‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 200 sur 553 · De la même à la même · texte numérisé non relu

De la même à la même

(Ibid.)

[Paris], ce 27 décembre 1790.

Vous me laissez l'espoir, Madame la comtesse, de vous voir aux Rois. Je vous jure que j en aurai une vive joie. Mais en aurez-vous de nous trouver toujours dans l'attente du lendemain, espérant qu'il sera meilleur que celui où Ion est ? Pour moi, je n'attends plus rien de bon. Le Roy a sanctionné hier matin la constitution du Clergé, sans attendre la réponse du Pape, et de plus a écrit une lettre à l'Assemblée de la plus grande confiance et adhésion pour la nouvelle constitution ^.. Si jamais il y a un martyr!... ^'ous voilà dans les horreurs d'une guerre civile, qui fera couler bien du sang. L'on va, dans la huitaine, obliger le Clergé et surtout ceux de l'Assemblée à prêter le serment. Ils n'en feront rien. L'évèque de Clermont-, l'abbé Maury ne céderont pas. Le cri de leur conscience est fortement prononcé dans leurs âmes ! Attendons et vivons au jour la journée !

Je vous remercie bien, Madame la comtesse, de vos billets de loges. J'ai profité de celle des François, et non des Italiens. Ce jour étoit destiné pour les pauvres ; je laisse ce soin à la Nation ; nous ne sommes plus en état de faire l'aumône. Aux François, l'on donnoit la nouvelle pièce de Jean Calas, qui est un tissu d'horreurs '^ L'on entend le cri d'un pendu, et l'on voit le bourreau ôter les fers à Calas pour le mener à l'échafaud. Tout cela ne m'a pas fait la moindre peine. Tout ce qu'on dit contre la religion catholique et tout l'éloge qu'on fait de celle des protestans est la seule peine que j'en ai ressentie. L'esprit de la Révolution y joue en plein, car les parlemens et le clergé y sont peints sous dos couleurs affreuses. Où aller pour

1. Le Koi accci)lalaConstiluUon civile du Clergé le 26 décembre. Cf. Arcli. par/., séance du 27 novembre 179U, t. XXI, p. 674-073.

2. François de Bonal (173i-1800), évôiiuc de Clermont-Fcrrand de 1770 à 1790, député aux Klats généraux.

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