Du même à M. J.-B. Cogels, à Anvers
{Ibid., r 1362». p. 26.)
Paris, le 5 octobre 1789.
... Tout depuis ce matin, mon cher oncle, est dans le plus terrible mouvement ici. On a pillé la maison de ville, sans qu'on
i. Probablemeat Chaiies-Félix-Reaé de Vintimille, comte du Luc.
ait pu y porter assez promptement du secours*. Une partie considérable de la milice est allée dans ce moment à Ye^ sailles avec annes, bagages et canons. On ne sait encore quelle est leur intention. Le manquement absolu de pain en est la cause. Depuis quelques jours, la disette en est extrême. On attribue cela à ce que les petites villes et villages, formant chacun une république à part, ne voulant pas laisser circuler librement les grains et les arrêtant au passage, Paris se trouve affamé ; et il est impossible de calculer jusqu'où Ton y portera les choses. Déjà on ne laisse plus partir personne, et je ne serois pas étonné d y revoir demain les barricades. Il est affreux de voir comme nous existons depuis trois mois. Tout ce que j'apprends ici me confirme dans Topinion qu'il va bientôt se faire une révolution chez nous. Dieu veuille qu'on soit ensuite plus heureux ! Cela me paroît difficile d'après ce que je vois sous mes yeux...
Outre la disette de vivres, dans un repas donné par les Gardes du corps au régiment de Flandre, ils ont foulé aux pieds la cocarde nationale et arboré la cocarde noire. Voilà les motifs du trouble où nous sommes, qui est à son comble. Les boutiques et les églises sont fermées ; la journée de demain peut être très intéressante.