De la même au même
{Ibid., T 591»).
A Paris, ce 30 octobre 1790.
... Te voilà donc, mon ami, au désespoir d'être François. 11 est sûr que dans ce moment-ci il n'y a pas de quoi se vanter pour le corps de la nation. Mais il y a encore des François dans toute la force du terme. Nous venons d'en perdre deux dont le nom ne mourra jamais, M. Désilles et M. Brunot. Mon ami, il y a encore des François. Pourquoi chercher à perdre le sentiment d'amour que tout bon François doit à son Roy ? Plus il est malheureux, plus il mérite notre amour. Et la Reine? Crois-tu qu'il y ait jamais eu une femme plus grande, plus courageuse ? Crois-tu qu'elle ne soit pas la gloire et Torgueii de notre sexe, et qu'elle ne mérite pas notre amour et notre admiration ? Pourquoi donc chercheroit-on à se dépouiller de l'amour du meilleur des rois et de la plus grande des reines que la France ait eus ?
Te voilà aussi brouillé avec les villes? Ce n'est pas un miracle de la Révolution, car assurément tu as toujours eu un amour de campagne que la Révolution n'a pas diminué. Mais il faut pourtant convenir que, s'il s'est commis des horreurs dans les villes, il ne s'en est pas moins commis à la campagne. Ce n'est pas dans les villes que les châteaux ont été brûlés, pillés, les curés massacrés, etc. Mon ami, le délire dont nous sommes attaqués a gagné tous les coins du royaume. Dieu seul peut le faire cesser. Mais quand le fera-t-il ? Il a tant d'impiété à punir!...
Adieu, mon ami, je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.