Mahmoud II (ijSS-iSSg), sultan des Turcs depuis
2. Mustapha-Méhémet Rechid-Pacha (iSoa-iSSS), homme d'État turc, à plusieurs reprises ambassadeur à Paris, ministre des affaires étrangères et grand-vizir.
3. Bernardine-Eugénie-Désirée Glary (1^57-1860), était sœur cadette de M"" Joseph Bonaparte (la reine Julie) : après l'abandon d'un projet de mariage avec Napoléon, elle avait épousé Bernadotte le 3o thermidor an Yl (i: août 1798).
à Paris vos débuts de Stockholm, on pourrait bien faire une croix noire sur votre maison et vous appareiller à tous ces coquins de sans -culottes que Dieu punisse.
Sur ce, je vous souhaite le moins d'ennui et le plus prompt retour possible et vais aller me coucher, consolé maintenant pour avoir causé avec vous de n'avoir pu entendre ce soir M'"*' Malibran ^ dont, pour vous le dire en passant, le talent admirable et presque le génie font les délices de notre grande ville.
Tout à vous.
Alph. d'Herbelot.
I. Marie-Félicité Garcia (i8o8-i836), célèbre cantatrice, mariée au banquier Malibran, dont elle continuait à porter le nom après l'annulation de son mariage.
Ce 17 avril (1829).
Je vous écris en toute hâte, mon cher Montalembert, et beaucoup pkis brièvement que je n'aurais voulu le faire, pour vous soumettre une proposition qui ne souffre pas de délais.
11 se forme dans ce moment à Paris, sous le titre d'Annales judiciaires et législatives i, un journal qui se propose de traiter toutes les grandes questions de législation et d'organisation judiciaire, tant en France qu'à l'étranger, et de donner un résumé philosophique des travaux des assemblées délibérantes dans toute l'Europe. Il sera rédigé par le duc de Broglie 2, MM. Guizot, Decazes, Comte 3, Dunoyer 4, Berville 5, Odilon Barrot ^
1. Le titre exact de cette publication, qui parut du 16 mai au 28 novembre 1829, était Annales de législation et de jurisprudence.
2. Achille-Gharles-Léonce- Victor, duc de Broglie (1783-1870), fils du constituant guillotiné sous la Terreur, auditeur (1807), pair de France (1814), l'un des chefs du parti doctrinaire, ministre de l'instruction publique (i83o) et des afiaires étrangères (i832-i836), membre de l'Assemblée législative (1849), de l'Académie française (i85o) et de l'Académie des sciences morales (1866).
3. François-Charles-Louis Comte (1782-1837), avocat, principal rédacteur du Censeur, député (i83i-i837), membre et premier secrétaire perpétuel (i832) de l'Académie des sciences morales.
4- Charles-Barthélemy-Pierre-Joseph Dunoyer (1786-1862), fondateur du Censeur, préfet après i83o, membre de l'Académie des sciences morales (i832), conseiller d'État (i838), administrateur de la Bibliothèque royale (i839).
5. Albin Berville (1788-1868), fils d'un représentant des Cent-Jours, avocat, défenseur de Paul-Louis Courier et de Béranger, avocat général à Paris (i83o), député (i838-i848), membre de l'Assemblée constituante (1848), président de chambre à la Cour impériale de Paris sous Napoléon IIL
6. Hyacinthe-Camille-Odilon Barrot (1791-1873), fils d'un conventionnel,
i; AVRIL 1829. 99
et plusieurs autres avocats célèbres. Le rédacteur eu chef étant de ma connaissance, je lui ai parlé de vous, de votre position spéciale en Suède ; je lui ai offert, en votre nom et sans vous consulter, votre collaboration. Il a accepté de suite, et je m'empresse de vous transmettre sa demande. Il désirerait avoir un article d'une quinzaine de pages au moins sur la diète suédoise, son mode d'élection, les formalités qui y sont en usage, ses travaux pendant cette session et les principales idées qui l'occupent; des notions précises sur l'ordre judiciaire en Suède, la hiérarchie de la magistrature, une sorte de statistique du genre d'affaires qui s'y présentent le plus habituellement, en un mot ce que vous aurez de plus complet sur cette matière. Vous pourrez vous étendre comme bon vous semblera. Vous signerez vos articles si cela vous convient; toutes les notabilités du journal le feront, et il pourrait vous être agréable d'être accolé à M. Guizot et au duc de Broglie. Je n'ai pas besoin de vous dire dans quel esprit sera rédigé le journal, les noms seuls sont une garantie. Je vous prierai seulement de vous mettre le plus tôt possible à la besogne ; vous allez bientôt partir pour l'Irlande, et il serait à désirer que vous fussiez prêt avant de quitter Stockholm. Je serais votre entremetteur, vous m'adresseriez vos articles, et je garderais les numéros du journal, qui vous seront remis dès qu'on sera sûr de votre collaboration, vu que je ne saurais où les envoyer courir après vous en Irlande.
