‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 31 sur 64 · CINQUIÈME QUESTION D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME QUESTION D'HÉLOISE

Les Évangélistes ont laissé les plus grands doutes sur les apparitions du Seigneur aux femmes après sa résurrection. En effet, saint Marc et saint Jean semblent dire qu'il apparut d'abord à Marie-Madeleine, qui venant au tombeau le matin, avant le jour, trouva la pierre du sépulcre levée : elle alla, disent-ils, en porter la nouvelle à Pierre et à Jean; ceux-ci coururent au tombeau, puis revinrent ; et alors elle vit deux anges et Jésus, sous la forme d'un jardinier. Et cette apparition u'eut lieu que pour elle. — Saint Mathieu rapporte qu'elle vint au tombeau avec l'autre Marie, et qu'alors, au milieu d'un tremblement de terre, un ange descendit, écarta la pierre. annonça la résurrection du Seigneur, et que Jésus vint à leur rencontre à toutes deux, el qu'elles tinrent ses pieds embrassés. — Saint Marc raconte que Marie- Madeleine, Marie, mére de Jacques, et Salomé, vinrent de bou matin, le soleil déjà levé, se demandant les unes aux autres qui leur écarterait la pierre de l'entrée du tombeau; qu'en arrivant, elles la trouvèrent écartée, qu'elles apprirent, par un ange qui leur parla, ainsi que par le tombeau vide, que le Seigneur était ressuscité, et qu'elles sortirent du tombeau et s'eufuirent toutes tremblantes, paralysées par l'effroi, ne disant rien. Et ce passage est immédiatement suivi de cet autre : « Jésus, ressuscitant au premier lever du jour du sabbat, apparut d'abord à Marie-Madeleine : celle-ci alla l'annoncer à ceux qui avaient été avec lui, et ils n'y crurent point. » — Selon saint Luc, Marie-Madeleine, Jeanne, et Marie, mère de Jacques, et les femmes qui étaient avec elles, vinrent de trésbonne heure au tom-

426 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.

mentum, et invenerunt lapidem revolutum a monumento et ingressæ non invenerunt corpus Jesu ; et edoctæ ab angelis de resurrectione Domini, nuutiaverunt hoc discipulis, et non credebant illis.

Positis itaque verbis Evangelistarum, primo quærimus quomodo, juxta Joannem, Maria Magdalene veniens ad monumentum mane, quum adhuc essent tenebrz, vidit lapidem sublatum, et postea, ut Marcus dicit, ipsa et Maria Jacobi et Salome valde mane veniunt ad monumentum, orto jam sole, dicentes ad invicem : « Quis revolvet nobis lapidem? » Si enim Maria Magdalene jam viderat lapidem revolutum quum adhuctenebræ, id est, nox esset, quomodo nunc, orto jam sole, ipsa cum ceteris quæritur de lapide revolvendo, quem jam antea sublatum viderat? Secundo etiam quærendum videtur quomodo in Marco mulieres dicuntur uemini prz timore resurrectionem Domini nuntiasse, quum cæteri Evangelistae asserant e contrario? Denique Joannes Mariam Magdelenam, non aliquam cum ea, refert, antequam Jesum videret, nuntiasse Petro et Joanni eum de monumento sublatum, et eos statim illuc cucurrisse. Lucas vero refert eamdem Mariam et alias cum ea plures feminas, postquam didicerunt Dominum resurrexisse, hoc discipulis nuntiasse, et tunc Petrum ad monumentum cucurrisse.

Solutio Abælardi.

