AVERTISSEMENT
raine en a adopté la publication, c'est qu'elle éclaire d'un rayon nouveau l'état d'esprit de la jeunesse libérale aux approches et au lendemain de la révolution de i83o. Sans entamer des polémiques rétrospectives qui seraient ici parfaitement importunes et déplacées, il convient du moins de préciser cet état d'esprit.
Contre la monarchie restaurée, Alphonse d'Herbelot avait d'abord les griefs ou les préjugés de la foule de ses condisciples, de ses maîtres et de ses collaborateurs : la solidarité acceptée, ou du moins non répudiée, avec les envahisseurs de i8i4 et i8i5 ; la méconnaissance de nos récentes gloires militaires ; l'attachement systématique aux formes surannées ou déplaisantes de l'ancien régime; l'ininteUigence des aspirations et le dédain des hommes de la France nouvelle ; la répugnance à toutes les réformes vraiment libérales. De ces accusations, alors très répandues et pour ainsi dire courantes, la plupart étaient fort exagérées pour le moins, et Montalembert, après les avoir en partie prises à son compte avec Tintempérance de l'adolescence, devait en faire plus tard son meâ culpâ I ; d'autres engageaient la responsabilité de l'entourage des princes plutôt que la leur propre. Ce sont ces influences de cour que Chateaubriand, le Chateaubriand légitimiste de i833, allait dénoncer rétrospectivement avec sa coutumière amertume : « La famille royale végétait dans cette citadelle de la bêtise et de l'envie, qu'assiégeaient, sans pouvoir y pénétrer, les générations nouvelles 2. »
D'Herbelot avait en outre des rancunes personnelles contre le gouvernement de la Restauration, ou plutôt des rancunes
I. Il écrivait le 4 avril 1868 à Nettement, l'historien de la Restauration : « Entré moi-même dans la vie à cette époque, je demeure consterné au souvenir de l'impopularité dont ce noble régime était entouré et des préjugés dont j'ai été moi-même plus ou moins atteint. » (Biré, Alfred Nettement^ p. 5ii.)
a. Mémoires d'Outre-Tombe, éd. Biré, t. VI, p. i5g.