‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 54 sur 64 · QUARANTIÈME QUESTION D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

QUARANTIÈME QUESTION D'HÉLOISE

D'où vient que les animaux seuls et les oiseaux sont cités comme ayant été amenés dans le Paradis à Adam, afin qu'il vit à leur donner un nom, et qu'il n'est pas question des reptiles de terre comme les serpents, ou des reptiles d'eau comme les poissons?

Réponse d' Abelard.

Nous crovous que c'est un symbole mystérieux. parfaitement exact. En

effet, dans l'Église présente, les religieux que l'ardeur du désir soulève le plus vivement vers les cieux et qui sont comme les étres ailés qui volent daus les espaces des airs, sont comparés aux oiseaux ; les gens de bien mariés sont les animaux qui en partie, c'est-à-dire par les pieds, touchent la terre, et en partie n'y tiennent. pas, leur corps ne s'y roulant point. Celui qui est marié, en effet, est, pour ainsi parler, divisé en deux : il sert Dieu, et il est attaché au siècle par les nécessités pressantes du mariage ll tient donc à la terre par les pieds, c’est-à-dire par la partie inférieure de son étre, en ce sens qu'il est l'esclave des soins de la terre, à cause des occupaons du mariage qui appartiennent à la vie passagère. Quant aux reptiles dont le corps tout eutier traine sur la terre, et qui ne peuvent, en aucune facon, s'en soulever, ce sont les réprouvés attachés corps et âme, aux désirs de la terre et plongés dans l'abime des vices, les réprouvés desquels il est écrit : « Lorsque le pécheur est tombé dans l'abime des vices, tout lui est à mépris. » Voilà pourquoi aussi il n'est pas permis, dans un sacrifice, d'offrir des poissons à Dieu. C'est donc avec raison qu'on dit que les oiseaux et les animaux qui marchent furent seuls amenés dans le Paradis à Adam pour qu'il les nommàt, et point les reptiles. En effet, de tout le peuple de l'Église actuelle dans laquelle la paille est encore mélée au grain, les religieux et les gens hounétes qui sont mariés doivent seuls parvenir au vrai Paradis de la patrie céleste, et ètre dignes de l'appel de Dieu (leurs noms sont déjà écrits au livre de vie). Sur cet appel de Dieu, voici ce que dit l'Apôtre : « Ceux que Dieu prédestinait ; il les a par là méme appelés; et ceux qu'il a appelés, 11 les a justifiés. »

Page 1