‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 137 sur 553 · Du même à M. J.-B. Cogels, à Anvers · texte numérisé non relu

Du même à M. J.-B. Cogels, à Anvers

{Ibid., T* 13623, p. 26.)

Paris, le 3 octobre 1789.

... Tout depuis ce matin, mon cher oncle, est dans le plus terrible mouvement ici. On a pillé la maison de ville, sans qu'on

1. f'robablenieut Charles-Félix-Rcné de Vintimille, comte du Luc.

ait pu y porter assez promptement du secours ^ Une partie considérable de la milice est allée dans ce moment à Versailles avec armes, bagages et canons. On ne sait encore quelle est leur intention. Le manquement absolu de pain en est la cause. Depuis quelques jours, la disette en est extrême. On attribue cela à ce que les petites villes et villages, formant chacun une république à part, ne voulant pas laisser circuler librement les grains et les arrêtant au passage, Paris se trouve afïamé ; et il est impossible de calculer jusqu'où Ion y portera les choses. Déjà on ne laisse plus partir personne, et je ne serois pas étonné d'y revoir demain les barricades. Il est affreux de voir comme nous existons depuis trois mois. Tout ce que j'apprends ici me confirme dans l'opinion qu'il va bientôt se faire une révolution chez nous. Dieu veuille qu'on soit ensuite plus heureux! Cela me paroît difficile d'après ce que je vois sous mes yeux...

Outre la disette de vivres, dans un repas donné par les Cardes du corps au régiment de Flandre, ils ont foulé aux pieds la cocarde nationale et arboré la cocarde noire. .Voilà les motifs du trouble oii nous sommes, qui est à son comble. Les boutiques et les églises sont fermées ; la journée de demain peut être très intéressante.

Page 1