De iU**® de Givry à son frère ^ M. de Givry
(Archives -mltionales, T 591«.)
Paris, ce i« juillet i7d(L
Enfin, mon ami, voilà le 14 passé, et très bien passé. M. de la Fayette avoit mis un ordre qui lui a réussi fort heureusement, car il pouvoit périr beaucoup de monde dans celle bagarre. On ne cite qu'un homme tombé d'un arbre où il éloit monté pour voir (il en est tombé et s'est tué, rien de plus simple), un jeune honrme tué par un canon qui est parti sans qu'on le voulût, et deux canonniers de blessés ; voilà tout ce qu'on cite de malheurs graves. 11 a pensé en arriver en revenant^ parce que, dans le moment où tout le monde se pressoit pour revenir de ce côté-ci, on a crié que le pont foncer^. Alors tu juges bien que cela a fait reculer la colonne. Mais heureusement les gens sensés n'ont pas cru à cette nouvelle et ont tenu ferme. Il y a eu quelques personnes renversées, mais personne de blessé grièvement. On peut dire que le coup d'oeil de voir défiler tout cela étoit très beau. On croit qu'il y avoit bien 60.000 hommes. Mais ils ont eu un temps affreux. 11 a plu toute la matinée. Aussi étoient-ils tous mouillés jusqu'aux os. La têle est entrée au Champ de Mars avant il heures et la queue à 3 heures. L'ordre ne s'est pas aussi bien conservé au Champ de Mars, parce que toutes les provinces se portoicnt toujours du côté du Roy. Tous généralement sont ivres d'amour pour le Roy et la famille royale. Le soir, nous avons eu des lampions, mais fort peu de monde dans les rues, parce que la pluie tomboit à verse. M. le duc d'Orléans y étoit à sa place de député et n'a pas fait la moindre sensation. Mais ce que tu ne sais peut-^tre pas, c'est qu'à son débarquement à Dieppe, le peuple l'a hué, injurié, et lui a crié : « A la lanterne ! » La milice
1. Le poul de bateaux ôlabli eo face de l'école militaire pour arriver au Champ de Mars.
À SON FBÈRR, M. DE GIVRV 303
de Dieppe, heureusement pour lui, l*a protégé. M. le duc de Chartres * a fait demander à la milice de Chartres de le nommer son commandant. La milice a répondu négativement, et ncTa ^ {^
point nommé. Le 14, il a cru pouvoir aller se présenter, et effectivement il a été en uniforme sur le boulevard pour se mettre à la tête, avec son cordon bleu sur son habit. Le département de Chartres a passé, n'a pas fait semblant de le voir, et ne l'a point mis à sa tête. On Ta revu après dans le Champ de Mars, avec son cordon sous son habit bien boutonné, et accompagné de deux milices bourgeoises parisiennes.
Jeudi au soir, il y a eu de la fermentation au Palais-Royal, l^s Parisiens se sont mis dans la tête que le Roy n'a voit pas prêté son serment, parce qu'il n'étoit pas descendu de son trône, et sur cela se sont permis des propos très déplacés dans le Palais-Royal. Une partie des fédérés de Bretagne et une partie des fédérés du Dauphiné ont été indignés de ces propos et ont arrêté onze personnes qu'ils ont menées au corps de garde, en demandant qu'elles fussent punies *.
Le Roy a eu de bien beaux momens : celui où la députation de tous les Fédérés, au nombre d'au moins 400, lui ont été présentés par M. de la Fayette, qui, en les présentant, a fait un discours auquel le Roy a répondu par un discours on ne peut pas plus touchante 11 lavoit fait lui-môme ; aussi la manière dont il la prononcé a tellement touché tout le monde, que la plus grande partie de la députation a pleuré, et à peine a-t-îl fini que tous ont crié, avec autant d'enthousiasme que d'attendrissement : a Vive le Roy I » ' Au Champ de Mars, c'a été la même chose. Les cris de Vive le Roy ont été répétés mille fois tout du long de leur route. En y allant, ça été la même chose. Les Gardes du corps ont eu, comme les autres troupes, leur
\. Louis-Philippe d'Orléans, dac de Charlres ;i773-1850), le futur roi de France.
i. • Je ToiM dirai, écrit Tauteur de la Corrctpondance secrète, que le héros de la Me a V
clé M. de U Favelte, que le duc d OrléAu» n'y a pas marqué, el qu'où trouve que le Rot y -^
a mal inaniué. Il n'a pas voulu venir prononcer son serment k l'aulcl élevé au milieu liu if
ekampde la Kédératioa, malirré les instances de M. de la Favette. On a remarqué... que 4
peadant toute U cérémonie il s était étendu dans son fauteuil d'uue façon fort nonciialaute cl '2
qu'on a troorée même indécente, car ce n'est plus le peuple qui veut avoir le chapeau ba§. y
ËnAa U satisfaction n'est pas eomplèt«... Aiusi. a-t-oo bi(*n vite profité de ce petit moment de y^
défaveur pour cherchera eiciler un soulèvement contre le Roi même : *>e\A ou huit personne» ''^1
mAéià arrêtées... pour avoir débité que le Roi n'a%aiit pas prête le serment à l'autel de la • jj
patne. celui qu'il avait prononcé était nul et qu'il fallait lui faire recommencer la cérémo- >
■ie... Ce qu'il y a de sinjTulier, c'est que parmi Ir^ arrêtés sont plusirur* soldats de lafranie ^
Batiooaie qui avaient été hébergés pendant quelques jours par ie duc d'Orléans, et que les ^
•rrétaals éuieol tous des gardes fédères des provinces... » {Curreapondnnce lecrèU, t. II. *
3. C'wt le 11 joillet que La Fayette arait présenté ao Roi les chefs des dépuLations de UmLct les gardes nationales du royaume. 1^ teile du discours de La Fayette et celui de la réponse du Roi sont donnés entre autres par Bertrand de Moleville, op. cit., L 111, p. 231-
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députation. Ils ont paru pour la première fois le 13 à la revue que le Roy a passée de tous les Fédérés dans les Tuileries. Ils ont été applaudis avec justice. Le lendemain, pendant la marche, ils Tontété de môme. Le moment où ils sont entrés dans le Champ de Mars et où ils ont passé sous Tare de triomphe, il y a eu un cri général de Vivent les Gardes du corps !
Sur ce, adieu, mon ami ; nous nous portons tous bien. Je Vaime et t'embrasse de tout mon cœur. Tous les nôtres en font autant.