- Solus quidem Joannes de Maria Magdalene, et non cæteris mulieribus iu resurrectione Nomini commernorat, non quod ea sola his quz tunc facta sunt affuerit ; sed quod ejus devolionem cæteris majorem plurimum ipse commendaret, cujus hortatu et exemplo cæteræ femine incitarentur maxime. Sicut ergo cæteris in dilectione ferventior. erat, et de gaudio resurrectionis magis sollicita, venit prior et intrepida, quum adhuc nox esset, ad monumentum, et reversa est iterum ad suos, quæreudo studiose si quis adhuc de resurrectione Domini certificatus esset. Quod quum minime reperisset, iterum ad monumentum orto jam sole cum aliis venit, et tunc revolutio lapidis facta est, quamvis Joaunes hane revolutionem quasi prius factam per anticipationem dicat a Maria visam fuisse. Prior ergo Maria quam cæteræ, quibus sollicitior erat, lapidem revolutum comperit, et sublatum Dominum credens, festina rediit, et hoc Petro nuntiavit, et Joanni. Deinde reversa cum illis ad monumentum post discessum eorum a monumento stabat ad ipsum monumentum foris plorans, cxteris, qui aderant, non sic accedere audentibus. Tunc angelos ac deinde Dominum prima videre meruit; ac dein-

beau, trouvèrent la pierre du tombeau écartée, entrèrent et ne trouvèrent point le corps de Jésus; et ayant appris par des anges la résurrection du Seigneur, elles l'annoncérent aux disciples, et ceux-ci n'y crurent point.

Étant données les versions différentes des Évangélistes, nous cherchons, en premier lieu, comment il se peut faire que, selon le texte de Jean, Marie, venant au tombeau dés le matin, avant le jour, ait vu la pierre enlevée, tandis que plus tard, selon saint Marc, la méme Marie, mère de Jacques, et Salomé, venant au tombeau, le soleil déjà levé, se demandent les unes aux autres : « Qui nous enlévera la pierre de l'entrée? » — Si Marie-Madeleine avait vu la pierre enlevée avant le jour, c'est-à-dire quond il faisait encore nuit, d'où vient que, le soleil déjà levé, elle et ses compagues s'inquiétent de savoir comment pourra étre enlevée cette pierre, qu'elle avait auparavant vu enlevée? — En secoud lieu, nous cherchons comment il se fait que, dans saint Marc, les femmes soient représentées comme n'ayant annoncé à personne la résurrection du Seigneur dans leur effroi, tandis que les autres Évangélistes affirment le contraire. Enfin saint Jean rapporte que Marie- Madeleine, et personne autre avec elle, annonça à Pierre et à Jean que Jésus avail été enlevé du sépulcre, et cela avant de l'avoir vu, et que ceux-ci y coururent aussitôt; tandis que, d'aprés saint Luc, c'est la méme Marie, et avec elle plusieurs autres femmes qui, aprés avoir appris la résurrection du Seigneur, l'aunoncérent aux disciples, et que c'est alors que Pierre courut au tombeau.

Réponse d' Abelard.

Saint Jean ne parle que de Marie-Madeleine et point des autres femmes, à propos de la résurrection. Non pas qu'elle ait assisté seule aux choses qui se passérent alors, mais parce qu'il voulait signaler particuliérement le zèle de cette femme, afin de faire de son fortifiant exemple un moyen d'émulation pour les autres. Plus ardente dans son amour, plus inquiéte de la résurrection, elle vint donc la première, intrépide, alors qu'il étail nuit encore, au tombeau, puis elle s'en retourna vers les siens, cherchant avec sollicitude si quelqu'un avait des nouvelles süres de la résurrection. N'ayant rieu trouvé, elle revint au tombeau, le soleil déjà levé, et c'est alors sculement que la pierre fut écartée, bien que saint Jean dise, par anticipation, que Marie l'avait antéricurement vue écartée. Elle sut donc avaut les autres, parce qu'elle était plus inquiète, que la pierre était écartée, et croyant que le Seigneur avait été enlevé, elle revint en toute hàte, et annonça la nouvelle à Pierre et à Jean. Puis elle revint avec eux au tombeau, et, tavdis qu'ils se tenaient éloignés, elle demeurait debout à l'entrée du tombeau, tout en pleurs, les autres n'osant pas approcher aussi près. C'est alors qu'elle vit la première, comme elle avait mérité de les voir, les anges d'abord, puis le Seigueur; et aprés elle, l'autre Marie qui, selon saint Ma-

