Du )ucme à la mhne
{Ibid., n» 08.)
Nancy, ce 21 juin 1791.
ïu ne conçois pas, ma chère amie, quel bien fait une lettre à un malheureux éloigné de sa famille dans ce temps-ci, lorsque l'on craint tout et que l'on s'attend à tout. Puisque tu ne me dis rien, je suppose que ton pays est tranquille. J'aurois voulu que tu m'eusses appris l'entier rétablissement de la santé de mon
1. Henry AiigusUn du Fresne de Virel, seipiieur du Plessis-Virel, ancien mousquetaire du Roi, avait épousé en 1784 Julieunc-Michello Uésiiles.
2. lli|)|)olyte du Fresne, comte de Virel, marié en 1809 à Sophie Baudet de la iloussaye.
S. iMarie-Tliérèse Dcsillcs (17G8-18HI), sœur d Audré Désilles, épousa, eu 1786, Louis- François-René Fournier d'Allérac.
■'t. Amélie d'Allérac, née en 1780.
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petit Hippolyte. Son mal n'est pas inquiétant. J'ai toujours entendu dire que les glandes étoient des marques de croissance. Certainement il faudra bien qu'il se redresse, s'il veut épouser sa petite cousine.
Je ne suis pas content d'Angélique^ Elle m'avoit promis que je recevrois à mon arrivée ici une lettre d'elle, et je n'ai encore rien reçu. C'est par toi que je reçois les premières nouvelles de la P^osse-Ingant-. J'en suis parti le 9. Le chevalier^ ne se portoit pas bien, il s'en falloit beaucoup; mais je croyois que, sous peu de jours, il seroit en état d'aller à Brest. Sa poitrine à la vérité étoit bien fatiguée. Thérèse avoit encore le sein bien gonflé; sa petite la laissoit peu dormir, et maman sentoit tous les avant-coureurs de ses vapeurs. Quelle perspective pour notre ciier papa ! Je n'y pense pas sans un chagrin amer.
Tu navois pas tort d'être inquiète, chère petite sœur. Ce que tu as entendu du régiment ' est en partie vrai. Après s'être bien conduit l'hiver, il a été travaillé, et tout étoit prêt pour ime insurrection, lorsquel imprudence vraiment bien repréhensible de quelques jeunes gens du régiment l'a fait éclater. Ils ont été obligés de partir. Les deux Cheffontaine" sont du nombre. Ils sont maintenant à la Villebagne ; je les ai rencontrés en route. J'ai trouvé une partie des soldats avec le ruban national. Les soldats obéissent encore et sont encore soumis à la discipline; mais c'est pour s'y soustraire à la première occasion. On s'est empressé d'ôter tous les freins qui enchaînoient les hommes à leurs devoirs. La seule et triste consolation que nous ayons, c'est que, si tout va mal en ce pays, cela va beaucoup plus mal ailleurs. Au reste, nous commençons à prendi-e notre parti sur des événemens que nous ne pouvons plus empêcher. Nous avons lutté tant que nous lavons pu.
Adieu, chère amie, j'embrasse ton lils et ton mari.
1. Angélique-Françoise Désilles, 3« sœur de Dfisilles (1769-1793), avait épousé Jcau-Rolland Desclos de la Foncbais, lieutenant de vaisseau.
2. La Fosse-Ingant (Ille-el- Vilaine, commune de Saiut-Coulonili), château de la famille Désilles.