Du même au même
{Ibid., n» 72.)
Vilry-le-François, ce 20 juillet 1789.
Nous voilà enfin arrêtés dans notre course, mon cher papa. Après 14 jours de marche, nous avons reçu contre-ordre à la Fère-Ghampenoise, où nous sommes arrivés le 17, ayant fait 70 lieues. Nous y avons séjourné un jour et nous en sommes partis dimanche 19, pour nous en retourner à Sarreguemines. Je vous assure que nous ne sommes pas fâchés d*y retourner, car la commission pour laquelle nous allions n'étoit pas des plus agréables. On dit. Dieu merci, que tout s'apaise à Paris ; mais je crains bien que cela ne dure pas. Vous savez, saris doute, toute la rumeur qu'il y a eu ; ainsi je ne vous en parle pas. La Bastille est démolie, le gouverneur a eu la tête tranchée,. M. de Flesselles, la cervelle brûlée, et M. Foulon [a été] empoisonné.Tous les princes ont quitté Paris, et toutes les troupes s'en retournent, mais non pas sans échec, carie régiment de Royal- Dragons, a perdu, dit-on, beaucoup d'hommes. Mais on ne sait rien encore de positif. Demain, nous partons pour Saint- Dizier, ayant encore 12 jours de marche. Nous séjournerons à Joinville, puis à Nancy...
Tout le peuple est ici comme fou. On a chanté aujourd'hui le Te Deum, pour remercier Dieu de la paix qui commence à régner, dit-on, dans les affaires. On a tiré le canon et on crioit par toute la ville : « Vive le Tiers-État !» Il y avoit dans l'église plus de 2.000 personnes, avec des cocardes bleues et rouges. En honneur! ils ont l'air d'être tous fous !
Adieu, mon cher papa...