thieu, éta t venue avec elle et qui s'approcha, craignant encore les gardiens qui étaient là; et toutes deux furent consolées, tandis qu'au tremblement de terre et à l'apparition de l'ange assis sur la pierre qu'il avait fait rouler, les gardiens furent effrayés et tombérent comme morts. Pendant que, selon l'ordre de l'ange, elles allaient porter la nouvelle aux disciples, Jésus, leur apparaissant pour la deuxiéme fois, vint à leur rencontre. Les autres femmes, moins fermes et plus faibles dans la foi, ne méritèrent pas de voir le Seigueur; mais elles apprirent seulement, par l'apparition des anges, qu'il était ressuscité. Comme elles n'étaient pas toutes également süres du fait, elles commencèrent toutes par se taire, ct différérent de porter la nouvelle aux apótres, toutes tremblantes encore et saisies d'effroi de l'apparition des anges, et craignant qu'on ne les crüt pas, jusqu'à ce qu'un plus grand nombre de témoins püt coufirmer la chose. Ce n'est donc que plus tard, ainsi que le rapporte saint Luc, que Madeleine elle-même, Jeanne, Marie, mère de Jacques, et les autres femmes qui étaient avec elles, racontérent le fait aux apôtres. Pierre, plus ferme dans la foi que les autres, qui demeuraient iucrédules, courut de nouveau au tombeau, et là, ne voyant ni les anges ni le Seigneur, il revint frappé de stupeur. Comme il s'étonnait que les anges et le Seigneur se fussent montrés aux femmes plutót qu'aux disciples, nous croyons que Dieu, ne voulant pas le laisser longtemps dans le doute et le désespoir, lui apparut alors, conformément au récit de saiut Luc, d'aprés lequel les apótres disent « que le Seigneur se leva devant Simon en vérité, et lui apparut. » Quant à l'indication de saint Mathieu et de saint Luc, que « ce fut dans la soirée du sabbat, » nous entendons par là la fin du sabbat, c'est-à-dire la nuit suivante jusqu'au dimanche. La soirée qui commence à luire le jour du sabbat est, en effet, la soirée qui se prolonge jus ju'à la clarté du jour suivant. Le mot « qui commence à luire, » est une expression féminine. Par le soir, 1l faut entendre la nuit. « Qui commence à luire » signifie qui touche à la clarté. Le soir veut dire la dernière heure. La soirée, c'est tout le lemps de la nuit suivante.

e SIXIÈME QUESTION D'HÉLOISE.

Pourquoi le Seigneur, livrant et recommandant aux disciples les sacrements de son corps et de son sang, ne dit-il pas de son corps : « Ceci est mon corps, le corps du nouveau Testament, » aprés avoir dit de son sang : « Ceci est mon sang, le sang du nouveau Testament, » comme s'il eàt voulu recommander son sang plutót que sa chair? Que signifie encore ce passage : « Je ne boirai plus de ce jus de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père? »

Réponse d'Abélard.

Le corps de Jésus-Christ compris dans le sacrement, c'est l'humanité qu'il

430 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.

de virgine suscepit, quando, sicut scriptum est : « Verbum caro factum est. » Sanguis ejus in poculum datus Passio est ipsius, cui communicare debemus, quicunque membra ejus sumus. Unde et scriptum est : « Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestigia ejus. » Quum enim Gregorius dicat : niil enim nasci. profuit, nisi redimi profuisset, atque in cjus Passione nostra redemptio consummetur; quod ct ipse moriens profitetur dicens : « Consummatum est, » non inccngrue sanguis effusus præfertur conceptæ carni, hoc est, Passio ejus nativitati. Qui etiam magis quam caro ejus dicendus fuit novi Testamenti, hoc est confirmatio evangelicæ prædicationis, quia, sicut dicit Apostolus : « Testamentum in mortuis confirmatum est. » Quid enim Evangelium nisi testamentum est amoris, sicut lex fuerat timoris ? Unde et Apostolus conversis Judzis ait : « Non enim subditi cstis iterum in timore. » Et rursum : « Finis præcepti caritas de corde puro. » Et per semetipsam Veritas : « Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut ardeat? »

