Du même au même
Paris, 4 mai 1789.
Je partage bien sincèrement, mon cher Saint-Luc, vos vives armes sur la situation critique de votre frère *. Je suis chargé iv tous mes entoura de vous témoigner les mêmes sentimens. )us connoissez les miens pour vous et pour le cher malade... Passant les jours et une bonne partie des nuits à l'assemblée ïs gentilshommes extra muros *, comme porteur de la procution des possesseurs du fief de Ruelle (sic) *, je n'ai pu vous rire qu'aujourd'hui que nous ne sommes pas assemblés à cause ) la procession et la messe du Saint-Esprit, qui se fait en ce oment à Versailles *. On croit que jeudi le Roy assemblera 3 députés et fera l'ouverture des Etats généraux*. Cepenmt nous n'élirons les nôtres que mercredi*, si la journée ifTit pour l'élection des 4 députés et des 4 suppléans. Uextra u7*os est moins avancé. Voilà la position. Le Béarn n'enne point de députés \ et je crois que l'Artois suit cet exem-
I. Toussaint- Françoise oseph Conen de Saint-Luc, né & Rennes en f724, érèqoe de imper de 1773 à 1/90, mort le 30 septembre 1790. C'était le frère cadet du préaidfent de iut-Luc auquel sont adressées les lettres de Quélen.
l. Après une assemblée générale des trois Ordres, l'assemblée de la Noblesse de Paris. Ira muroa se réunit le 24 avril 1789 à rarchevéché (Chassin, op. cit.^ t. II, p. 301-302, 340 et sniv.}.
l. S'il s'agit icif comme il semble, du fief et ch&leau de Rueil (Scine-et-Oise), il apparteit alors en nue propriété au duc d'Aiguillon et aux deui enfants de sa sœur Pierrearles-Guigues et Hippol} le-César-Guigues Moreton de Chabrilian, ûls de Joseph-Oomi- |ue-Guigucs Morelon, marquis de Chi£rillan et d'Innoccnte-Agiaé de Vigncrot du Plessîs. duchesse d'Aiguillon, douairière, habitait Rueil et en avait l'usufruit. Elle était d'origine ilonne, née Louise-Félicité de Bréhan de Plélo, et c'est ce qui pourrait expliquer que M. de élen fût porteur do la procuration des Moretou de Chabrilian (A. Cramail, Le châteo» Rueil, 1888, in-4«, p. 41).
L Le lundi. 4 mai, les députés des trois Ordres étant réunis dans l'église Saiot-Loû & raailles, le Roi et la Reine s'y rendirent à dix heures du matin accompagnés de la Goor. L'heure du rendex-vous étoit à 7 heure», dit Duquesnoy, dans son Journal. On m'a pan t mécontent que le Uoi ne fût arrivé qu'à 10 heures, et véritablement un individu ne fut » attendre une nation pendant trois heures. » [Journal d'Adrien Duquesnoy^ député du re-état de Uar-le-Duc, sur V Assemblée constituante, i789-fl90, oublié par RobeK de ^vecœur pour la Société d'histoire contemporaine, Paris, 1894, 2 vol. in-8o, t. I, p. 3). Le ni Creator chanté i Saint Louis, les députés des trois Ordres, défilant sous les yeux do i et de la Reine, partirent en procession pour se rendre à l'église Notre-Dame, où fui (^bn''e la messe du Saint-Esprit. « On a été cinq quarts d'heure pour aller do Saint-Louis >iolrc-Damc », note Duquesnoy {JoumaÀ, loc.cit.).
i. L'ouverture des Etats cul lieu, on le sait, dès le lendemain, mardi, 5 mai.
(.Mercredi. 6 mai.
L £n Réam, la Noblesse et le Tiers réunis déclarèrent illégal le règlement de convocation 1 Etats, parce qu'il prescrivait un mode d'élection contraire aux coutumes locales. Il» bstinèrcnt à réclamer la convocation régulière de leurs Etats particuliers, teuls capables
pie*. Sur ce que le théâtre des Etals de Saint-Brieuc n*a pas été démoli et que Ton a faussement fait courir le bruit d'un courrier porteur d'un arrêt du Conseil pour assembler les trois Ordres, on a cru un moment que la règle alloit être rétablie *. Je vous assure que c'est^une fausseté. Le comte de Boisgelin '' a assuré que le Roy avoit dit net : Non. Reste à savoir ce que la protestalion et la requête que présenteront Tévêque de Rennes * et le comte opérera sur l'esprit des Etats généraux.
L'émeute du 27 au faubourg Saint-Antoine n'a été rien en comparaison de celle du 28*. Les mutins, au nombre d'environ 400 •, armés de bâtons, ayant pour spectateurs quelques milliers de personnes, ont entièrement dévasté la maison d'un marchand de papier peint "^ et celle d'un salpêtrier* ; tous les meubles ont été brisés ; fenêtres, portes, boiseries ont été brûlées dans la rue, les jardins dévastés, les statues mises en pièces. Cent hommes de cavalerie ont contenu tout ce peuple pendant quatre heures*. La duchesse d'Orléans, venant de Vincennes, a exigé que l'officier fît ouvrir les rangs pour lui donner passage ; le peuple s'est jeté en foule dans l'ouverture, a gagné les maisons que l'on vouloit préserver^**. Alors les Gardes françaises ont été conduites au lieu du trouble, et ont
Ufalfloaent de rédiger leurs cahiers et de choisir leurs députés. Colle convocation n'ayant pM été faite, les représentants des Béarnais se trouvèrent absents lors de l'ouverture des StaU. (Cbasain, Le génie de la dévolution, L I. p. 112).