‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 328 sur 553 · AU MARQUIS DE LA QUEUILLE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE LA QUEUILLE

étoient, il y a quatre mois, qu'on touchoit à l'instant d'entrer à mains étrangères armées dans le royaume. Cet espoir s'est dissipé. Peut-être touche-t-on à l'instant de le recouvrer, et avec plus de fondement qu'il y a quatre mois. Quand il sera arrivé, il sera suffisamment temps de s'enrôler, si bon semble. Mais si cet espoir nétoit encore pour quelque temps que comme il a été, c'est-à-dire chimérique et illusoire, la plupart des personnes qui sont ici seroient forcées de retourner chez elles faute de moyens de vivre en pays étranger. Si cependant elles font partie de l'organisation de la noblesse, comment oseront-elles quitter leurs troupes ?

Si cette organisation est nécessaire, pourquoi ne l'a-t-on pas faite plus tôt ? Comment se seroit-on donc servi, il y a trois mois, qu'on devoit entrer en France, de cette même noblesse sans organisation ? Cependant, alors, on ne se doutoit pas qu'elle put être embarrassante.

Ainsi cette organisation ne sera bonne qu'à l'instant oui les armées étrangères seront sur les frontières, prêtes à entrer en France. En attendant, l'impossibilité dans laquelle se trouveront, dans peu, nombre de François de vivre en pays étranger, les empêche de pouvoir s'engager d'y rester. Il est d'ailleurs possible que quelques-uns, ne voulant pas rentrer en France et trouvant dans une autre partie de pays que celle-ci la facilité d'y vivre, soient forcés d'y aller ou le préfèrent par d'autres raisons.

Conclusion.

Il faut donc rester comme on est ; faire le moins de dépense possible, pour pouvoir être hors de France le plus longtemps possible, et attendre ainsi l'arrivée de grands secours étrangers, sans lesquels il n'y a rien à faire, à moins que nous n'ayons le bonheur que le Roy puisse s'échapper de sa prison, ce qui, de toutes les chances avantageuses pour nous, seroit la plus heureuse et ce que tout bon François doit désirer.

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