Viclor-Amédée III, roi de SardaiL'iio de 1773 à
M. TOUROLLE A M. TnOYNET 501
6. — De M. Tourolle à M. Thoynet^ son beau-père^ à Montbjnson.
(Jbid.)
Paris, ce 2 août 1792.
Que vous êtes heureux, mon père, d'habiter un pays tranquille ! Mais le restera-t-il encore longtemps ? Vous êtes bien près de Lyon qui sera sûrement le point vers lequel marcheront les troupes de la Savoie ; et peut-être ceux des nôtres qui auront peur et qui s'enfuiront causeront-ils sur leur passage bien des désordres . Pour nous , nous avons fort peur des fédérés, ou prétendus fédérés, que nous avons dans ce moment dans notre capitale. Les Marseillois ont déjà annoncé leur arrivée par deux malheurs : plusieurs boutiques ont été enfoncées, et avant-hier il y eut une rixe aux Champs-Elysées, qui a produit dans la Garde nationale 3 hommes tués et 25 de blessés ^ Notre vœu le plus fervent est pour le prochain départ de ces messieurs de province et nous ne pourrons avoir de tranquillité que lorsqu'il sera effectué. Ils ont jeté pour le moment une grande effervescence dans Paris, et l'Assemblée ne paroît pas chercher à la calmer. 11 paroît que le Roy va sous peu de jours montrer une grande vigueur, aller à l'Assemblée, y convoquer séance tenante les sections de Paris, et leur parler d'un ton véritablement royal. On dit aussi que les chefs ont peur. Nous serions sauvés s'il en étoit ainsi ; et peut-être, dès que les armées combinées vont entrer, ce qui sera très incessamment, grâce à Dieu, s" enfuiront- ils malgré leurs beaux sermens et les grandes phrases.
Quant à moi et à ma femme, nous n'avons pas encore quitté les environs de Paris. Mais nous allons partir ces jours-ci pour Magnanville- ; les environs en sont très tranquilles, il n'est point sur le chemin des troupes arrivantes et fuyantes, et ma femme n'y entendra pas parler à tous momens de maux présens et de craintes futures, elle ne sera pas à même de se trouver dans aucune rixe. Il n'en faudroit qu'une pour lui faire bien du
1. Le lundi, 30 juillet, il y eut en effet une assez sanglante bagarre entre les fédérés marseillais et les grenadiers des Filles-Saint-Tliomas et des Petits- Pères, qui se trouvaient diner les uns et les autres en corps dans deux auberges voisines, aux (".liamps-Elysées (Ferrières. Mémoires. Paris, 18-21, t. III, p. 151-153 ; Prud'homme. Révolutions de Paris, W du 2 août IT'Ji).