‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 343 sur 553 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

[Ibid., u" 20).

Coblentz, 31 oclobre 1791.

Je continue, cher ami, à me bien porter et ai été assez heureux pour me garer des maux de gorge accompagnés de fièvre, qui courent dans ce moment. Les personnes qui se disent instruites sont contentes des nouvelles. Souvent elles sont détruites le soir môme où elles ont été publiques. Chacun est content du choix que le Roy a fait^ de M. le duc de Cossé -, de M. dHervilly •' et de INI. de Pont-Labbé '. Leur attachement au monarque est connu.

Hier, cher ami, j'ai dîné chez l'Électeur. Le repas, qui étoit très beau, avoit le défaut d'être à la glace. On ne touche à aucun plat, mais il y a des maîtres d'hôtel qui les apportent à

1. Comme commaiiilaiil en clief el colonels de la garde coustituliounelle.

2. Hyaciullie-Hugues-Tiinoléou de Coi^sé-Brissac, duc de Cossé (1740-1813), lieulcnaul général des armées du Roi.

3. Louis-Charles, comte d'Mervilly (ITrij-IT'Jji), le héros nialheuroux des guerres de Ure- Lagne, colonel de la cavalerie de la garde conslitutionnelle du roi.

k Jean-Georges-Claude Baude, baron de PonlLabbé, ancien colonel du régiment Royal- Comlois, maréchal de camp en août i7'JI, colonel de riulanterie de la garde couslilutionnelle du Roi.

chacun. Après le dîner, M. le comte d'Artois m'a regardé en souriant, et il alloit, je crois, me parler, après un petit signe de tête qu'il m'a fait, lorsque 'SI'"" la princesse Cunégonde, sœur de l'Electeur, est venue lui parler.

M. l'abbé INIaury est arrivé hier et a dîné chezlNI. de Galonné, chez lequel M. le comte d'Artois a été le voir. Il l'a accablé de démonstrations d'attachement en public. Le prince avoit eu, avant d'y paroitre, une conversation particulière avec lui.

Le soir .quand ^L l'abbé Maury parut dans le salon du jeu, il étoit accompagné de M. le comte de Cossé '■, qui le tenoit par le bras, etde jNL de Vergennes, envoyé de France. Tous les François le reçurent avec acclamation ; il fut couvert d'embrassades. Il eut une conversation particulière avec l'Llecteur. Tous les appartenions étoient remplis de François qui s'empressèrent de témoigner à M. l'abbé Maury l'enlhousiasme que leur inspire sa présence. Sa réception fut un triomphe complet que le La Fayette et sa clique n'auroient pas vu de sangfroid.

^lalgré toutes les démonstrations, nous ne voyons pas d'apparence de troupes- Dans tous les cas, il faut s'attendre à passer ici l'hiver, et au plus tôt au mois de mai nous entrerons en campagne, si d'ici à ce temps tout n'est pas changé.

Il y a eu des troubles affreux à Saint-Domingue ; les noirs se sont révoltés contre les blancs. On assure aussi que plusieurs châteaux en Champagne ont été brûlés. Donne-moi quelques nouvelles politiques de Paris

Adieu, pense souvent à moi ; je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.

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