Mandez-moi le plus tôt possible si vous acceptez cette proposition, ce que vous pourriez faire sur la Suède et
avocat à la Cour de cassation, député (i83o-i848), préfet de la Seine (i83oi83i), membre des deux Assemblées de la seconde république, premier ministre (1848-1849), membre de l'Académie des sciences morales (i855), vice-président du conseil d'État (1872).
lOO LETTRES A MONTALEMBERT.
peut-être plus tard sur l' administration judiciaire en Irlande, et dites-moi à peu près pour quelle époque on pourrait compter sur votre article.
Je comptais vous parler au long de la position où nous met le retrait des lois municipales i, et vous dire en même temps quelques mots de mes travaux actuels. Mais, étant fort pressé dans ce moment, je réserverai des détails plus complets pour la semaine prochaine. Je vous dirai, quant à la loi départementale, que la droite a manœuvré bien habilement, et a évidemment remporté la victoire, car c'est elle seule qui a obtenu le véritable prix du combat. Le ministère serait tombé, si l'on savait qui mettre à sa place; mais faute de mieux, on le garde. Quant à la gauche, je crois qu'elle n'a pas agi adroitement; d'ailleurs, sa majorité immuable de cent soixante membres a été assez prudente et énergique tout à la fois. Le tort est, ce me semble, de n'avoir pas laissé au ministère ses conseils d'arrondissement auxquels il tenait tant, et de n'avoir pas réservé toutes ses forces pour l'extension de la franchise électorale. C'était là le seul point important de la loi, celui qui excitait au suprême degré les inquiétudes du ministère et de la cour. La fraction du centre gauche qui s'est séparée de ses collègues sur la question des arrondissements s'y serait réunie sur celle du droit électoral, et le côté gauche aurait pu ainsi effrayer le ministère, en lui présentant une masse compacte capable à elle seule d'admettre ou de rejeter la loi. La fraction
1. Le 8 avril 1829, à la suite du vote parla Chambre d'un article additionnel supprimant les conseils d'arrondissement, Martignac et Portalis avaient, séance tenante, fait signer par le roi une ordonnance retirant les deux projets de loi sur l'organisation communale et départementale. Le vote était dû à l'abstention de la droite, qui avait mis le centre en minorité.
17 AVRIL 1829. loi
Humann », Oberkampf ^ et autres est composée d'hommes honnêtes, un peu timides mais franchement constitutionnels; la preuve en est que malgré les attaques dont elle a été l'objet de la part des hommes et des journaux de l'extrême gauche, elle a fait cause commune avec elle depuis, sur une foule de questions secondaires. Cependant je n'approuve pas, en général, la conduite de ces hommes : 'ils sont trop prompts à se désunir devant un ennemi qui est compact comme un seul homme, et ne ressent jamais le froissement de ces petites notabilités individuelles qui peuplent la gauche. Je ne vous parlerai guère politique aujourd'hui, car que vous dire? rien à l'intérieur depuis le retrait des lois, rien à l'extérieur; nous sommes comme un vaisseau désemparé au milieu des tempêtes qui menacent d'agiter l'Europe; nous n'avons seulement pas un pauvre pilote; je ne sais s'il en viendra un ; on parle toujours de M. de Rayneval.
Je m'occupe beaucoup en ce moment d'études sur le xvi« siècle ; je veux connaître à fond l'école italienne philosophique de Machiavel à Paolo Sarpi, et l'école française de Rabelais à Charron, avant de mettre la main au protestantisme. Je vous ai déjà exposé quelques-unes de mes idées sur une tentative de réforme philosophique, dans le mauvais sens du mot, au xvi« siècle. C'est étonnant comme Rabelais me semble ressembler à Voltaire ! égale indécision dans les systèmes philosophiques, égale haine pour le catholicisme, même genre d'argumentation : la raillerie. Si l'opinion que j'ai recueillie de la
1. Jean-George» Humann (1580-1842), négociant à Strasbourg, député (i8ao- 1827 et 1828-1835), ministre des finances (i832-i836 et 1840-1842), pair de France (i83:).
