‹ Lettres d'aristocratesChapitre 186 sur 541 · De la même au même · texte numérisé non relu

De la même au même

{Ibid.)

Paris, le 3 février [1791].

... Nous partirons pour les eaux à la fin de mai ou les premiers jours de juin. Nous irons en Suisse ou en Savoie. Vous voyez que ce ne seroit pas la peine d'aller à Saint-Quentin, pour y rester si peu de temps. Peut-être mon mari ira-l-il pour ses affaires; mais pour moi, je suis décidée à rester ici, pour éviter de la fatigue et de la dépense et arranger ma nouvelle habitation...

J'ai envoyé chez le libraire, où j'avois eu la véritable édition de l'ouvrage de M. Mounier. Elle est épuisée. On m'a fait dire que, dans quelques jours, il y en auroit une autre. Je vais tâcher de vous envoyer une brochure de M. Malouet '. J'élois bien sûre que l'ouvrage de Burke vous plairoit. On a bien travaillé le peuple depuis quelque temps. Aussi, on n'est rien moins que tranquille ici. Les affreux libelles qu'on ne cesse de répandre font craindre les dernières horreurs! Mesdames ont voulu s'éloigner. Elles ont, disent toutes les feuilles, la liberté de rester*...

Adieu...

enlre des contrebandiers et des commis aux barrières, soutenus par les ChasMtvn ii$ Barrières, ou accusa la Société des amis de la Constitution d'être l'insU^trice de ea désordres, et elle fut alors de nouveau furieusement attaquée par les Jacobins (S. Laeroà, op. cit., 2* série, t. I. p. 60-70, t. 11, p. 230-24! ; Augustin Challamel, Les ciu^ ecmtrtrévolutionnaires y Paris, 1895, in-8*. p. 170 et suiv.)

1. Peut-élre la Réponse de M. Malouet d la dénonciation du Club de la Constitution monarchique par M. Barnave, s. 1. n. d.

^ 2. Dès le mois de janvier, Mesdames, tantes du Roi. étaient résolues à partb pear l'étranger : elles hésitaient seulement entre l'Espagne et Rome. Des considéraliofs d'ées» nomie surtout les firent se décider en faveur de celle dernière ville (Cf. leurs lettres su Roi des 22 et 25 janvier 1791, Arch. nat.. G 220-221. doss. i60*«*}. Les raisons de Icsr

A M. DB GITRT

H . — De la même au même.

{ibid.)

Paris, le 2 mars [1791].

J*ai enfin ) mon ami, un exemplaire de Mounier, qui n*est point une contrefaçon. Je vais l'envoyer chez M. d'AgouIt avec le Béveil de Suleau^, qui vous amusera. Vous devez trouver qu'on se forme beaucoup à Paris? Voilà trois émeutes ou attroupemens populaires en huit jours*. Eh bien! au moins, on s'y accoutume, car je vous assure que cela ne fait pas ici la sensation qu'on s'imagine en province. L'histoire de lundi a fini d'une manière cruelle pour les bons serviteurs du Roy ^. Il avoit montré, le jeudi, de la satisfaction de se voir aussi bien entouré de gens prêts à le défendre, si le peuple fût entré dans les Tuileries *. Lundi, il y en avoit bien davantage. On a animé toute la Garde nationale contre cette garde volontaire qu'on craignoit. On a arrêté comme un assassin un ancien militaire qui avoit un petit couteau de chasse collé contre sa

dépari étaient surtout des raisons de religion. « Vous êtes bien sûr, mon cher neveu, écrivait le 3 février au Roi M** Marie •Adélaïde, que c'est avec le plus grand regret que nous nous éloignons de vous et que nous avons pris notre résolution. Il nous a fallu des raisous aussi fortes que celles oue je vous ai déjà dites, eellee de ma religion, pour prendre un parti si cmel à mon cœur. Taurois cédé k toutes les autres et ma tendresse pour vous Tauroil encore emporté, ainsi que je Tai prouvé en plusieurs occasions ; mais dans celle-ci, nous devons la sa^Oer k notre religion, et c'est assurément le plus grand [sacriflce] que je puisse lui faire. » (ibid.)

