M. DB MAICHE
pour lui est que sa paroisse en est instruite et si peu édifiée qu'il se forme une ligue, dit-on, pour ne l'y pas recevoir...
Le courrier que nous avons envoyé à Paris est de retour. Un preux, savant et habile député, que nous avons consulté dans la circonstance présente, nous a donné son avis, et il prétend que la prestation de serment de notre part peut seule conserver [et sauver] l'Etat. Selon lui, il existe actuellement à Paris une ligue de factieux qui veulent détruire toute idée de Monarchie et [mettre] le royaume en républiques fédératives. Ils n'attendent que notre retraite pour s'emparer de l'armée, seule force nationale [dont] ils n'aient pas l'entière jouissance. Quelle horreur ! Les nouvelles de l'étranger sont presque aussi affligeantes. Les émigrans y jouent le rôle le plus pitoyable. Les P[arisiens] critiquent les mœurs, les usages, les tournures et les al[lures] des Brabançonnes et des Wormoises. Les jeunes gens s'y con[duisent] avec la dépravation qu'on leur reprochoit avant la révolution. Ils séduisent les femmes et les filles de leurs hôtes, font des dettes, ne payent point, et s'aliènent tous les esprits par leur fatuité et leur insolence. 11 n'est q[uestion] de rien [dej moins que de les chasser. Cette perspective est aussi décourageante pour les honnêtes gens non émigrés que pour eux-mêmes. Tous les bons citoyens, tous les propriétaires tremblent que nous ne prêtions pas le serment. Ils savent qu'en quittant le commandement de nos troupes, nous emporterons le peu de discipline qui les contenoit encore. Demain, ou après, nous délibérerons sur cet objet important.
Daignez agréer de nouveau...
P.'S. — On annonce, dans ce moment, une insurrection générale à Turin. Le peuple s'est assemblé, s'est fait donner des armes, a fait ouvrir les portes du palais et a massacré plusieurs personnes de distinction.