Du même au même
{Jbid., n« 68.)
Paris, 13 novembre 1789.
Décret de l'Assemblée nationale qui prie le Roy de nommer des juges à Rouen pour remplacer ceux qui forment la Chambre des vacations qui, en enregistrant les lettres-patentes qui suspendent la rentrée de tous les parlemens de France, s'est avisée d'insérerdansTenregistrement queTAssemblée n'étoit pas libre et que le Roy étoit prisonnier dans sa capitale ! Décret pour que ces juges soient traduits au Châtelet, tribunal désigné pour juger les crimes de lèse-nation ! D'aucuns trouvent celuici atroce ; d'autres approuvent ces délinquans, mais tout bas, et font bien : la corde est à la lanterne '. Un député montra
1. Le 15 octobre 1789, M. de Juigné demanda seulenneut un congé et dos passeports el partit pour AU-lesBains; il Gxa ensuite sa demeure àChambéry {De\àrc, Hiatoire de VBgliae de Parié ton» la Méoolution, 1. 1, p. 162-163). Cf. Archive» parlementaire»^ t. IX, p. 430).
S. Jean-Joseph Mounier (1758-1806), député du tiers état de Dauphiné, président de TAssemblée le 28 septembre, donna, le 8 octobre 1789, sa démission de député et purtit \» 10 octobre pour le Dauphiné (A rcA. pari., t. IX, p. 382). Cf. Expo»é de la conduite de M. Mounier dan» VAetemblée et motif» de »on retour en Dauphiné llbid., t. IX, p. 557-
3. A la suite du décret du 3 novembre, par lequel TAsscmblée nationale avait décidé qu'en attendant la nouvelle organisation judiciaire, « tous les parlements continueraient de rester en vacances, que ceux qui seraient rentrés reprendraient Tétat des vacances, et que seules les chambres de vacations continueraient ou reprendraient leurs fonctions •, la chambre des vacations du parlement de Rouen avait pris le 6 novembre un arrêt de protestation qui appréciait dans les termes les plus violents le décret revêtu de la sanction du Roi, le déclarait « contraire aux droits et aux intérêts de la province, arbitraire et sans aucun motif raisonnable, propre à établir plus que jamais Tanarchie, à ruiner infailliblement les justiciables ». Le Conseil du Roi frappa cet arrêt d'annulation et, le 10 novembre, TAssemblée le renvova à la connaissance du tribunal chargé provisoirement de la connaissance des crimes de lèso-nation. Les magistrats de Rouen ayant déclaré aue leur arrêt contenait seulement l'expression de leur douleur profonde sur les malheurs do l'Etat, le 12. sur lecture d'une lettre du Roi, préchant rinduigencc, l'Assemblée revînt sur sa décision et n'exigea plus que la formation d'une nouvelle chambre des vacations à Rouen >. (Archive» parlementaire», t. IX, p. Gdi-666, 728-730, 741-743, 759 ; — Bertrand de Moleville. Histoire de la Révolution, t. 11, p. 307-314; — S. Lacroix, Acte» de la Commune, t. III, p. 39-40.)
mercredi un demi-courage, en s'écrianl dans la salle, aujourd'hui au Manège : « Je dénoncerai les auteurs des troubles d'Alsace * ; ils sont ci-présents I — Dénoncez ! » lui répondon. Un bruit infernal lui coupe la parole, après lequel on passe à Tordre du jour, et le dénonciateur s'est tu.
Le député Gocherel * menaça le comte de Mirabeau, son confrère, de lui donner des coups de canne, en lui disant : « Sortez! » L'évêque de Ghâlons* pria Mirabeau de rester. « Ne l'en priez pas, Monseigneur, je suis sûr qu'il ne sortira pas î » Le lendemain Mirabeau vient siéger auprès du comte de Laulrec*qui l'apostrophe en lui disant : v II est donc mort? — Qui? — Gocherel, qui vous insulta hier. — Non, répond le champion ; ce ne doit pas être à coups d'épée que je travaillerai à faire une Gonstitutipn. » 11 y en a qui prétendent que c'est la seule affaire dont il se soit tiré avec tant d'honneur. Voyez quelle méchanceté !
Le duc d'Orléans a été admis à l'audience du roy d'Angleterre après trois quarts d'heure d'attente dans l'antichambre. Elle a duré vingt minutes. Sa Majesté a témoigné toute sa sensibilité de la position affreuse du roy des François et du courage de la Reine, lorsque le 5 octobre on voulut attenter à sa ne. Le prince de Galles*, grand maître de la maison du roy, donna le dîner d'usage. Trois François siégèrent à table : le duc d'Orléans,Laclos'etDucrest". Pas un ambassadeur de lamaison de Bourbon n'y parut. Le peuple de Paris n'en est pas moins émerveillé de la mission de Son Altesse, et l'attend, avec un grand convoi de farine, le 24 de ce mois, qui ne le fera pas paroître plus blanc aux yeux de bien des gens. Ce prince fait les délices de la maison de la duchesse de Devonshire •, dont on dit aujourd'hui que la femme de chambre a été arrêtée à
i. Sur les troubles des mois de juillet et d'août qui aboutirent le il août à la démissioa «fai Bafblrat et des échevios de Strasbourg et à la substitution d'une municipalité k l'ancieniie administration, cf. Seing:uerlet, L'Alaace française^ S tr€ubourg pendant la Réoolurlion, 1S81. in-8*. p. 17 et suiv.
1 Moolas-Robert. chevalier de Gocherel (1741-1826), dépoté de Saint-Domingue.
3. Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre (1749-1830), évéquede Cbàlons-sur-lMarnef de 1782 à 1790.
4. Pierre- Joseph, comte de Toulouse-Lautrec (1726-1794), maréchal de camp, député ùm la noblesse de Castres.