pendant la durée d'un certain temps, cela ne veut yas dire nécessai-
rement qu'elle en remplit la durée.
Peut-être aussi ce qui est dit : « Du cœur de la terre, » doit-il être en-
424 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.
Domini accipi videtur, quam de cordibus hominum eo tempore in tantum de Christo desperantium, ut discipuli quoque nec non et mater ipsius in fide graviter titubaverint, Unde Augustinus Quaestionum in veteris et nove Legis capitulo : « Etiam Maria, per quam mysterium gestum est incarnationis Salvatoris, in morte Domiui dubitavit; ita ut in resurrectione Domini firmaretur. Omnes enim in morte dubitaverunt, et quia omnis ambiguitas a resurrectioffe Domini recessura erat, pertransire dixit gladium. » Cor itaque terre quasi cor terrenum, adhuc et carnale, nondum spiritale factum, ex firmitate fidei, vel ardore caritatis, dicit cor humanum : quaudiu homines in illo temporis articulo Christum carnem magis, hoc est hominem, quam Deum æstimarent, et. terrenum potius quam celestem. Quod ergo Judæis signum potentie requirentibus tanquam per hoc eum recognoscerent Deum, respondit se potius eis daturum signum Jouæ, tale est, quod potius infirmitatem in eo cognoscere digni sint : sicut Jonas in mare missus plus injustitiee quam religionis æstimatus est habuisse, et hoc ei ex propria culpa contigisse, ut damnari etjam mereretur.
PROBLEMA HELOISSE V.
Maximam dubitationem de apparitionibus Domini resurgentis, quz mulicribus factæ sunt, nobis Evangelistæ reliquerunt. Marcus quippe et Joannes eum insinuaut primo apparuisse Marie Magdalenz, quæ venit mane, quum adhuc tencbræ essent, ad monumentum, et vidit. lapidem sublatum a monumento : et postquam lioc nuutiavit Petro et Joanni, et illi cucurrerunt ad monumentum, et inde reversi sunt, vidit duos angelos, et deinde Jesum quem putavit hortulanum. Et hzc apparitio prima illi soli dicitur facta. Matthaeus vero refert eam cum altera Maria venisse ad sepulcrum, et tunc terre motu facto angelum descendisse, et lapidem revolvisse, et nuntiusse Dominum resurrexisse, et illis duabus Jesum occurrisse, cujus pedes tenuerunt. Marcus vero refert quod Maria Magdalene, et Maria Jacob], et Salome valde mane venerunt ad monumentum orto jam sole, conquirentes ad invicem quis revolveret eis lapidem ab. ostio monumenti ; quem quum respicientes viderunt revolutum, et per angelum eis loquentem, et per sepulcrum vacuum cognovissent Dominum resurrexis:e, exeuntes de monumento fugerunt tremefactæ, nemini quidquam de hoc prs timore dicentes. Ubi et statim annectitur : « surgens autem Jesus mane prima sabbati, apparuit primo Marice Maydalenæ. llla. vadens nuntiavit his qui cum eo fuerant, et non erediderunt. » Lucas autem refert, quod Maria Magdalene, et Joanna, et Maria Jacobi, et quz cum eis erant, valde diluculo venerunt ad monu-
tendu moins du tombeau du Seigneur que des cœurs des hommes qui, à ce moment, désespéraient du Christ, à ce point que ses disciples et sa propre mère élaient ébranlés dans leur foi. « Marie elle-même, dit Augustin dans son livre des Questions, — chapitre de l’ancienne et de la nouvelle loi — Marie, par qui le mystère de l'incarnation du Sauveur a été accompli, a douté à la mort du Seigneur, mais sa foi a été raffermie par la résurrection du Seigneur. Tous ont douté à la mort, et c'est parce que tout doute devait s effacer devant la résurrection, qu'il a voulu être crucifié. » Le cœur de la terre, c'est-à-dire le cœur de terre, encore charnel, non encore spirituel et pétri de la solidité de la foi et de l'ardeur de la charité, signifie donc le cœur humain, du temps que les hommes considéraient plus le Christ chair, c'est-à-dire l'homme, plus que Dieu, le Christ terrestre plus que le Christ céleste. Voilà pourquoi, aux Juifs qui lui demandaient des signes de sa puissauce, comme s'ils devaient par là reconnaitre sa divinité, il répondit qu'il aimait mieux leur donner le signe de Jonas, c'est-à-dire un signe oü ils pussent plus aisément reconnaitre leur faiblesse. Jonas, en effet, jeté dans la mer, est considéré comme ayant eu plus de violence que de foi, et c'est à sa propre faute qu'il dut d'étre condamué.