Hoc igitur testamentum amoris in hoc maxime Dominica Passio confirmavit, cum pro nobis moriendo, illam nobis dilectionem exhibuit, qua major esse nou possit. Unde et ipsemet ait : « Majorem hanc dilectionem nemo habet, ut animan suam ponat quis pro amicis suis. » In hoc etiam testamentum hoc confirmavit, quod pro doctrina. evangelicæ prædicationis usque ad mortem perstitit, et moriendo moustravit, quod nascendo non potuit : sicut. et ille qui testamentum aliquod suis hæredibus componit, dum in pristina voluutate perseverat. moriens, testamentum suum confirmat, quod nequaquam delen:, vel in aliquo corrigens, ipsum omnino tunc roborat. Unde bene sanguis Domini potius quam corpus ejus novi Testamenti, ut diximtis, fuerat dicendus.

lllud autem quod ait : « Non bibam amodo de hoc genimine vitis usque in diem illum quum illud bibam vobiscum norum in regno Patris mei. » sic intelligo, tanquam st diceret : non celebrabo ulterius in sacramento Passionem carnis mez, donec id faciam vobiscum tanquam novum in regno Patris mei, Sacramentum quippe Christi tunc quasi novum sumitur, quum ipsum sumentes plena fide, accedentes ipsos innovat, et a veteri homine, quem per transgressionem imitantur, in novum transmutat, dum ipsum per obedientiam usque ad mortem sequi sunt parati.

Quales nequaquam tunc aderant discipuli in fide adhuc maxime, et co temporis articulo potissimum infirmi, nec adhuc in regno Dei traditi, ut in eis videlicet regnaret Deus, cui nondum soliditate fidei adhærebant, ejus

recul en naissant d'une vierge, ainsi qu'il est écrit : « Le Verbe s'est fait chair. » Le sang offert dans le corps, c'est la l'assion, à laquelle nous devons tous prendre part, nous tous qui sommes ses membres. D'où i] est écrit : « Le Christ a souffert pour nous, nous laissant un exemplé dont nous devons suivre la trace. » Lors donc que saint Grégoire dit : « ll ne nous eût servi de rien de naitre, s'il ne nous eüt servi. de rien d'étre rachetés, et si notre rachat n'eût été accompli dans la Passion de Jésus, ainsi qu'il le fait entendre lui-mème en mourant : « Tout est accompli; » ce n'est pas sans raison que le sang répandu passe avant la conception de la chair, c'est-àdire la Passion avant la naissance. Et ce corps, il a pu ètre plus justement appelé le corps du nouveau Testament que le sien, c'est-à-dire la confirmation de la prédication évangélique, puisque, ainsi que le dit l'Apótre : « L'alliance a été confirmée par la mort. » L'Évangile est-il autre chose, en effet, que le testament de l'amour, de méme que la Loi avait été le testament de la crainte? L'Apótre ne dit-il pas aux Juifs convertis : « Vous u'étes plus soumis dans la crainte? » et ailleurs : « La fin de la Loi est la charité d'un cœur pur; » et la Vérité ne dit-elle pas elle-même : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et dans quel but, sinon pour qu'il brüle? »

Cette loi d'amour, c'est donc la Passion du Seigneur qui l'a particulièrement confirmée, puisque, en mourant pour nous, i1 nous a. donné la preuve d'une tendresse sans égale. Aussi dit-il lui-méme : « Il n'est persoune qui ait une tendresse si grande qu'il donne sa vie pour ceux qu'il aime. » ll a confirmé le testament eu ceci encore, qu'il a persévéré, au prix de la mort, daus l'enseignement de la prédication évangélique, et qu'il a montré en mourant ce qu'il ne pouvait faire en naissant. C'est ainsi que celui qui prépare un testameut pour ses héritiers le confirme en persévérant dans sa volonté première jusqu'à la mort : n'en rien effacer, n'en rien corriger, c'est en fortifier la teneur. ll y avait donc lieu. de dire, je le répète, le sang plutót que le corps du Seigneur, comme symbole du nouveau Testament.

