L'un des vice-présidents au tribunal de la Seine
4. Pierre, chevalier Chilhaud de la Rigaudie (1749-1834), conseiller au prcsidial de Périgueux, incarcéré pendant la Terreur, membre de l'administration centrale de la Dordogne (ijgS), membre du Corps législatif (an XI-1811), conseiller à la cour de Bordeaux (i8ii), député (iSiS-iSi^, 1834- 1827, i83o-i83i), conseiller à la Cour de cassation (i825).
6 AOUT l83o. '2l6
Bordeaux, pas plus que pour le dauphin. Entraînés par la force plus loin que nous ne le voulions, nous avons reconquis notre liberté pleine et entière et sommes disposés à en user et à la défendre contre toute usurpation nouvelle. Une autre question va encore soulever de vives querelles. Peyronnet s'est fait niaisement.... prendre à Tours, et les sept ministres viennent d'être accusés de haute trahison par les députés. Peyronnet et Ghantelauze ï vont donc être traduits devant la Chambre des pairs. Les condamnera-t-elle ? On assure que beaucoup de pairs sont d'un avis opposé ; or, je suis certain que si Peyronnet n'est pas condamné à mort, Paris se soulèvera de nouveau, et, en effet, s'il ne paie pas son crime de sa tête, il sera dès lors convenu et décidé que tout ministre pourra, au gré de son caprice, faire mitrailler des milliers de Français, et puis se promener tranquillement par le monde comme si de rien n'était ^.
Hier, des groupes nombreux se sont portés à la Chambre des députés pour demander l'abolition de l'hérédité de la pairie. On annonce qu'ils seront aujourd'hui plus menaçants ; des clubs se forment de toutes paris ; cependant, la presse est assez calme et généralement engage à la modération. Vous lirez dans les journaux les propositions de M. Bérard ^ : elles sont satisfaisantes : mais, mal-
1. Jean-Claude-Balthazar-Victor de Chantclauze (1787-1859), avocat général à Lyon (i8i5), procureur g"énéral à Douai et à Riom (1826), premier président à Grenoble (1829), député (1827-1830), garde des sceaux (mai i83o), principal rédacteur des ordonnances, condamné à la prison perpétuelle (décembre i83o), gracié (i836).
2. On verra que d'Herbelot ne tarda pas à revenir à des sentiments moins sanguinaires.
3. Augustin-Simon-Louis Bérard (1783-1869), fils d'une victime de la Terreur, auditeur (1810), maître des requêtes (i8i4). membre de la chambre de commerce de Paris, député (1827-1834), déposa, le 6 août i83o, la proposition qui servit de base aux modifications de la charte ; directeur général des postes et conseiller d'État (i83o), receveur général du Cher (1837).
2l6 LETTRES A MONTALEMBERT.
heureusement, la Chambre n'a pas la confiance publique ; elle ne s'est pas assez courageusement montrée pendant les jours d'orage. On compte davantage sur les intentions connues du duc d'Orléans ; sa bonne foi n'est pas suspecte et ses opinions libérales paraissent prononcées ; Cousin assure que le duc est beaucoup plus démocrate que lui. On s'occupe de réunir la garde royale : je pense qu'on va la dissoudre ; il est difficile que ces régiments, contre lesquels on s'est battu avec tant d'acharnement, rentrent à Paris tête levée et y fassent la police. Dans ce moment, tous les individus de ces corps que l'on rencontre à Paris, officiers ou soldats, sont d'une politesse et d'une humilité extraordinaires ; mais cela ne durera pas ; il est temps d'en finir avec les corps privilégiés.
Je vous ai regretté bien souvent ces jours-ci, mon bon ami, je vous regrette encore maintenant davantage ; nos opinions, si elles diffèrent, se seraient modifiées l'une l'autre par le contact, et il m'eût été bien agréable d'avoir près de moi quelqu'un qui soit en même temps un ami de cœur et un ami politique. En vérité, quelque chose conspire contre votre voyage d'Irlande, car je crois que les nouvelles de France vous troubleront souvent dans vos investigations scientifiques. Pensez à moi, et écrivez-moi quelques lignes si vous trouvez un instant. Je vous embrasse et suis à vous à la vie et à la mort.
Alphonse d'Herbelot.
7 août.
Je termine ma lettre à Paris, et, au moment où je vais la clore, j'apprends qu'une foule assez considérable se porte vers la Chambre ; les députés, qui ne sont pas braves, demandent un renfort de garde nationale ; je suis désolé de toutes ces discordes.