‹ Lettres d'Alphonse d'Herbelot à Charles de Montalembert et à Léon CornudetChapitre 13 sur 38 · Victor-Marie, comte Hugo (i8o2-i · texte numérisé non relu

Victor-Marie, comte Hugo (i8o2-i

2. Amédée-Simon-Dorainique Thierry (i^/Q^-iSjS), frère de l'historien Augustin Thierry, iui-mème auteur d'une Histoire des Gaulois, nommé par Vatimesnil professeur à la Faculté des lettres de Besançon, suspendu par le ministère Polignac (1829), préfet de la Haute-Saône (i83o), maître des requêtes (i838), membre de l'Académie des sciences morales (1841). conseiller d'État (i853), sénateur (1860).

un cabinet de lecture en plein vent sous l'Odéon! Il y a vraiment là de quoi concevoir des inquiétudes sur le sort de la liberté en France, tant le dévouement est chose rare! Il n'existe guère que dans quelques vieux impérialistes ou républicains endurcis dans une opposition obstinée, et puis dans quelques têtes chaudes de jeunes gens qui, dans leurs soirées confidentielles, rêvent les institutions de l'Amérique et les gouvernements à bon marché. Mais parmi les gens modérés, il y a bien de la froideur; fasse le ciel qu'il nous tombe un peu de feu sacré pour nous réchaufler les entrailles ! je crois que nous en avons besoin.

Voilà ce que nous nous dirions, mon cher ami, et ce que vous réfuteriez peut-être, s'il nous était permis de rêver assis l'un et l'autre près du feu et de faire nos utopies; je hâte bien de mes vœux l'arrivée de ce tempslà ; écrivez-moi donc en attendant, car voilà près de trois semaines que je n'ai reçu de vos nouvelles, et si les Belts ne sont pas gelés, je vous adresserai les reproches que je m'adressais à moi-même il y a quelque temps.

Votre tout dévoué, ^Iph. ^'Herbelot.

Un singulier fait sur les gens qui nous gouvernent : dans le conseil du dimanche i**", la nomination du président de la Chambre a été signée par le roi, comme une pension de retraite ou une lettre de naturalité, sans qu'il y fit presque attention. « Et le président de la Chambre », dit à la fm de la séance le dauphin qui ne savait pas ce qui s'était passé, « quand le nommez -vous? » — « C'est fait », dit M. de Martignac. — « Ahl c'est autre chose », dit le dauphin, « c'est que je voulais vous rappeler qu'on ne pouvait plus longtemps tarder ». Voilà comment ces braves gens s'occupent de nos affaires ; il paraît qu'ils ont jeté le manche après la cognée.

LETTRES d'aLPHONSE d'hKRBELOT. 5

Ce 20 février 1829.

Je vous écris, mon cher Montalembert, sous l'influence de nouvelles politiques bien sérieuses et dont vous serez sans doute informé quand arrivera ma lettre. On assure que la guerre d'au delà du Danube aura son contre-coup dans notre Europe méridionale, et que va se défaire enfin cette Sainte-Alliance qui, comme une vraie tour de Babel du despotisme, menaçait, si Dieu lui avait prêté vie, d'écraser le monde. La France prend part à la lutte et envoie, dit-on, 4o>ooo hommes en Morée; elle a pour alliées la Prusse et la Russie ; la Russie s'engage à nous faire obtenir, lors de la lutte générale si elle a lieu, nos limites naturelles, le Rhin. Sous l'autre bannière se tiendraient, avec la Turquie, l'Autriche, l'Angleterre et le Piémont. Ainsi se trouverait expliquée la précipitation qu'a mise le duc de Wellington à présenter la mesure de l'émancipation des catholiques, malgré les résistances d'une grande partie du clergé et de l'aristocratie anglaise; ainsi s'évanouit en même temps le mystère des armements de l'Autriche et du roi de Sardaigne. Je ne vous donne pas ces nouvelles comme positives, mais comme probables et fort répandues dans les cercles politiques ; quant à moi, je les tiens de bonne source, et j'y ajoute assez pleine confiance. Cette combinaison nous replacerait au premier rang dans les affaires de l'Europe, et je

VOUS avoue que ma vanité nationale est flattée de l'idée que nous pourrions nous relever de Waterloo. Car, quelque avantage réel qu'ait pu avoir cette dernière journée pour le repos de l'Europe et le nôtre, il y a quelque chose de douloureux dans son souvenir, et je ne puis me soustraire à un vif sentiment de peine, en songeant qu'un seul jour a vu mourir sur le seuil de leur patrie les débris de ces bataillons qui avaient conquis le monde. C'est là, il est vrai, du patriotisme un peu rétréci et comme renouvelé du Constitutionnel : mais tel je suis, tel je me montre à mes amis, et il y a chez moi une sympathie encore bien vive pour les vainqueurs de 92 et 93, et les morts de Waterloo.

Après le drame vient la comédie : nous avons eu la nôtre hier à la Chambre des députés. M. Salverte ', par suite d'engagements particuliers pris, dit-on, avec ses commettants, a renouvelé la proposition Labbey de Pompierre ^ contre le ministère Villèle. Vous aurez vu par le récit des journaux combien il a été commun, mauvais, ennuyeux ; tout le monde à la Chambre bâillait et songeait à s'en aller; c'est un vrai coup d'épée dans l'eau qui fait un assez mauvais efl*et au commencement de la session ; on craignait de graves résultats à cette échauffourée ; on disait que l'extrême droite et l'extrême gauche réunies feraient passer la proposition, la droite pour amener des questions de personne et reculer les lois municipales, la gauche par un reste de vieille colère et de

1. Anne-Joseph-Eusèbe Baconnière de Salverte (ijji-iSSg), avocat au Châtelet, condamné à mort par contumace après le i3 vendémiaire, député de Paris (1828-1839), siégeant à l'extrême gauche.

a. Guillaume-Xavier Labbey de Pompierre (i75i-i83i), capitaine retraité en 1789, membre du Corps législatif (i8i3), député (1819-1831), grand-père de M^e Odilon Barrot. Il avait déposé, le 3o mai i8a8, une proposition de mise en accusation contre le ministère Villèle.

68 LETTRES A MONTALKMBERT.

haine violente contre le Triumvirat i. On répète aussi partout dans les cercles royalistes que cet événement va jeter la désunion dans les deux fractions du parti national; je ne le crois pas; l'extrême gauche est assez disposée à de grandes concessions pour vivre en paix avec le centre gauche; M. Benjamin-Constant 2, qui la dirige en grande partie, emploie aujourd'hui toute son habileté à cimenter de plus en plus cette union ; tous ses articles insérés au Courrier français tendent vers ce but, et j'espère qu'il y réussira, car vous savez comme j'aime l'union ; en attendant, la Gazette espère, mais je crois qu'on pourra finir pour {sic) lui répéter ces vers dans je ne sais quelle comédie de Molière :

Belle Philis, on désespère, Alors qu'on espère toujours 3.

L'opposition royaliste est faible et désunie ; pas un homme ne se présente pour en prendre le commandement, pour être son leader. M. de la Bourdonnaye 4 est vieux et déconsidéré, M. Bavez ^ toujours malade de sa

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