Quant à ce qui suit : « Je ne boirai plus du jus de la vigne jusqu'au jour où j'en boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père, » je l'entends en ce sens : je ne célébrerai plus, dans le sacrifice, la Passion de pion corps, avant de faire un sacrifice nouveau avec vous dans le royaume de inon. Père. Sacrifice. nouveau, parce qu'il renouvelle ceux qui le font dans la plénitude de la*foi, changent le vieil homme, le transforment, chez ceux qui sont préts à suivie le Seigneur jusqu'à la mort par esprit d'obéissance.

Et tels n'étaient pas les disciples de ce temps-là : ils étaient alors parti culièrement faibles dans la foi, ils n'appartenaient pas à Dieu; et Dieu ne réguaut pas en eux, ils n'étaient pas vraiment soumis à son empire. En effet;

dominio penitus subditi. Quasi ergo vetus et non novum tunc acceperunt ipsum sacramentum, et 'anquam adhuc extra regnum Dei manentes : quia nondum in Deo sic eos constantia fidei confirmaverat, ut hoc percipiendo novi jam faeti. mererentur in novitate illa ita sicut post resurrectionem confirmari. Dibet tuue Christus de hoc genimine vitis cum eis, id est, de sanguine suo, qui est. vitis eorum tanquam palmitum, quum illis digue sacramcnta sux Passionis communicantibus, sie inde sitim suam in ipsis reficiet. Qui enini salutem hominum sitit vel esurit, tunc de ipsa reficitur, quum eam impleri lætatur.

Fortassis et ex hoc sacramentum Dominice passionis quasi vetus ante resurrectionem | extitit, et postmodum novum fait : quia quum adhuc passibile corpus et corruptibile vel mortale gestaret, veteri homini per hoc similis fuit, antequam resurgeudo de hac vita peenali ad novitatem future perveniret. Dum ergo mortalis fuit, et se talem, qualis tunc erat, in sacramento dedit, quodammodo vetus et non novum fuit illud. sacrificium comparatione videlicet novi, quod nuuc in humanitate sumimus immortali jam et incorruptibili. Lucas vero ait : « llic calix. novum Testamentum est in sanguine meo, » id est pactum vel promissio vobis a Deo facta, de vestra scilicel. redemplione in mea Passione. Ubi. enim nos babemus testamentum, in hebræo habetur. pactum. Qui enim legem Domini suscipiunt, cum co quoddam ineunt pactum, sive ille cum ipsis, quum ipsi videlicet legis obedientiam, ille promittat remunerationem.

PROBLEMA HELOISSÆ VII.

Quid est etiam quod in Luca legimus duos calices, vel eumdem bis Dominum dedisse discipulis ? Sic quippe scriptum habetur : « Et quum facta esset hora, discubuit, et duodecim apostoli cum eo. Et ait illis : « Desiderio desideravi hoc pascha. manducare vobiscum antequam patiar. Dico enim vobis, quia ex hoc non manducabo, donec illud impleatur in regno Dei. » Et accepto calice, gratias egit, et dixit : « accipite et dividite inter vos. Dico enim vobis, quod non bibam de generatione vitis, donec regnum Dei veniat. » Et accepto pane, gratias egit, et fregit, et dedit eis, dicens : « Hoc est corpus meum quod pro vobis datur. Hoc facite in meam commemorationem. » Similiter et calicem postquam cœnavit dicens : « Hic est calix novum Testamentum in sanguine meo. »

Solutio Abælardi.

Pascha, quod secundum legem parare discipulos miserat, vetus est pascha, in esu videlicet agni vel hedi cum lactucis agrestibus. Quod etiam

participant à l'ancienne, non à la nouvelle alliance, pour ainsi dire, ils restaient comme en dehors du royaume de Dieu : la solidité de la foi ne les avall pas encore assez bien coufirmés dans l'esprit de Dieu, pour que, renouvelés par cette intelligence, ils méritassent d'être confirmés dans ces sentiments nouveaux comme aprés une résurrection. Le Christ boira alors avec eux du jus de la vigne, c'est-à-dire de son sang, qui est. comme une vigne nouvelle ; et il apaisera ainsi sa soif en ceux qui prendront part au sacrifice de sa Passion dans des sentiments dignes de lui. En effe*, celui qui 3 soif ou qui a faim du salut des hommes est satisfait dans sa soif et dans sa faim, lorsqu'il les voit heureusement remplies.

