De M. le chevalier d'Arbonneaii^ au même
{Ibid., p. 234-236.)
Limoges, le 25 février 1790.
... Jai été, le 5 octobre, en sentinelle au salon du Roy depuis 6 heures jusqu'à 9 heures du soir. Je fus ensuite à la grille. Il me seroit impossible, Monsieur le comte, de vous rapporter tout ce que jai entendu vomir d'horreurs contre la Reine et contre nous. Elles étoicnt telles que les projets de ces forcenés ne sauroient être un problème pour moi. Je quittai ce poste pour secourir M. Guéroult- qu'on avoit soustrait aux fureurs de ces bêles féroces. Je courus par tout le Château pour trouver un ciiirurgien. Je fus jusqu'aux grands Communs, dans la rue de rOraiigerie. Partout chassé et poursuivi par cette horde infernale, je ne lui échappai que par la course. Je tentai plusieurs moyens de procurer du secours à mon camarade, mais toujours inutilement. Je trouvai toutes les issues iermées et occupées par ces misérables. La nuit se seroit passée assez tranquillement dans notre salle, si nous n'eussions à chaque instant été avertis des dangers qui nous menaçoient. Au jour en effet, sur les o heures et demie, les brigands torcent les grilles et se répandent dans les cours, égorgeant tous les Gardes du corps qu'ils rencontroient. Ne recevant aucun ordre dans le salon, qui éloit le premier poste qui se présentoit à leurs fureurs, je me transportai en armes chez le capitaine que je réveillai. Il me mena avec lui chez le Roy qui dormoit. Après que Sa jNIajesté fut levée, M. le comte de Luxembourg me demanda quatre gardes du corps pour
1. Plusieurs frères .\i-bonneau, lous fils de Micliel dWrbouneau, « conseiller du Roi, doyeu des médecins de Limoges », mort en 1772, servaient aux Gardes du corps. Celui dont il s'agit ici est probablement l'ainé, Malhieu-Josepli d'Arbonneau, né le 1"' octobre 175u, garde du corps de la compagnie de Noailles, devenu général de brigade en 1793, puis suspendu en brumaire an 11. Il vivait encore en 1809.
2. Les Guéroult étaient aussi plusieurs frères aux Gardes du corps : Gu'iroull du Berville, Guéroult du Valrael, Guéroult de Saint-Denis. Il s'agit ici de François- .Nicolas Guéroult du iisrville, âgé de trente et un ans, en 1789, garde du corps de la compagnie écossaise. (Voir sa déposition dans Procédure, t. I, p. 196-198.)