On fat vite au courant dans le public de ces projets de fuite. Le i*' février 1791, la Société deê amis de la Coiutitution de Versailles signale au Club de* Jacobin* de Paris les préparatifs do départ de Mesdames, exposant en détail que leur intendant et leur cuisinier sont déjà partis, que Mi>* Colette, femme de chambre de Madame Adélaïde, est venue à Versailles faire ses malles, que le curé de Meudon doit les accompagner comme auménier, que la raison de leur départ « est de |M>ovoir être entendues par un confesseur canonique et de profiter des exercices de la religion dans sa source la plus pure, en allant la chercher à Rome ». (Areh. nat.. Comité des recherches. D XXIXb . 33.)

1, François Sulean. le célèbre pamphlétaire (1757*1792), venait de faire paraître Le liéveil de M. SwteaUy mivi du prospeetu* au Journal politique que le public lui demande, Paris, 1791, in-8*.

î. L'une, le mardi 12 février au Luxembourg, sur le bruit du départ de Momsirur, frère du Roi ; la deuxième, le jeudi 24 février aux tuileries, à propos de la fuite de Mesdames cl de leur arrestation à Ama^-le-Duc ; la troisième, le lundi 28 février à Vincennes où le peuple se porta pour démolir la forteresse.

3. La Journée du lundi 28 février ne fut pas marquée seulement par l'émeute de Vincennes, mais aussi par l'arrestation aux Tuileries d'un gentilhomme armé d'un petit couteau de chasse et que Ton prétendit avoir voulu tuer le Roi. Les craintes suscitées par les bruits contradictoires qui couraient décidèrent un grand nombre de gentilshommes à se rendre armés aux Tuileries, pour j défendre le Roi. Ce fut la journée de* chevalier* du poignard, qui finit mal en effet pour les serviteurs du Roi. désarmés par la Garde nationale et brutalement expulsés des Tuileries. Les lettres qui suivent donnent sur ces divers événements plot d« détails que cellet de M** de Vatre,

4. Le jeudi 24, la Garde nationale avait dissipé les attroupements qui s'étaient formé» dans le jardin des Tuileries. Mais M** de Vatre laisse entendre que, ce jour là déjà, beau- «o«p de gMitilsbommes étaient venus offrir leurs services au Roi.

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cuisse *. Ces messieurs ont profité de ce prétexte pour visiter les poches de tout ce qui étoit dans les appartemens. On s'est emparé des pistolets (qui ont été partagés hier matin par la Garde nationale) et des cannes à épée. Plusieurs personnes ont été battues, blessées, maltraitées. On cite, entre autres, le pauvre maréchal de Mailly^, le duc de Piennes'. Celui-ci est noir, dit-on, de la iCtic aux pieds. Le premier a pensé en mourir. Un homme de cet âge, aussi respectable ! Ah ! mon ami, que ces horreurs font de mal ! On dit Mesdaues toujours retenues à Arnay-le-Duc par la commune qui attend les ordres du déparlement*.

Ce qui console un peu dans ce moment-ci, c'est la division qui existe dans les Jacobins. Mirabeau est contre eux. Le voilà dans le département *. On espère qu'il va rétablir Tordre et faire exécuter les lois. Il a déjà dénoncé en quelque sorte les 30 FACTIEUX à l'Assemblée nationale '. Cet homme peut nous faire quelque bien, après nous avoir fait tant de mal. Il est dans ce moment l'homme du jour. Tous les vœux, tous les regards se portent sur lui...

Parlez-moi bientôt de votre santé, mon aimable ami, et de tout ce qui vous intéresse. Vous savez comme je vous aime.

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