Peut-être aussi faut-il entendre que le sacrement de la Passion de Notre- Seigneur, ancien avant la résurrection, fut, pour ainsi dire, nouveau aprés. Le corps du Seigneur étant alors passible, corruptible ou mortel, il était semblable au vieil homme, avant d'arriver, par la résurrection, à la nouveauté de la vie future. Tant qu'il était mortel, i1 s'était donné dans le sacrifice tel qu'il était ; le sacrifice était ancien, et non nouveau par rapport au nouveau qui ne s'accomplit plus dans l'humanité, mais dans uneimmortalité incorruptible. Ce que saint Luc dit : « Ce calice est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, » signifie le pacte de Dieu, la promesse de la Rédemption faite à l'homme par la Passion. En effet, où nous disons testament, les Hébreux disent pacte; et effectivement, ceux qui reçoivent la loi du Seigneur forment avec lui une sorte de pacte et Dieu avec eux : ils lui promettent obéissance, il leur promet récompense.

SEPTIÈNE QUESTION D'HÉLÍOSE.

Que signifie ce que nous lisons dans saint Luc, que le Seigneur donna à ses disciples deux calices ou deux fois le méme calice? En effet, il est écrit : « Et l'heure étant venue, il se mit à table et ses douze apótres avec lui; et il leur dit : « J'ai vivement désiré faire la Páque avec vous, avant de mourir. Je vous le dis en vérité : Je ne mangerai plus de ceci, jusqu'à ce que la volonté de Dieu soit accomplie. Et ayant pris le calice, il rendit grâce et dit : Prenez et partagez entre vous, Car je vons le dis en vérité : je ne boirai plus du jus de la vigne, avantque le règne de Dieu vienne. » Et ayant reçu le pain, il rendit gráces, le rompit, le donna, et dit : « ceci est mon corps que je donne pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Et de méme pour le calice aprés le repas : « Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance. »

Réponse d'Abélard.

La PPAque, que, selon la loi, il avait envoyé ses disciples préparer, c'està-dire l'aucienne Pàque, consistait en un repas de chair d'agneau ou de

454 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.

Pascha dicit se desiderasse, ut hoc cum discipulis manducaret, antequam pateretur : quia ante passionem, non postea voluit in figuris celebrari vetera, qua supervenientibus novis essent projicienda. Quod et ipse Dominus patenter insinuat, quum de novo sacramento tantum dixerit : « Hoc facite in meam commemorationem, » tanquam vetus jam finiens, et solummodo novum deinceps statuens.

Quum enim dixisset : « Hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur, » statim. adjunxit : « Hoc facite in meam commemorationem. » Unde et Apostolus : « Quotiescunque enim manducabitis panem hunc et calicem bibetis, mortem Domini annuntiabitis donecveniat. » Est igitur müsse celebratio Dominic: passionis commemoratio, ad quam unusquisque fidelium tanta compassionis devotione debet accedere, quanta eum pro se crucifixum debet conspicere.

