AVERTISSEMENT. IX
milieux universitaires et parlementaires : « D'Herbelot est beaucoup plus à môme que moi de te parler de ce que les journaux ne contiennent pas, parce qu'il va beaucoup plus que moi dans le monde i. » Aux nouvelles politiques, commentées avec la fougue de son âge et de ses convictions, d'Herbelot mêlait des considérations sur l'histoire, qui l'attirait tout spécialement, sur la religion, à. l'égard de laquelle nous dirons plus loin sa disposition d'esprit un peu particulière; il s'appliquait à réconforter son correspondant. A défaut des effusions pieuses qui rendent si touchantes les lettres de Gornudet, il adressait à Montalembert des conseils empreints d'un stoïcisme singulièrement grave et austère. Interrompue au retour de Montalembert à Paris, la correspondance reprit au lendemain de son départ pour l'Irlande, qui avait presque coïncidé avec la signature des ordonnances de juillet i83o : cinq lettres se succédèrent alors, les premières écrites littéralement dans le feu et l'ivresse du combat révolutionnaire, les suivantes laissant percer une pointe de désenchantement, moins sensible pourtant que dans les lettres à Gornudet.
Est-ce s'abuser que de juger les lettres d'Alphonse d'Herbelot remarquables de tenue littéraire, pour qui tient compte de l'âge de l'auteur et du laisser aller d'une correspondance entre camarades ? Est-ce exagérer que de les rapprocher des lettres trop oubliées, écrites de l'Inde vers la môme époque par le jeune naturaliste Victor Jacquemont?Même ardeur de passion libérale, avec une noie plus spiritualiste et moins antibonapartiste chez d'Herbelot ; môme fougue juvénile, se trahissant plutôt par le mouvement de la phrase que par le coloris des mots; même langue souple, aisée et abstraite. Mais cet incontestable mérite littéraire ne nous paraît ici qu'un accessoire : le grand intérêt de la correspondance d'Alphonse d'Herbelot est d'ordre historique, et si la Société d'histoire contempo-