TRENTE-TROISIÈME QUESTION D'RÉLOÍ]SE
Que signifie encore ce passage : « Anne fit une oraison, et dit : « Moi cœur s'est exalté dans le Seigneur ? » Cette hymne a plutôt la forme d'unc action de grâces, ou méme d’une prophétie, que d'une oraison.
Réponse d'Abélard.
Si je ne me trompe, Aune a placé l'oraison avant l'hymne, afin que son hymne ou action de grâces füt plus agréable à Dieu. Le mot : « Elle pria » précède donc l'oraison; et elle dit de l'hymre : « Mon cœur s'est exalté daus le Seigneur. » En effet, c'est la coutume de l'Église de placer une oraison avant chacune des hymnes qui doit ètre chantée, tous les jours, en l'houneur de Dieu.
200 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.
Plura autem cantica sanctarum feminarum legimus, ut Debora, Judi et istud Ann: matris Samuelis, sicut et Marie matris Dornini, de partu s a Domino commisso, illi quidem sterili, ut mater fieret tanti prophetæ, i vero virgini, ut maler fieret Salvatoris. Et hoc profecto canticum Ann sicut et illud Virginis summ, Ecclesia maxime frequentare consuevit, n solum pro sanctitate matris, vel diguitate partus ei concessi in Samue scilicet a quo specialiter prophetæ dicuntur incæpisse, et qui primus a ma Domino est oblatus, verumetiam quia nullus ante prophetarum ten] lam manifeste Christum, «t ejus imperium in suis canticis, sicut nu Anna, prophetasse videtur. Sic quippe ait de l'atre Christi et ipso: « Dor nus judicabit fines terræ, et dabit imperium regi suo, et subliinabit cor Christi sui. » Nondum quippe rex in Israel erat constitutus, ad quem h prophetissæ gratulatio pertineret. Ipsa. primo Christum, hoc est Messi: verum patenter exprimere meruit, ipsa manifeste prænuntiat futuru quod Maria decantat completum, tanquam fidem Virginis tam prophe quam partus instrueret sterilis.
PROBLEMA HELOISSÆ XXXIV.
Illud etiam movet, quod hic dicitur : « Donec sterilis peperit plurimos Etsi enim. Seriptura postmodum referat, quod post Samuelem | adhuc tr filios, et duas filias Anna peperit, nondum tamen, dum hoc diceret can cum, nisi Samuelem habuisse refertur. Quomodo etiam de filiis suis dic « plurimos, » et de filiis æmulæ suæ Fenennæ, dicit « multos, » tanqua ipsa plures habuerit, quam illa? Quamvis enim Seriptura nou definiat qu filios habuerit. Feneuna, nonuulli tanen. astruunt cam plures. habuiss quam Aunam, hoc est, septem.
Solutio Abælardi.
Non est necesse ut « plurimos » hoc loco, pro plures comparative accipi mus, respectu pauciorum : sed plurimos dicit absolute, sicut et multo verbis in eodem sensu variatis. Nec impedit, sijam multos filios habuiss Anna, quando canticum istud Domino persolvit, quamvis Scriptura nondu retulerit eam liabuisse. nisi Samuelem.
Sæpe namque series Scripluræ non tenet ordinem historie, sed nonnul narrat præpostere. Potuit. etiam istud per prophetize spiritum. Anna dicet quum so'um adhuc haberet Samuelem. Denique nec incongrue dicere poti
Nous avons plusieurs hymnes des saintes femmes, celles de Débora et de Judith, celle d'Anne, mère de Samuel, et celle de Marie, mère du Seigneur, sur le fruit qui leur a été confié par le Seigneur, et qui devait rendre l'une, alors stérile, mère d'un si grand prophète, l'autre, encore vierge, mère du Sauveur du monde. Cette hymne d'Anne, ainsi que celle de la Vierge souveraine, l'Église a coutume de les chanter, non-seulement à cause de la sainteté de Ia. mère et de l'importance du fruit qui lui a été confié dans la personne de Samuel, cette souche particulière des prophètes, et comme la première de celle: qui furent offertes à Dieu, mais parce qu'aucun propbéte ue parait avoir prophétisé, dans ses hymnes, le Christ et son règne aussi clairement qu'Anne. En effet, elle dit du père du Christ et du Christ lui-même : « Le Seigneur jugera l'univers, et il. donnera l'empire à son roi, et il exaltera l'étendard de son Christ. » À cette époque, il n'y avait pas encore de roi, dans Israél, à qui les actions de grâces de cette prophétie pussent s'adresser. C'est donc elle qui la premiére mérita d'annoncer clairement le Christ, c'est-à-dire le vrai Messie, et de prédire manifestement sa venue, prédiction dont Marie chante l'accomplissement, comme si la pro-
phétie, non moins que la maternité de la femme stérile, eùt éclairé la foi de la Vierge. '