Ut ergo hzc Dominica Passionis memoria nostris mentibus inhæreat, et in ejus amorem semper accendat, quotidie in cjus altari hoc ejus sacrificium debet immorari. « Hoc, inquit, facite, » hoc est ipsum corpus meum, non jam pro vobis traditum, sed tradendum in memoriam tante meæ dilectionis conficite, ut inde quoque tante dilectionis flamma sitis accensi, ut communicare possitis l'assiont. Bis eumdem calicem dare voluit ut per hoc exprimeret nos calicem. ejus non solum in sacramenti perceptione, verumetiam in Passionis imitatione accipere debere. Unde et Psalmista : « Calicem salutaris, » hoc est veri Jesu, « accipiam, » eum videlicet per Passionis quoque virtutem imitando. Et quia mortem tolerare non est humane infirmitatis, sed collatæ nobis a Deo virtutis, ipse est invocandus, a quo ista speranda est virtus, in qua non tam nostram utilitatem, quam ejus gloriam quærere debemus, que per nomen ejus significatur. Sicut enim ignominiosa dicuntur que nomine digna non videntur : ita e contrario queque gloriosa nomine digna sunt et fama. Nomen igitur Dei invocanius, quum ea quae facimus ad gloriam ejus intendimus, ut ille potius in nobis, quam nos ipsi, glorificetur atque laudetur, a quo in his virtutem accipimus, ad quz infirmi ex nobis sumus. Hinc et Apostolus : v Qui glorificatur, inquit, in Domino glorietur, » hoc est, qui in se aliquid virtutis. vel pretii recognoscit, non se inde, sed Dcum quærat honorari, nec id virtuti: sue, sed divine ascribat gratiæ, non a se, sed a Deo id recognoscens esse.

De hoc calice, quem Christi. Passionem imitando sumimus, illud. est quod filiis Zcbedæi ait : « Potestis bibere calicem, quem ego bibiturus sum? » lloc cst, me per Passionem imitari posse confiditis? Bene autem de hoc calice primo, et non de secundo, discipulis ait : « Accipite, et

436 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.

dividite inter vos. » Calicem quippe Christi ab eo accipientes inter nos dividimus, quum eum diversis generibus Passionem imitamur. In perceptione vero sacramenti non est divisio : quia ibi est una ipsius capitis non membrorum oblatio, que a malis æque ut a bonis sacerdotibus virtute divinorum verborum conficitur : « Accipite, inquit, calicem, » hunc a me, quem postea inter vos dividalis, quia deinceps non bibam de generatione vitis, » hoc est, non celebrabo lianc hostiam mex Passionis, « donec regnum Dei venial », hoc est, vita celestis, in qua solus Dominus, non peccatum regnat, per passionem meam fidelibus patefiat.

Bene calicem imitationis calici præmisit sacramenti : quia hi soli condigni sunt Dominicz mensz communicare, qui Passionem ejus imitari, et crucem ejus parati sunt tollere. Unde: et scriptum est : « Ad mensam magnam sedisti, scito quoniam talia oportet te preparare. » Novum, non Vetus Testamentum tradens, tam panem quam calicem accipiens, gratias agit : innuens per hoc id esse completum, quod ibi fuerat. prefiguratum, et de veritate potius quam de umbra Deum esse glorificandum. Superius tamen se desiderasse dixit vetus. quoque Pascha cum discipulis celebrare, ne sic ab ipso nova sacramenta susciperent, ut a Deo tradita vetera non æstimarent. Que etam vetera eis adhue veteribus tunc. maxime congruebant, ut hoc precipue Dominus deberet cum eis celebrare quod eis potissimum videbat convenire, tanquam in hoc suo desiderio id se innuere intenderet, quod hoc eorum arguendæ vetustati videbat potissimum convenire. De qua ut al novitatem cos transferendos esse innueret, vel admoneret, Novum Veteri Testamentum statim subjunxit, ut sic quodammodo illud quoque vetus in novum transiret : dum illi scilicet vetustatem deponentes de regno peccati in regnum transirent Dei, et in veteri Pascha non jam litteram, sed spiritalem intelligentiam sequerentur, et sic de vetustate litteræ ad novitatem spiritus. deferrentur : quod est Christum nunc etiam cum eis vetus Pascha manducare, et ipsum in novum commutare, quum ibi illud figurari perpendimus, quod in novo consummari credimus. |

Unde et ipse post resurrectionem statim incipiens a Moyse et interpretans in omnibus Scripturis, vetus sacramentum in novum convertit, dum illud per intelligentiam huic applicuit, et quasi rotam in rota conclusit, et aquam legis in vinum Evangelii convertit. Et jam etiam vetus Pascha tanquam mutatum in novum nobiscum manducat : quia tuuc eum reficimus ac delectamus, dum sic istud sumimus, sicut in illo sumendum edocti

