‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 103 sur 553 · De M. le chevalier Desp/as ' an même · texte numérisé non relu

De M. le chevalier Desp/as ' an même

[Ibid., p. 192-195.)

Cahors, ce 3 mars 1790.

... La soirée du o, j'ai été occuper le poste de la voûte avec quatre de mes camarades, à la nouvelle de l'arrivée du peuple entre 4 et 5 heures. Nous avons été relevés à 8 heures. Ensuite j'ai été mis en sentinelle à 9 heures et demie à la grille, et j'ai été relevé à 2 heures passées par M. Decourqui étoit de nuit. Pendant tout le temps que j'y ai resté, j'ai été

). Jo n'ai pu li'ouvor aucun renseignement sur ce fiarde du corps de la compagnie écussaise. l'eul-être sagil-il de Anloine Desplas, lils do 15orlraud Madeleine Dcsplas, ancien mousquetaire du Roi. Cette famille est en effet originaire du Qucrcj .

2. Il doit s'agir de M. de la Cour, garde de la compagnie écossaise.

AU COMTE D AGÛULT Ht

insulté par certains de la populace, qui me disoient que nous ne serions pas demain à 6 heures à ces postes, que nous les avions gardés assez longtemps, quil étoit temps qu'ils eussent leur tour. Ils ont ajouté bien des invectives. Dans ce temps messieurs les députés sont passés et montés chez le Roy. Comme j'étois occupé avec le brigadier^ à tenir la porte, un de ces messieurs députés, craignant du train, nous a priés de les laisser faire. Il s'est saisi de la porte, a fait entrer le reste de l'Assemblée et a repoussé ceux qu'il a reconnus n'être pas de la députation. Il nous a remis ensuite la clef. Lorsque ces messieurs sont descendus, plusieurs que je n'ai jamais connus m'ont pris par la main en passant tour à tour, et me la pressoient, comme pour me dire qu'infailliblement nous allions devenir les victimes innocentes de ceux qui conduisoient cette trame.

Entre 1 1 heures et minuit, M. de La Fayette est arrivé avec la troupe de Paris et est monte chez le Roy en passant par la grille. Il m'a pris par la main et m'a conduit à dix pas de là, suivi de quatre de ses officiers ; il m'a dit d'engager mes camarades jeunes gens d'être circonspects et de ne tenir aucuns propos indiscrets. Je lui ai répondu que j'étois assuré que mes camarades ne s'étoient permis aucuns propos, que j'avois vu que dans la journée, quelques heures avant l'alarme, ils n'avoient rien répondu à certains bourgeois de Versailles, qui les avoient insultés à leur passage en montant au Château. Le général me dit que sur toute la route de Paris à Versailles on crioit hautement qu'il falloit saper les Garfles du corps, qu'il étoit au désespoir, qu'il avoit été forcé la baïonnette sur la poitrine de venir à Versailles, qu'il alloit monter chez le Roy pour lui dire que les Gardes françoises vouloient reprendre les postes. Après cette conférence, me tenant toujours par la main pendant tout l'entretien, il est monté chez le Roy.

Un moment après que les grenadiers ont eu pris les postes, les Gardes ont été relevés, et on n'a laissé que la sentinelle. Alors il s'est rassemblé derrière la grille beaucoup de peuple qui a commencé à m'invectiver par les propos les plus outrageans. Comme j'étois à me promener tout le long du grillage, il s'est avancé un personnage, de la taille environ de 5 pieds 1 pouce, car je l'aurai toujours présent; il ma dit, d'un air de mystère, qu il avoit quelque chose à me dire à l'oreille pour

I. Ce brigadier était Paul-Louis-Etienne de Cliarmont, brigadier des Gardes du corps, de la compagnie de Gramont {Procédure instruite, l. II, p. 6-7).

Page 1