VIII AVERTISSEMENT
loux et Lacordaire, l'un des plus éloquents champions du catholicisme libéral. Quant à Alexandre-Marie-Léon Gornudet (1808-1876), entré au conseil d'Etat comme auditeur de seconde classe en i836, il y devint président de section en 1867, légitime couronnement d'une carrière toute de labeur et d'indépendance; de cette indépendance, il avait donné une preuve mémorable en 1862, quand, dans l'affaire dite des biens d'Orléans, il avait refusé de se prononcer contre la compétence judiciaire. Ses dernières années, après 1870, furent consacrées presque exclusivement aux œuvres de piété et de charité, qui avaient toujours tenu une place importante dans sa vie. Son étroite amitié avec Montalembert, nouée sur les bancs du collège Sainte-Barbe, est demeurée célèbre et presque populaire, depuis que le témoignage en a été livré à la publicité i. D'Herbelot, qui avait fait ses études à Louis-le-Grand et à Henri IV, s'était lié avec les deux amis au sortir du collège, peut-être par l'entremise de Rio. 11 écrivit à Gornudet, pendant les deux étés de 1829 et de i83o, des lettres telles qu'en ont échangé de tout temps les étudiants en vacances, mais auxquelles les événements politiques prêtent un vif intérêt. Quant à sa correspondance avec Montalembert, le caractère en est tout différent et l'attrait plus grand encore. A l'automne de 1829, Gharles de Montalembert avait dû, un peu à regret, quitter Paris pour aller rejoindre son père, ministre plénipotentiaire à Stockholm. Ses amis lui avaient promis de distraire et de renseigner son exil : d'Herbelot tint fidèlement parole, et d'août 1828 à octobre 1829, il ne lui adressa pas moins de trente lettres, fort longues pour la plupart, que Montalembert lui-même traitait de « chroniques politiques ». Loin d'en éprouver la moindre jalousie, Gornudet était le premier à s'effacer en cette matière devant la jeune compétence de d'Herbelot, déjà très répandu, malgré ses vingt ans, dans les
I. Les Lettres d un ami de collège, publiées en i8j3 par Gornudet, ont été réimprimées en 1884 avec ses réponses, par les soins de son fils aîné, et complétées en igoS, par son petit-fils, de la Correspondance échangée entre les deux amis après i83i.