‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 303 sur 553 · Bu même à sa mère · texte numérisé non relu

Bu même à sa mère

{Ibid., i' partie, 11° 76.)

Sarregiiemines, ce 17 septembre 1789.

Je viens de recevoir, ma chère petite maman, votre lettre du 6 du courant, où vous me faites le doux plaisir de me permettre daller passer Ihiver avec vous. J'espère que ce sera enlin bientôt et qu'au commencement d'octobre, j'aurai le plaisir de me jeter dans les bras de la plus tendre et de la meilleure des mères. Oui, ma chère maman, votre fils 'aura le plaisir de vous embrasser bientôt, car nous comptons partir le chevalier de la Villesbrune et moi aussitôt la revue de l'inspecteur, qui se fera à la fin du mois...

Je vous conseille très fort, ma chère maman, d'accepter toujours la place qu'on vous propose pour mon frère, quoiqu'elle ne me plaise guère. Mais vous serez toujours à même de le retirer de linianterie pour le faire passer dans la cavalerie, dès qu'il aura une place. Pour moi, je pourrai bien lui donner bientôt ma place, car j'avoue que je vois qu'il n'y a guère de débouché au service et qu'il commence très fort à m'ennuyer. Mais, avant de le quitter, encore faut-il avoir un sort. Nous travaillerons ensemble cet hiver, ma chère maman, à tâcher de m'en procurer un, et je laisse ce choix à votre tendresse. Je crois qu'il est à propos qu'un jeune homme serve un peu, puis qu'il revienne voir ses pénates, qu'il se marie et qu'il s'occupe tranquillement du bonheur de ses domestiques et de ses vassaux ; car je commence à croire qu'il est bien plus beau d'être aimé et de faire du bien à des malheureux qui vous bénissent toute leur vie, que de faire une belle manœuvre ou d'être en faveur chez madame la baronne une telle.

Adieu, ma chère maman...

316 M. ANDRE DESILI.ES

1. — De M. André DésilleSy capitaine au régiment du Roi, à M^^ de Virel, sa sœur, en son hôtel, à Châteaitbriant, en Bretagne.

(Arch. nat., W 274, doss. 59, i" parlio, n» 99.)

A Nancy, ce 17 [juillet 17901.

Copie d'une lettre de Metz, du 15. — « Il est enfin passé ce grand jour de fête à jamais mémorable dans nos annales, l'époque de la corruption et du renversement de tous les principes. Il n'a rien eu ici de bien remarquable, si ce n'est qu'il paroît avoir été frappé du sceau de la réprobation du ciel qui pendant toute la cérémonie a versé sur nous mi torrent d'eau glacée. Comme nous sommes une nation régénérée, il a jugé qu'il étoit à propos de nous rebaptiser, de nous laver des vices et des horreurs dont nous nous sommes souillés jusqu'ici. Puissions-nous en devenir meilleurs et voir ensuite les vertus, comme les plantes nouvelles, éclore du sein de la corruption ! Puisse le ciel borner ici sa juste colère et que de plus grands maux n'achèvent pas de ravager cette terre ! Ainsi soit-il !

« Au demeurant, voici le détail de l'affaire dont tu m'a chargé de te faire le délail succinct. A peine étions-nous sur le champ de bataille, il étoit alors 10 heures et demie, qu'une pluie abondante et froide, poussée par un grand vent, nous a percés jusqu'aux os. A midi tous les officiers, ceux de l'Etatmajor, tous les médecins, chirurgiens, apothicaires, et tous les drapeaux, étendards de troupes se sont portés vers l'autel de la patrie, où étoit M. de Bouille avec les municipaux. M. de Bouille a prononcé le serment ordinaire, et nous avons tous levé la main, en invoquant la justice céleste pour les martyrs de la Révolution et pour le rétablissement de notre ancienne monarchie. Ensuite, nous sommes retournés à nos corps auxquels on a lait prêter le môme serment. Puis on a défilé devant le respectable autel, où étoient placés les municipaux et M. de Bouille, et comme si l'on doutoit encore de la pureté de nos consciences, chaque compagnie s'est arrêtée et a de nouveau levé le pied et la main, en jurant et aboyant les cris

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