‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 51 sur 64 · TRENTE-SIXIÈME QUESTION D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIÈME QUESTION D'HÉLOISE

Nous demandons, nous voudrions savoir quel était cet homme de Dieu envoyé par le Seigneur à Héli pour le corriger et lui prédire les malheurs de sa maison.

Que signifie ézalement ce passage, où, entre autres choses, i! est parlé du grand prêtre meilleur qu'Iléli ct destiné à lui succéder, dans les termes suivants : « Je me susciterai un prêtre fidèle qui sera selon mon cœur et mon âme, je lui élèverai une maison fidèle, et il marchera avec moi, tous les jours, devant le Seigneur. Et il arrivera que quiconque sera resté jusque-là dans la maisou viendra pour qu'il soit prié pour elle, offrira une monnaie d'argent, une tourte de pain, et dira : « Abandonne-moi, je^t'en supplie, une part de prétre, afin que J^ puisse manger une petite bouchée de pain? » Nous savons bien que Samuel, qui survécut à Iéli, fut très-fidèle au Seigueur; mais l'opinion commune est qu'il était lévite plutôt que prétre, et que sa maison ne fut pas fidèle, puisque ses fils furent réprouvés. Quant à ce mot : « 1l marchera devant mon Christ, » s'applique-t-il au prétre luiméme, ou à sa famille, ct quel est ce Christ? nous voudrions aussi le savoir. Enfin, nous demandons des explications sur l'offrande de la monnaie d'argent et de la tourte de pain, — c'est une offrande de nouvelle espéce et non prévue par la Loi, — ainsi que sur les autres détails.

Reponse d'Abélard.

On croit que cet homme est un ange qui apparut sous forme humaine. Par le grand prétre, futur successeur d'Héli, il faut entendre non pas tant Samuel qui ne fut que lévite et dont la famille, bien loin d'être fidèle, fut réprouvée, que tous les saints personnages qui remplirent le ministère d'Héli après lui, le] peut-étre qu'Aminadab, dans la maison duquel l'arche du Seigneur fut rapportée à Cariathiaris par les Philistins, ou bien Éléazar son fils, consacré à la garde de l'arche, ou enfin Abimelec lui-même que Saül tua avec les autres prétres dans Nobe, la ville des prêtres. Ces mots : « Il marchera devant mon Christ, » il faut les entendre non du grand prétre, mais de la famille servant sous lui. Enfin, quant au passage : « ll arrivera, etc., » voici comment je l'ai entendu expliquer par un Hébreu. La pièce d'argent, c'est le sicel d'argent au prix duquel chacun se rachetait auprès du grand prètre. La tourte de pain ou quicar, c'est le quart de pain qui était l'offrande du pauvre. La part de la prétrise était l'épaule droite, le pectuscule, c'està-dire là partie supérieure de la poitrine, les joues, le ventricule etla queue qui était donnée, comme il est dit dans le Levitique, au grand prétre : cette part, toutefois, variail avec les rites divers des sacrifices. C'est d'Héli qu'il est question, parce que sa maison en devait arriver à un tel état de misère, que ceux qui étaient jadis les entrepreneurs des rachats et des offrandes, et auxquels pour cela méme la part sacerdotale d'Héli était donnée, allaient être obligés de passer marché avec les autres prêtres, demandant l'aumóne et suppliant qu'on leur abandonnàt une part, si petite qu'elle füt, de la prétrise, une petite bouchée de pain appelée plus haut tourte.

TEENTE-SEPTIÉME QUESTION D NHÉLOÏSE.

Que signifie ce passage de l'exorde de saint Marc. l'évangéliste : « Amsi qu'il est écrit dans [saie : voici que j'envoie mon ange devant ta face pour préparer ton chemin. Une voix criant daus le désert, etc.? » Pourquoi dit-il « dans [saie, » quand le premier témoignage qu'il invoque aussitôt est celui de Malachie, suivant Eine? S'il eût fait le contraire, le texte serait exact; ces mots : « ainsi qu'il est écrit dans Isaie, » devant ne se rapporter qu'au premier témoignage.

Reponse d' Abelard.

La méme pensée est renfermée dans les paroles de deux prophètes. Seulement l'Evangéhiste, dass sa brièveté, a attribué ce qu'avait dit Malachie à Isaïe, dont l'autorité était plus grande et duquel Malachie avait peut-être reçu la leçon sur ce point. La mission de l'Ange pour préparer les voies du Seigneur, ou sa préparation, ainsi que la voix de celui qui crie dans le désert, c'est la prédication de Jean. C'est celui qu'Isaie décrit avec exactitude. [I ne l'appelle pas ange, mais il l'annonce. comme criant dans le désert. Ce qui fait justement ajouter par. l'Évangeliste au témoignage d'Isaie : « Jean fut baptisaut et préchant dans le désert. » Quand il dit : «Dans le désert et prèchant, » il ne fait que reproduire, sous une forme claire, les paroles d'Isaic : « La voix de celui qui erie dans le désert. » Saint Marc en partant de ces mots : « [DH est écrit dans Isaie, » a bien som d'ajouter : « le prophète. » Il montre, par là, que, dans sa pensée, le témoignage d'Isaie avait plus de poids que le témoignage de Malachie le prophète, lequel, j'unagine, devait ce témoignage plutôt à une prophétie d'Isaie qu'il avait lue, qu'à Finspiration du Saint-Esprit. On peut encore expliquer ce témoignage, en ce sens que saint Mathieu le présente comme recu-1lli dans deux prophètes Zacharie et Jérémie, tandis qu'il l'attribue. lui-même à Jérémie seul, quand il dit : 6 Alors fut accompli ce qui avait été dit par Jérémie le. prophète : « Et ils. reçurent « trente pièces d'argent pour prix de l'estimation faite par les enfants d'Is- « raél, et ils les donnèrent pour le champ du figuier, ansi que l'a réglé € le Seigneur. » Le premier témoignage qui appartenait à Zacharie, et le second qui appartenait à Jérémie étant donc relatifs à la même prophétie sur le Seigneur, Zacharie en à fait l'attribution. complète à Jérémie, dont Vautorité était plus grande, et de qui Zacharie avait pu en recevoir l'indication.

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