Du même à son père
{Ibid., n» 71.)
Vaucouleurs, ce 10 juillet 1789.
Je profite du séjour que nous avons, mon cher papa, pour vous donner de mes nouvelles et vous prier de me faire le plaisir de me donner des vôtres le plus souvent que vous pourrez...
Nous sommes arrivés ici à il heures, après six jours de marche
f . Atb«aa«e-lUrie-FraD^i9-<le-Saies Conen de Saial-Luc (1769-1844). Voir plus haut, p. 2.
M. GONEN DE SAII^T-LUG
par des chaleurs cruelles, à l'exception du premier jour où nous avons été mouillés comme des canards. Nous séjournerons demain ici pour en repartir dimanche. Il paroît que nous allons camper dans la plaine des Sablons* et que nous y resterons jusqu'à ce que tous les troubles se soient tout à fait apaisés. On dit même que nous ferons le service à Versailles, ou que nous serons chargés de la police intérieure de Paris. Les affaires paroissent tourner mal, et il est probable qu il y aura quelque coup d'éclat. Le Roy rassemble autour de lui la moitié de ses troupes, et on prétend que nous serons 60.000 hommes aux environs de Paris. Plût à Dieu que cela en imposât et que nous ne soyons pas obligés de répandre le sang de nos compatriotes ! Mais on craint pourtant bien que nous ne soyons obligés de punir les mutins et que le Roi ne soit forcé à faire un coup d'autorité. La noblesse et le militaire paroît bien disposé, et sûrement, à la moindre révolte, nous marcherons. Dieu veuille calmer les esprits et ramener la paix au milieu d'une crise aussi violente ! Nous avons été de Sarreguemines coucher à Morhange^, de là à Vie', de là à Nancy, où j'ai dîné avec six compatriotes du régiment du Roy, de là à Toul, puis à VaucouleursS où nous séjournerons demain.
Je vous prierai, mon cher papa, de m'adresser vos lettres à Sarreguemines, parce qu'on me les enverra au camp et que nous ne savons pas encore au juste où nous irons. Nous avons vu dans la Lorraine, ainsi que dans la Lorraine allemande, des blés de toute beauté. Je désire que chez vous ce soit de môme, et il est inouï qu'avec de si belles apparences le pain soit si cher. Il faut qu'il y ait quelque chose là-dessous et qu'on cherche à mettre la discorde. Mandez-moi un peu comment tout se passe en Bretagne et si la désunion règne encore...
Adieu, mon cher papa, excusez mon gribouillage ; mais la main me tremble, descendant de cheval et ayant voulu vous écrire avant de dîner... Recevez, ainsi que ma chère maman, les tendres embrassemens du plus respectueux des fils...
1 . L'ancien parc des Sablons, ou plaine des Sablons, se trourail à reodroil où est ait«^ aujourd'hui le village de Sablonville (commune de NeullIy-sur-Seine, Seioe) .
i. Morhant^ (anc. départ, de la Meurthe, arr. de Sarreguemines).
3. Vie sur-Sciilc (anc. départ, de la Meurthe. arr. de Châleau-Salins).
♦. Vaucouleurs (Meuse) .
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