M. HARELLE AU COMTE DES ACRES DE LAIGLE
Je ne peux vous mander que cela pour aujourd'hui. Je vous renouvelle tous mes sentimens.
De M. Harelle au comte des Acres de Laigle, maréchal de camp des armées du Roi, au château de Tracy^ près Noyon.
(Arch. nat., W 341, doss. 635, n» 9.)
Paris, jeudi matin, 21 juin 1792.
Monsieur, il s'est passé hier une fête que quelques gens veulent appeler civique, célébrée par les habitans des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau en l'honneur du serment du Jeu de Paume, disoit-on.
Voilà ce que j'ai vu : peut-être 30.000 hommes armés de fusils, de piques, de crocs, de crochets, de massues, de fourches, de haches, de pieux et de faux ; de distance en distance étoient placés des bonnets de différentes couleurs, et même une culotte, qui servoient de guidons. Cette cohorte contcnoit la place du Palais-Royal, la rue Saint-Honoré jusqu'à la place Vendôme, une partie de la place Louis XV, le quai des Tuileries, le Carrousel, les rues de l'Echelle, de Chartres et adjacjentes. Une députation, prise au sein de cette charmante fête, a été à l'Assemblée lui demander la permission de défder devant elle et de faire une pétition au Roy. Ces demandes ont été accordées, encore bien que les pétitions ne doivent pas être de plus de ;20 personnes et sans armes. Voilà comme : ^ au moment où l'on s'occupoit, dit-on, de rendre le décret d'admission, un huissier de la salle a cru qu'il étoit rendu, dit-on encore, a ouvert la barre, et toute l'armée est entrée. On a crié à la violation, mais ensuite on a toléré et la troupe a défilé. Delà, elle s'est portée aux Tuileries. Il y avoit cependant eu un ordre du département qui défendoit le rassemblement, et beaucoup de canons et gardes nationales envoyés au Château ; mais rien ne s'y est opposé, ou n'a pu s'y opposer. On a pénétré dans les appartenions du Château, dans ceux mêmes du Roy et de la Reine. A 5 heures du soir, je tra-