‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 61 sur 64 · EN FAYEUR DE PIERRE ABÉLARD · texte numérisé non relu

EN FAYEUR DE PIERRE ABÉLARD

Le frère Pierre, humble abbé de Cluni, au souverain Pontife, notre père spécial : honneur, obeissance et amour.

Maitre Pierre, bien connu, j'imagine, de votre sagesse, a, en venant de France, récemment passé par Cluni. Nous lui avons demandé où il allait. Il répondit que, succombant sous le poids des persécutions de ses ennemis, qui lui imposaient le nom odieux d'hérétique, il en avait appelé à la majesté apostolique, et qu'il voulait chercher un refuge auprès d'elle.

Nous avons loué son projet, ct nous l'avons engagé à chercher asile auprés du grand et commun refuge; nous lui avons dit que la justice Apostolique, qui n'avait jamais manqué méme aux inconnus, aux étrangers, ne lui ferait pas défaut. Nous lui avons promis que, s'il y avait lieu, il trouverait méme la miséricorde.

l'ans l'intervalle, arriva l'abbé de Citeaux, qui s'entretint avec nous et avec lui des moyens de rétablir la paix entre lui et le maitre de Clairvaux, à cause duquel il en avait appelé. Nous avons donné nos soins à ce rétablissement de la paix ; nous avons engagé maitre l'ierre à aller tronver, en compaguie de l'abbé de Cileaux, l'abbé de Clairvaux; nous l'avons engagé

en outre, lui mettant sous les yeux son propre exemple ainsi que d'autres non moins sages el bous, à supprimer de son langage, à rayer de ses livres ce qu'il avait pu dire ou écrire de blessant pour des oreilles catholiques. Et ainsi a-t-il été fait. Hl a été, 11 est revenu, et à son retour, il a annoncé que toutes les vieilles querelles avaient été étouffées, et que la paix était faite avec l'abbé de Clairvaux, par l'intermédiaire de l'abbé de Citeaux.

Alors, soit influence de nos conseils, soit plutôt inspiration de Dieu, il a déclaré que, renonçant au tumulte des cours et des études, il choisissait pour retraite définitive votre abbaye de Cluni. Dans la pensée que cet asile convenait à son âge, à sa santé, à sa piété, et dans l'idée que son savoir, qui ne vous est pas, sans doute, complétement inconnu, pouvait étre utile à là grande multitude de nos frères, nous avons fait accueil à son désir, et si votre bonté y consentait, nous le recevrions avec plaisir et joie parmi nous, qui vous sommies, vous le savez, absolument dévoués.

Je vous demande donc, si humble que je sois, mais vous appartenant du moins de cœur ; le couvent de Cluni qui vous est si. étroitement attaché, vous demande, maître Pierre vous deinande lui-méme, par nous, par vos fils porteurs des présentes, par ces lettres qu'il nous a prié de vous écrire, de le laisser achever dans l'abbaye de Cluni les derniers jours de sa vie et de sa vieillesse, qui, sans doute, ne seront pas bien nombreux. Que les instances de quelques ennemis ne puissent le faire chasser de l'asile, qu'humbl: passereau, du nid que, pauvre tourtereau, il se réjouit d'avoir trouvé, ou qu'elles ne viennent pas l'y troubler; que le bouclier de la défense Apostolique le protége, lui aussi, comme vous protézez tous ceux qui le méritent.

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