Sans doute le directeur des Annales
2. Albert-Paul Royer-Collard (i 797-1865), neveu de l'homme politique, professeur à la Faculté de droit de Paris (1829), doyen (1845-1847).
3. La Gazette des cultes parut, avec un titre un peu modifié, du la mai 1829 au 6 juillet i83o.
4. Jean-Achille-Jérôme Darmaing (1794-1836), élève de l'École normale, ancien professeur à Saint-Gyr, fonda la Gazette des Tribunaux (i825)et dirigea le Constitutionnel de i832 à i833.
5. La Tribune des départements, publiée du 8 juin 1829 au 11 mai i835, devint après i83o un des plus violents organes d'extrême gauche.
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connaître l'esprit, la statistique morale et territoriale ; d'ailleurs , fervent patriotisme , quelque peu de carbonarisme réchauffé ; mauvais articles politiques, qui échaufTent pourtant la bile et gourmandent vertement et justement les députes infidèles à leur mandat. Vous connaissez probablement le nouveau Journal de Paris ; il s'appelle maintenant la France nouvelle ^. Au fait, il a de la verdeur, de la jeunesse, peu de lumières et beaucoup de déclamation ; à tout prendre, passable et bien supérieur au Constitutionnel. Enfin, nous allons avoir un immense journal, le Temps 2, du même format que le Times anglais, et dont l'entrepreneur est un certain Coste 3, grand intrigant, assez connu pour avoir trafiqué avec le dernier ministère des Tablettes universelles 4. Il faut dire, d'ailleurs, qu'il s'est entouré de l'élite des écrivains constitutionnels, et paraît disposé à faire rude guerre aux arriérés de tous les partis. Malheureusement il aura, je crois, peu d'unité, des frais énormes, et je crains qu'il ne nous débarrasse pas de cet indigne Constitutionnel, véritable éteignoir de l'opinion libérale en France, qui la met dans des langes et exploite à son profit une enfance qu'il entretient à toute force.
Yous voyez que notre presse périodique est, sinon très brillante et très solide, au moins très nombreuse. Elle commence d'ailleurs à être vivement inquiétée. Vous avez vu le procès du Courrier ; si j'ai de la place, je vous
I. Le journal parut sous ce titre du 12 juin 182g au 9 juin i833, pour reprendre ensuite celui de Journal de Paris.
a. Le Temps., auquel Guizot collaborait, parut alors du i5 octobre 182g au 17 juin 1842, pour revivre en 1849, P^^is définitivement en 1861.
3. Jacques Coste, un des premiers à envisager dans la presse le côté spéculatif et industriel.
4. Les Tablettes universelles, publiées depuis 1820, passées en i8a3 sous la direction de Coste, avaient été vendues par lui en 1824 au ministère Villèle.
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donnerai mon avis sur cette affaire à la fin de ma lettre. Le Corsaire est traduit en justice pour avoir critiqué cet arrêt ; Tancien Album, poursuivi pour un article ignoble il est vrai, que vous aurez vu dans la Gazette, mais qu'il eût certes mieux valu laisser tomber, puis pour deux autres, qu'on dit assez innocents. Ce n'est pas tout : M. Bourdeau vient d'envoyer à tous les procureurs du roi de province une circulaire, dans laquelle il leur recommande de surveiller avec grand soin la presse périodique, qui empêche, dit-il, le recouvrement des impôts, en les attaquant açec violence ; de sévir contre ces brochures impies qui insultent tout ce qu'on doit respecter ; de lui transmettre prompte communication de tout ce qu'ils feront et requerront dans leurs départements. Cette circulaire a été quelques jours tenue secrète ; on se l'est procurée au Courrier par une voie sûre, et vous la verrez le 4 juillet dans ce journal. Je ne sais ce qu'indique ce déchaînement contre les journaux : le ministère se tournerait-il décidément à droite ? L'avenir l'apprendra. Ce qui peut donner de sérieuses inquiétudes, c'est que la Chambre actuelle n'a procuré aucune garantie réelle aux contribuables, et que s'il plaisait au ministère de recommencer M. de Villèle, il ne trouverait pas d'obstacle sérieux. J'avoue qu'il est fâcheux de n'avoir d'autre moyen de défense que la presse périodique, dont la nature est nécessairement l'exagération et la violence ; mais, faute de mieux, nous devons nous servir de cette arme, et, au besoin, nous le ferons.
