Magnanville, arr. et canton de Mantes (Seine-et-Oise
508 ALEXANDRINE THOYNET A M. THOYNET
mal, et je serai fort tranquille de la voir hors d'un foyer, où tous les jours le tambour seul fait un bruit enragé. Après avoir passé quelque temps à ^lagnanville, nous verrons d'où vient le vent, et si nous le voyons trop violent du côté de Paris, nous irons à Rouen. Plusieurs de nos amis y sont fort tranquilles, fort heureux, fort bien partagés en administrateurs, officiers municipaux et gardes nationales, et il ne seroit pas impossible que ma femme y fît ses couches. Une peur, une crise, un événement raconté sans précaution peut lui faire tant de mal à cette époque, qu'à moins que Paris soit calme tout à fait, nous aurons de la peine à y revenir. Cela seroit cependant terriblement embarrassant. Nous vous écrirons de iMagnanville, mon père, nos dernières résolutions. Il se passera bien des événemens d'ici à deux mois, qui pourront rendre la capitale plus aimable à habiter, et peut-être enfin reviendrez-vous nous voir. Votre absence se prolonge terriblement, et nous en voulons à M"'" de Lurieux, si c'est elle qui vous retient. Quand nous vous tiendrons une fois, il faudra à son tour quelle vienne vous chercher ici. Nous lui donnerons à souper quelques hulans et quelques Prussiens. Ce sera bientôt là notre société, et tous nos conjurés auront alors évacué la capitale et peut-être la terre, car enfin il faut bien que justice se fasse.
Adieu, mon père, recevez l'assurance de l'attaciiement tendre et respectueux de tous vos enfans. Pour mon bonheur, je suis du nombre et je partage bien sincèrement leurs sentimens pour vous, et suis bien parfaitement pour la vie votre très humble et très obéissant serviteur.
TOUROLLE.