458 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.

mystice sumus, in esu videlicet agni et hædi, et agrestibus lactucis, vel cæteris ibi constitutis. Vetus Pascha non novum cum discipulis Christus manducat : ipse quippe ipsum est Pascha novum, juxta illud Apostoli : « Etenim Pascha nostrum immolatus est Christus, » quando nostra hostia ipse est factus, et ipsum in sacramento quotidie sumimus. — '

Recte quoque hine vetus Pascha cum discipulis celebravit, quum ipse adhuc in veteri homine esset ex corporis mortalitate, sicut illi ex morum similitudine. Sic e contrario quasi novus cum novis novum genimen vitis nunc bibit, dum ipse per immortalitatem, et isti per morum diversitatem, deposito veteri homine, veri sacrificii delectantur novitate : et tanquam ipse cum eis bibit, dum id caput in membris agit. Vetus Pascha calicem non habuit, quia lex ad perfectum nihil adduxit, ideoque in ejus sacrificio perfecta non debuit esse refectio.

PROBLEMA HELOISSE VIIT.

Quod Dominus pro adultera liberanda Judæis respondit : « Qui sine peccato est vestrum, primus in eam lapidem mittat, » et sic eam eruit, nonnihil habet quaestionis. Quum enim ean lapidart non permittit, nisi ab eo qui peccato careat, omni homini vindictam exercere videtur interdicere : quum nemo mundus sit a sorde, nec infans unius diei, si vita sit ejus super terram.

Solutio Abælardi.

Dominus Jesus ex Judæis solus inter eos fuit sine peccato; hic adulteram lapidat, et feminam servat, dum misericorditer ei parcit, et sic a flagitis suis pœænitentem convertit. Tale est ergo quod ait : « Qui sine peccato est vestrum, primus in eam lapidem mittat ; » ac si aperte dicat : ei lapidandam dimittite, qui ex vobis solus est a peccato immunis. Ipse primus in lapidandam dirigit lapidem, quum ei prius penitentiam inspirat ; et illa postmodum per satisfactionem se macerat, et carnem ne spiritui amplius reluctetur, domat : ut jam mortificata mundo, deinceps vivat Deo, et mactentur vitia, conservata natura. Denique et Dominus ait : « Mihi vindictam et ego retribuam. » Tunc quippe D^o vindictam reservamus, quoniam ipse in nobis potius, quam nos ipsi, ha c operatur. Unde ct homini, non Deo, dictum est : « Non occides. » Ab ipso utique nobis hoc interdicitur, qui sub nullo precepto conclusus, id sibi deberi patenter profitetur. « Ego occidam, inquit, et ego vivere faciam. » Ipse in nobis occidit et parcit, quum tanquam

la chair d'agneau et de bouc avec des laitues sauvages ou autres aliments déterminés. Mais il mange avec ses disciples l'ancienne Pâque, non la nouvelle, parce qu'il est lui-même la Pâque nouvelle, suivant la parole de l'Apótre : « Le Christ, notre Pâque, a été immolé ; » ct effectivement n'est-il pas devenu notre victime? ne le recevons-nous pas chaque jour dans le sacrifice ?

C'est aussi avec raison qu'il a célébré la vieille Pâque avec ses disciples, en ce sens que, par la mortalité de son corps, il appartenait encore au vieil homme, comme eux, par leurs vieux péchés. Par contre, il boit le jus de la vigne, renouvelé lui-méme, pour ainsi dire, avec des hommes renouvelés, en ce sens que, lui par son immortalité, comme eux par le changement de leur àme, ils ont dépouillé le vieil homme et càdent au charme de la nouveauté du vrai sacrifice. Et il boit avec eux, en tant que la téte ne peut étre séparée des membres. Dans l'ancienne Pàque, il n'y avait pas de calice, parce que la Loi n'avait rien conduit à la perfection, et que la restauration ne devait pas étre compléte dans le sacrifice qu'elle avait institué.

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