2. Emile, baron Oberkampf (1787-1837), fils et successeur du fondateur des manufactures de Jouy, député (1827-1831).
lecture de Rabelais se trouve vérifiée par l'examen attentif" des autres écrits du temps, il pourra être curieux de suivre la marche de cette tentative irréligieuse agissant parallèlement à la réforme protestante, et s'en riant, comme l'ont fait Rabelais, Erasme et Montaigne, parce que ces hommes érudits et universitaires étaient effarouchés de l'austérité du jargon barbare des réformateurs. Une autre nuance d'opinion est aussi bien intéressante à suivre dans ses développements : c'est l'opinion politique libérale enfantée par la Réforme, germant spécialement dans le Midi et aux environs de La Rochelle, la Genève de la France. Dans cette école se placent Bodin, je crois, Montaigne, Pasquier, et surtout le déclamateur La Boétie, l'ami cher de Montaigne. Cette école politique s'est dispersée plus tard devant la hache de Richelieu ; quant à l'école philosophique, elle me semble s'être scindée en deux parts, l'une qui se réunit au calvinisme (de Bèze, le cardinal de Ghatillon, Marot, Erasme jusqu'à un certain point) ; l'autre, trouvant le calvinisme trop sévère, séparée de lui par les idées morales et politiques, et n'ayant d'ailleurs aucune influence sur les masses populaires, se rejeta dans le catholicisme, au moins par un bout (Charron, Montaigne lui-même). Je m'occupe beaucoup d'Erasme pour le moment; il est plus philosophe et par conséquent moins aigre que Rabelais ; je ne le connais pas encore assez pour en porter un jugement définitif.
Pardon de tous ces détails incohérents; faute de temps, je termine ici mon épitre que je continuerai la semaine prochaine ; prompte réponse pour le journal.
Tout à vous.
Alph. d'Herbelot.
34 avril (1829).
Au moment où cette lettre vous parviendra, vous serez, j'espère, occupé, mon cher ami, à ramasser les documents nécessaires à votre travail. Je songe avec plaisir que cela vous donnera l'occasion de consacrer quelques lignes à ce baron d'Anskarsward qui paraît vous avoir inspiré une si vive estime. Je vous recommande pour la seconde fois des détails sur les formes judiciaires usitées en Suède, si vous pouvez en recueillir de positifs. Tous les détails venus de votre ennuyeux Stockholm et rentrant dans le cadre du journal seront bien accueillis à Paris.
Que vous dirai-je en politique? Rien que des lamentations; je m'indigne comme vous de la conduite de la Chambre, seulement je me l'explique peut-être plus facilement. La gauche proprement dite, à qui l'on a violemment reproché son opposition quelquefois intempestive en i8ao, 1821, etc., a tremblé devant ce reproche, et a voulu avant tout ménager le centre gauche pour le réunir à elle. Or, s'il se trouve au centre gauche quelques hommes qui joignent les lumières à la modération, il y en a aussi beaucoup dont l'ignorance ne le cède qu'à la timidité, hommes sans idées arrêtées, gobe-mouches au frac galonné baisant les mains de tout ministre qui leur jette de belles paroles. C'est cette fraction nombreuse qui rend si vacillante la conduite du parti national et lui ôte tout caractère. La question se réduit pour le côté gauche à savoir s'il rowi-
pra avec la majorité du centre ou s'il cherchera par mille concessions à obtenir de Faide de ses alliés quelque bienfait pour le pays. Quand je dis le côté gauche, j'entends cette portion de la Chambre qui, composée, il est vrai, d'éléments hétérogènes et inégalement purs, n'a cessé depuis quinze ans de rompre des lances en faveur de la cause sacrée. Si ces membres se taisent aujourd'hui, c'est qu'ils craignent de compromettre par leur aigreur involontaire le sort des améliorations possibles. Voilà ce qui explique la retraite de M. de Pradt i, le silence habituel de d'Argenson 2, Devaux 3, Lafayette, Dupont de l'Eure, tous ces vétérans de nos batailles législatives. Quant à Casimir Périer 4, on dit qu'un mal de poitrine l'oblige à renoncer à la tribune. Benjamin Constant ne fait pas, ce me semble, de faibles efforts; mais partisan de l'union avec le centre, il travaille sans cesse à apaiser son parti et ses collègues. Vous êtes, ce me semble, bien sévère avec Dupin : c'est un grand talent auquel il ne manque que de la conscience.
Vous me paraissez aussi avoir bien de l'indulgence pour
1. Dorai nique-Georges-Frédéric de Fourt de Pradt (i;5g-i837), grand vicaire de Rouen (i:;85), député du clergé de Gaudebec aux États généraux (1789), émigré, aumônier de Napoléon (t8o4), évêque de Poitiers (i8o5), transféré à l'archevêché de Malines sans l'institution du pape (1808), démissionnaire (i8i5), mêlé au mouvement libéral, élu député en 1827, donna sa démission en 1829 par dépit de ne point jouer un plus grand rôle à la Ghambre.
2. Marc- René-Marie, comte de Voyer de Paulmy d'Argenson (1771-1842), marié à Sophie-Rose de Rosen, veuve du prince Gharles-Louis-Victor de Broglie, fut préfet des Deux-Néthes (i8o9-i8i3), représentant aux Gent- Jours, député de l'extrême gauche (1815-1824, 1828-1829, i83o-i834).
