‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 342 sur 553 · Du m^me au r/u'uie · texte numérisé non relu

Du m^me au r/u'uie

ilbid.. n" 19).

Coblentz, oe 27 octobre 1791.

Quelles nouvelles politiques puis-je l'apprendre, mon

cher ami ? Je n'en connois réellement aucune. On parle de troupes qui sont en marche. N'est-cepas pour tempérer l'ardeur des émigrés? On les berce depuis si longtemps de cet espoir, qu'il existe à Coblentz beaucoup d'incrédules, dont je suis du nombre.

Il y a une ordonnance des Princes, que M. le chevalier de Boisgclin ^ nous a déjà fait passer, par laquelle tous les militaires incorporés sont forcés de se rendre avant le l" novembre au lieu des cantonnemens affectés à leurs corps. Celte ordonnance rendue par les Princes, qui vont venir habiter une maison qu'ils ont louée à Coblentz 60 louis par mois, fait beaucoup

I. Vincent-.\lexanJrc, chevalier de Boisgeliu, uc on 1T3Û, iiiarOchal de camp eu i78S.

362 M. ALEXANDRE DE SAIXT-SOUPPLETS

murmurer, car on trouve dur de quitter la ville pour aller se caserner dans un village pendant l'hiver qui est dans ce pays extrêmement rude.

Il paroît que les capitaines aux Gardes vont dépenser un argent énorme. Ils vont lever chacun une compagnie de Hessois qui seront ensuite défrayés et payés par les Princes.

Dans la nouvelle ordonnance, qui doit paroître demain, les Princes accordent desappointemens à la cavalerie de 75 livres par mois et à linfanterie de 4o livres. On assure que beaucoup de corps refuseront d'être à charge aux Princes. Cependant, si, comme on le fait craindre, la nouvelle Assemblée s'empare des biens des émigrés, il faudra bien accepter le secours des Princes.

J'ai reçu ce matin de la part de l'Electeur l'invitation de venir dhier à son palais dimanche prochain avec les Princes. Voilà ce que me vaut ma petite épaulette. Je te manderai comment tout cela se passera

Adieu

Page 1