‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 306 sur 553 · Le régiment de Désilles était le régiment du Roi · texte numérisé non relu

Le régiment de Désilles était le régiment du Roi

5. Celaient les fils de Jonathas-Marie-Hyacinthe de Penfentéuio dit le marquis de Cheffontaine, seigneur de Vieux-Chàtel (auj. commune de Plonévez-Porzay, Finistère), Villebagne. Je n'ai retrouvé le nom que d'un de ces jeunes gens, Joiiathas-Frauçois-Hyacinthe-Maric, né le 19 juin 17C9, sous-lieulenaut au régiment du Roi-lufauterie.

i. — De M. de Maiche, capitaine au régiment de Bourbon- Infanterie, à Arras, à la inarquise de Maiche, sa mère, à Maiche, district de Saint-Hippolyte.

(Arch. liai.. W 89.)

Ce 24 mai 1791.

Un détachement, dont la durée a été beaucoup plus longue que je ne pensois, a été la cause du retard que j'ai mis à vous donner de mes nouvelles. Je suis arrivé hier après avoir couru le pays pendant plus d'un mois, et j'ai reçu votre lettre aujourd'hui. J'accepte avec reconnoissance l'offre d'argent que vous voulez bien me faire, à condition toutefois que cet envoi ne vous gênera point. Il est inutile de vous observer que la seule manière de me le faire parvenir consiste à menvoyer un assignat; car si vous m'envoj'^iez une lettre de change, elle ne pourroit être acquittée qu'en assignats, et par là vos soins deviendroient superflus. Autre chose très intéressante : si vous vous trouvez avoir des dettes, empressez-vous de les payer en assignats, à supposerque vous ayez ample provision de ceux-ci. Le moment de la crise approche. M. de Condé est à Worms: nous avons reçu de ses nouvelles. Les puissances ne peuvent tarder à entrer en France ; le manifeste va paroître. Toutes les cours coalisées prendront la dette de la Nation sous leur garantie, exposeront la légitimité de leurs raisons pour se mêler de nos affaires, et Dieu et leurs armes feront le reste. Je ne puis vous mander actuellement le parti que je prendrai. Mais quel qu il soit, vous pouvez être sûre qu'il aura pour base l'honneur, et qu il sera tel qu'aucun gentilhomme bien ])ensant ne pourra le blâmer.

Dans quinze jours ou trois semaines au plus, on sera instruit de bien des choses. Il me semble que vous agiriez prudemment en vous expatriant pour quelques semaines. Je serois plus tranquille si je vous savois éloignée du foyer de la crise. Au reste, vous êtes sur les lieux et vous pouvez mieux que moi juger du parti qu'il convient de prendre. Votre proximité de la Suisse est pour moi un motif de consolation que je partage avec bien peu d'officiers. Un grand nombre ont leurs familles

dans l'intérieur du royaume, et certes c'est, dans le moment, la plus fâcheuse position qu'il y ait. Quarante mille Impériaux sont attendus à Bruxelles pour le 25 du courant ; les logemens d'une partie de l'armée sont préparés à Ypres, à Tournai; etc.. Enlin si l'invasion n'a pas lieu d'ici à six semaines ou deux mois, il faut renoncer à ajouter foi à toute espèce de nouvelles. Je pourrois vous dire beaucoup de choses de vive voix que je n'ose confier au papier ; il en est cependant que vous devez soupçonner facilement.

Les ouvriers mourans de faim faute de travail ont formé ici, ces jours derniers, une espèce d'insurrection que nous avons eu assez de peine à calmer. Depuis quelque temps nous sommes employés à réprimer le désordre qui devoit nécessairement résulter du système actuel. Grâces au Ciel, nos soldats se conduisent bien et leur manière de servir nous donne de grandes espérances...

]3aignez agréer Ihommage de la respectueuse et tendre reconnoissance que ie vous ai vouée pour la vie.

P.-S. — La disette d'argent commence à devenir si grande que le ministre nous a fait prévenir que les appointemens des officiers alloient désormais être payés en assignats.

Page 1