3. Augustin-Marie, baron Devaux (1769-1838), procureur syndic du district de Ghâteauroux, député aux Ginq-Gents (1796), avocat à Bourges, député (1819-1837), conseiller d'État (i83o).
4. Gasimir-Pierre Périer {1777-1832), banquier à Paris, député (1817-1832), président de la Ghambre (i83i), président du conseil (i83i-i832). Sa réserve pendant les sessions de i8a8 et 1829 frappa en effet les contemporains.
l'extrême droite, les Conny ^, les La Boulaye 2. Sans doute, je conçois ce qu'il y a de noble et de généreux dans leur attachement routinier pour le trône et l'autel, dont ils comprennent si mal la position ; mais que signifient leurs doctrines? où diable nous mèneraient-elles? En supposant qu elles ne soient pas aussi fausses que je le pense, elles n'en sont pas moins contraires à l'opinion publique ; elles ne pourraient triompher qu'en froissant la majorité des Français, en remplaçant Tordre légal, cette expression si chère au Messager des Chambres, par cette administration à la Miguel 3, que souhaite si fort la Quotidienne. Ces hommes sont d'un autre temps que nous ; laissons-les mourir, quitte à voir après ce qu'il conviendra de faire.
Je dévoue le ministère aux dieux infernaux ; il est cent fois plus niais et tend à devenir plus malfaisant encore que Villèle et ses laquais à portefeuille. Ce Martignac passe les bornes; depuis sa dernière équipée, il est devenu de melliflu insolent; on devrait le huer, un beau jour, avec son éloquence gasconne. M. Roy, vrai homme d'argent, demande des impôts, toujours des impôts, sans savoir si on peut les payer ; tout ce qui sort de ses mains, monopole, loi sur les boissons, loi des comptes, est entaché d'une fiscalité odieuse. Quant à Portails, pour vous donner une idée de la célérité avec laquelle nos affaires
1. Jcan-Louis-EIéonor-Félix, vicomte de Conny de la Fay (1776-1850), souspréfet de la Palisse en i8i5, avait tenté de s'opposer à la marche de Napoléon ; maître des requêtes (i8i6), député (1827-1830).
2. Jean-Baptisle-Antoine-Georgette Dubuisson, vicomte de la Boulaye, député (i82j-i83o), secrétaire général de la maison du roi.
3. Dom Marie-Évariste-Miguel (1802-1866), troisième fils du roi Jean VI de Portugal, chef du parti absolutiste, après avoir trois fois conspiré contre son père, venait de détrôner sa nièce doua Maria, dont il était le tuteur et le fiancé ; il devait être vaincu et chassé du Portugal en i834. H était alors exalté en France par la pi'esse ultra, et honni dans les milieux libéraux.
I06 LETTRES A MONTALKMBERT.
étrangères doivent être menées, je vous dirai que depuis deux mois un projet sur les juges-auditeurs a été rédigé par M. Bourdeauet que M. Portalis n'a pu trouver encore le temps d'y apposer sa signature. Ces pygmées tremblent toujours devant l'idée de s'adjoindre un ministre des affaires étrangères un peu plus haut qu'eux; ils font comme ces gens qui, ayant des crevasses à leur maison, n'osent pas la réparer, dans la crainte qu'au premier coup de marteau tout l'édifice ne tombe en ruines. Je ne sais qui nous en débarrassera, mais vraiment ils nous donnent bien l'air du royaume de Lilliput. On dit qu'ils trouvent obstacle de la part de toute la famille royale ; ils devraient bien lui apprendre à comprendre quelque chose à nos affaires et la distraire un peu des souvenirs à la Louis XIV.
Un député, M. Énouf, de la Manche », me citait, il y a quelques jours, un fait assez curieux; je ne sais si vous le jugerez possible. Le roi, dit-il, a une sorte de livre noir où sont consignés les noms des individus qui, soit avant, soit depuis la Restauration, ont manifesté des sentiments suspects de démocratisme et d'impérialisme. Toute place demandée par ces individus ou en leur nom est refusée par le roi sans autre motif. Au nombre de ces proscrits figurent Lafayette, Dupont de l'Eure, etc., etc., et beaucoup d'obscurs provinciaux qui ne se doutent [pas] que le roi leur fait l'honneur de les haïr. Plusieurs faits, que l'on m'a cités, viennent à l'appui de ce dire ; on dit même que les ministres n'en font pas mystère à leurs affidés. Gela prouverait que Charles X n'oublie pas les injures du comte d'Artois.
Je laisse là la politique qui jusqu'au budget ne nous