En attendant, la discussion du budget est sur le point de se terminer : le ministère aura son argent et so gaussera de nous. Il n'y aura plus maintenant de discussion sérieuse qu'à propos de l'allocation de la Cour des comptes, dont on demande la réorganisation. Vous avez
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dû être content de la discussion sur le ministère de la guerre. Le général Lamarque » me parait avoir traité à fond toutes les questions qu'il a touchées, entre autres les Suisses, les gardes du corps et la garde royale. M. de Caux 2 a été misérable, répondant à tout qu'il verrait, qu'il prendrait des mesures, et emportant tout, en ne demandant que des concessions provisoires; c'est le système de l'intérim personnifié. Les royalistes font mine d'être effrayés des attaques portées aux corps privilégiés, et, au fait, ces corps seuls pourraient se prêter à quelques velléités de contre-révolution. 11 faut convenir d'ailleurs que la tendance démocratique a aujourd'hui une grande puissance d'impulsion; avec la garde nationale d'une part, et la suppression des régiments privilégiés de l'autre, on pourra voir un jour par la fenêtre la monarchie s'en aller, sans que personne dise mot pour la soutenir. Malheureusement, le parti royaliste est déconsidéré universellement, peu nombreux, mourant chaque jour, et passe pour un composé de niais ou de trompeurs. Niais, je ne le crois pas, sauf les lecteurs de la Gazette^ qui voient une conspiration tout entière dans un couplet falsifié d'orgue de Barbarie ; trompeurs, il faut avouer que depuis 1814, on nous en a fait voir de dures, et que les institutions depuis si longtemps promises ressemblent trop à une diligence embourbée. Tout cela fait que les motions dirigées contre le pouvoir royal sont accueillies avec enthousiasme par la nation; et comme, à tout prendre, la nation gouverne par ses députés, les discours des députés
I. Maximilien, comte Lamarque (1772-1832), soldat en 1791, général (1801), divisionnaire (i8o(i), exilé après les Ccnt-Jours, député (i828-i83q).
a, Louis-Victor, ricomte de Caux de Blacquetot (i;;5-i845), offîcier du génie, général (181 1), conseiller d'État (1817), député (1827-1831), ministre de la guerre (1828-1839), pair de France (i832).
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de la gauche deviennent petit à petit de vraies prédictions, et s'accomplissent les uns après les autres. Ne croyez pas cependant que cette marche, qui m'inquiète un peu, me fasse désespérer de la France. Je n'ai point une confiance aveugle dans le gouvernement représentatif, et ne crois pas que la liberté soit comme la lance d'Achille, qu'elle guérisse ses propres blessures. Mais je suis loin, comme l'ami dont vous me parlez, de rechercher un remède à mes inquiétudes dans quelques opinions du côté droit. Je pense fermement que si la France peut être sauvée, c'est par le libéralisme; l'opinion contraire la jetterait immédiatement dans un abîme sans fond. Si le libéralisme ne nous tire pas décidément d'affaire et ne nous constitue pas dans une voie nouvelle, c'est que notre rôle est joué dans le monde, que nous sommes condamnés à disparaître comme Babylone, comme Athènes, comme Garthage; que nous avons fait notre mission et devons laisser à d'autres le soin de féconder les principes que nous avons mis dans le monde. Il me semble donc que nous n'avons d'autre ressource que de nous attacher au libéralisme comme à une ancre de salut; là seulement il y a de la jeunesse, de l'avenir, si tant est que notre civilisation en ait encore. S'il nous manque, il ne nous reste plus qu'à nous retirer, à l'instar de ces philosophes du Bas-Empire qui, n'ayant plus d'espoir, s'en allaient mourir dans leurs villas en même temps que la République. Mais nous n'en sommes pas encore là, et probablement, nous n'assisterons pas à ce grand enterrement.
Je fais trêve aux réflexions philosophiques, pour traiter avec vous une question positive. Que dites-vous du jugement qui condamne le Courrier? Concevez-vous ce tribunal qui décide que l'éternité de la foi est un des dogmes