‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 199 sur 553 · C'était là une nouvelle iii-émaluréc · texte numérisé non relu

C'était là une nouvelle iii-émaluréc

3. l'eut-ètrc l.ouis-Charles-Tliéodal Taillois de f'enijfiiy (1700-1827).

En attendant, Madame la comtesse, vous êtes au milieu (Tune assemblée qui demande un juge de paix, ce juge de troublerie, s'il est, comme on dit, dans le sens de la révolution. Je vous l)lains bien d'avoir cette nombreuse compagnie. Dans le nombre sûrement il y en a qui ont coupé votre belle allée. Bon Dieu, nous sommes bien au milieu de nos plus cruels ennemis ! En Auvergne, nous éprouvons de nos paysans mille horreurs. Tout un village ne veut payer qu'en voyant nos titres. Les autres en attendent la réussite et ne payent pas. Ne les pas faire voir, ils ne payeront pas ; les l'aire voir, ils peuvent les brûler, ou intenter des procès qui seront jugés suivant le sens de la Révolution. Il vaut mieux être éloignés d'eux. Tout cela est pour appuyer vis-à-vis de vous, Madame la comtesse, le désir de vous revoir à Paris, oii réellement on est assez trancjuille, en prenant garde aux voleurs.

Pour moi, j'ai beaucoup d'hommes : mon mari et mes trois enfans. Les deux aînés *■ sont grandement déterminés. Laine vient de faire une belle action à Valenciennes, à un tapage à la comédie. Les bourgeois ameutoient contre les ofiiciers le j)cuple. Mon lils prend au collet le plus mutin et crie tout haut : « ^tessieurs, ce n'est rien ; cest une affaire particulière entre cette personne et moi ! Qu'on continue le spectacle ! » 11 propose à cet homme de vider la querelle le lendemain à la pointe <lu jour ; il demande le sabre. Par le dévouement de mon fils, le tumulte cesse. Le lendemain, il prend deux officiers de son régiment ; l'inconnu emmène 300 bourgeois, peuple, et enfin le combat commence. Mon fils lui donne quatre coups de sabre, dont l'un lui coupe la main, l'autre lui ouvre l'estomac, et lui n'a rien eu. Cet homme étoit un prévôt de salle, qui avoit été dragon huit ans. Mon lils le secourt, l'embrasse, s emporte : « (^hé ! le chirurgien ! » Le peuple, étonné de sa valeur et de sa conduite, crie : « Bravo ! » Plusieurs lui sautent au col. Jugez que cela n'aura pas eu de suite et qu'il est en roule pour venir. Je l'attends à tout moment.

Je dois vous ennuyer de tous ces menus détails, mais vous êtes mère et je puis vous les faire ; il faut jjien compter sur votre amitié et j'y compte.

Recevez avec bonté les hommages respectueux de tous les

1. Je n'ai pu trouver le nom que des deuiL premiers Gis de M"'^ d'Ambrugcac. Le Iroi- !-i(;iiie a dû mourir en bas âge. L'aine, dont il va être question, était Louis-Alexandre-.Marie. 11 l'ut lieuleuant général et pair de France et mourut en 1844. Le second .^'appelait Charles- Louis et était sous-lieutenant au régiment de Dragous-Sclioinberg. Il émigra en 1792, «-l rentra en France en 1799. Je n'ai pu savoir la date de sa mort.

208 LA COMTESSE d'AMBRUGEAC

miens et les assurances, Madame la comtesse, des sentimens que je vous ai voués.

Comtesse de Valon d'Ambrugeag

NÉE d'ErLACH.

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