De son beau-père Foullon
2. ■ Le grenadier des Gardes françaises, ce vainqueur delà ISasIilIc, qui ouvrit à coups de sabre l'cslomac de Bertier cl en arracha le cœur, pr<?senla son liorribic troph«5e à Bailly et à La Fayette, maîtres ou plutôt esclaves du peuple. 11 vint au Palais-Royal, à la chute du jour, entra dans le caf(5 de Foy, s'assit à une table avec les cinq ou six cannibales dont il étoit le chef et demanda du café. On leur en servit. Le monstre détache le cœur de M. Bertier de la baïonnette où il éloit fixé, le presse fortement entre ses mains, en exprime quelques gouttes de sang, les répand dans les tasses de café ; en même temps la bande infernale porte le breuvage à ses lèvres et entonne l'ariette :
Non. il n'est pas de bonne fêle, Quand le cœur n'en est pas I »
(MonlgaiUard, Histoire de France depuis l'Assemblée nalioiiate, t. II, p. 105-106. '
A M. J.-B. COGELS 137
de résistance. A chaque instant, les faubourgs prennent les armes. On nous menaçoit hier d'une descente de celui de Saint-Marceau, et on assure qu'ils ont été exiger de la Ville, à force armée, la remise d'une souscription volontaire faite par différons particuliers chez Dufresnoy, et non encore réalisée i. On a été obligé de leur remettre le montant pour les calmer. Aujourd'hui, partie des Gardes françoises sont retournées à leurs casernes, pour y attendre les ordres de M. de la Fayette. 11 a profité de ce retour pour écarter et disperser le plus que possible la foule. A la maison de ville, 600 soldats y sont employés...
Chargez promptement quelqu'un de vos intérêts ; je tremble toujours pour le pillage à la suite de la misère... ^lais, pour aucune raison, ne venez ici; il n'en est aucune qui pourroit vous permettre cette démarche. Ordonnez de moi, qui suis profondément accablé, et qui sens, outre mes chagrins, ceux dont vous êtes justement pénétré.
Adieu...
10, — Bu même à M. J.B. Cogels, son oncle, à Anvers.
(lbid.,1' 1362», p. 406).
Paris, le 25 juillet 1789.
...Je n'ai pu voir vos fils depuis quelques jours, mon cher oncle ; des raisons m'ont empêché de m'éloigner beaucoup de chez moi, et les voitures ne pouvant pas aller, je n'aurois pu les voir et être sans cesse près de chez moi'^ Je ne vous parle pas du fâcheux événement arrivé à MM. FouUon et ÏBertier ; la plaie que ce souvenir rouvre est encore trop récente, et ces détails me coûtent. Ils ont été victimes innocentes de la violence populaire et tout le monde plaint leur funeste sort. Toute autorité est suspendue. Le Roy n'a pas même celle de protéger les infortunés, ni ceux qui ont du zèle à prendre le parti de son autorité ; les princes de son sang en fuite, ses généraux expatriés; tout vous montre son excessive foiblesse. L'éloignement ou la défection générale de ses troupes ont laissé les lois sans
1. Charles-Nicolas Ducloz-Dufresnoy (1733-1794) était notaire à Paris lorsqu'il y fut élu en 1789 député suppléant aux États généraux. Économiste et philanthrope il fit paraître pendant la Révolution diverses brochures d'actualité sur les finances. 11 doit être tait allusion ici à une de ses entreprises philanthropiques et financières.
2. Les deux fils de M. Cogels, Henry et Charles, habitaient Montmorency.
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puissance exécutrice, et le peuple se fait justice ou croit se la faire en sacrifiant à la soif qu'il a des spectacles sanguinaires. On ne laisse pas sortir de Paris ; cependant, s'il y avoit danger, jirois chercher vos tîls et je trouverois moyen de vous les amener, s'il en existoit; n'ayez de ce côté aucune inquiétude. . .
On attend toujours le retour de M. Necker, ce qui va faire monter copieusement les fonds. Ceux-ci sont déjà assez haut et ont monté dès l'ouverture de la Bourse qui a été huit jours suspendue à cause des troubles. Celte hausse est l'effet de la nouvelle déclaration des Etats de payer la dette nationale sans diminution.
Les désordres feront voir au Tiers qu'il est nécessaire qu'il existe un pouvoir supérieur et exécutif, et cela produira peutêtre l'effet de laisser au Roy plus d'étendue de pouvoir qu'ils ne l'avoient jugé nécessaire d'abord. Alors les affaires publiques s'arrangeront bientôt.
J'ai l'honneur...
11. — Du mrme à la comtesse de Gontrœiiil, sa sœw\ à LoKvain.
(Ibid., T* 1.^63^, p. 43.)
Versailles, 28 juillet 1789.
Je ne vous parlerai point, ma chère sœur, des scènes d'horreurs que j'ai vu se passer. Le souvenir seul m'en fait frémir et m'a donné une si grande aversion pour la ville où cet effrayant désordre s'est commis que je me suis retiré à Versailles, d'où je vous écris. L'éloignement écarte un peu les souvenirs cruels qui se retraçoient sans cesse à mon imagination, et dans quelques jours, plus tranquille, je reprendrai mon habitation à Paris, où je ne vais maintenant passer que quelques heures par jour, pour y vaquer à ce qu'exigent mes affaires...